En ouvrant ce deuxième volume, le lecteur, dans une courte excursion à
la République de l'Équateur, fera connaissance avec le pays qui a
produit Garcia Moreno, le président à la foi inébranlable, à l'énergie
indomptable. À travers l'isthme de Panama, il admirera les
gigantesques travaux du canal.
À la Jamaïque, il sera frappé des résultats immenses obtenus par le
génie colonisateur des races anglo-saxonnes qui ont presque centuplé
le chiffre de la population, tandis que Cuba et les Antilles
espagnoles, trop souvent déchirées par les guerres civiles et
affaiblies par l'incurie du gouvernement, restent stationnaires au
point de vue du nombre et de l'industrie.
Aux États-Unis, il trouvera partout le travail en honneur, et cette
énergie qui fait mettre en valeur par le concours des immigrants de
toutes les nations, les richesses minières, agricoles et pastorales de
cette immense contrée.
Dans les Sandwich il verra comment les populations indigènes de race
polynésienne savent se gouverner elles-mêmes, et ne dédaignent pas les
conseils de la femme capable que ce peuple élève parfois à la dignité
de sénateur.
Dans la Nouvelle-Zélande, en Tasmanie, en Australie, il admirera
l'énergie et le courage de ces jeunes colonies qui, en 50 ans, ont
couvert le pays de routes et de chemins de fer, de moissons et de
troupeaux. Il louera leur sens pratique et leur attachement à la loi
morale. Non seulement certains abus de nos grandes villes ne sont pas
tolérés, mais encore le travail du dimanche, le blasphème, les mauvais
propos sont sévèrement punis. Le bonheur de la famille et de la
communauté étant en raison de sa moralité, tout individu qui porte
atteinte à cette moralité est considéré comme un ennemi public.
Le lecteur verra que la prise de possession du monde par nos rivaux
nous laisse quelque chose à faire pour qu'au siècle prochain, notre
race, qui occupe incontestablement aujourd'hui une large place dans la
petite Europe, ne soit pas effacée à côté des Anglais, des Russes, des
Chinois, des Allemands dans la possession et le gouvernement des
autres parties du globe. Pour cela il verra bien vite que les hommes
étant la matière première des peuples, il importe d'arrêter au plus
tôt notre stérilité systématique par de justes réformes dans les lois
successorales, dans l'instruction et dans l'éducation, faisant effort
pour nous affranchir de la routine sur bien des points, et nous
débarrasser de nombreux préjugés.
Un moyen d'instruction des plus pratiques, comme nous l'avons indiqué
dans la préface du premier volume, est celui des voyages autour du
monde qu'il importe de populariser. Le jeune homme y prendra de bonne
heure l'esprit d'initiative, il saura découvrir comme nos voisins les
points où il est plus facile d'acquérir une fortune, et par
l'observation de ce qui se passe chez les autres peuples, il saura
s'approprier ce qui leur réussit, évitant les défauts et les vices qui
les affligent.
Nous préparerons ainsi une génération plus énergique, et plus
pratique, capable alors de servir encore une fois d'instrument entre
les mains de la Providence pour ses desseins à travers le monde.
Dans le prochain volume nous verrons, par la comparaison de
l'Australie avec la Nouvelle-Calédonie, par celle de Maurice avec
l'île de la Réunion, par la situation que nous avons perdue en Égypte
et par celle que nous conservons encore en Palestine, comment il faut
se comporter pour le choix et le gouvernement des colonies afin
qu'elles prospèrent, et la conduite à adopter vis-à-vis des autres
peuples pour les dominer par la force morale plutôt que par celle des
armes.
Nous espérons montrer ainsi à la jeunesse française, comme dans un
tableau d'ensemble, ce qu'est le monde aujourd'hui, afin que, lorsque
demain elle sera appelée à jouer son rôle, elle sache éviter les
écueils, toucher juste, tirer parti des hommes et des choses pour
elle, pour la civilisation et pour la patrie.