En sortant de chez Bonard, le maréchal des logis entra dans le cachot
d'Alcide.
«Que voulez-vous? dit ce dernier d'un ton brusque.
LE MARÉCHAL DES LOGIS.--Je veux voir si tu as regret de ta conduite
d'hier. Le repentir pourrait améliorer ta position et disposer à
l'indulgence.
ALCIDE, _d'un ton bourru_.--Me prenez-vous pour un imbécile? Est-ce
que je ne connais pas le code militaire? Croyez-vous que je ne sache pas
que je serai fusillé? Ça m'est bien égal. Pour la vie que je mène
dans votre sale régiment, j'aime mieux mourir que traîner le boulet.
Chargez-moi, inventez, mentez, je me moque de tout et de tous.
LE MARÉCHAL DES LOGIS.--Je vous engage à changer de langage, si vous
voulez obtenir un jugement favorable.
ALCIDE.--Je ne changerai rien du tout; je sais que je dois crever un
jour ou l'autre. J'aime mieux une balle dans la tête que le choléra
ou le typhus qu'on attrape dans vos méchantes casernes. Laissez-moi
tranquille et envoyez-moi à manger; j'ai faim.»
Le maréchal des logis lui jeta un regard de mépris et le quitta.
«J'ai faim!» répéta Alcide avec colère pendant que le maréchal des logis
sortait.
«Qu'on porte à manger à ces hommes. Du pain et de l'eau à celui-ci. Du
pain et de la soupe à Bonard», dit le maréchal des logis au soldat qui
l'accompagnait.