M. Georgey se mit à rire de la mine stupéfaite des gendarmes. Il leur
expliqua le soi-disant vol, comme il l'avait promis à Bonard, et
l'indemnité qu'il venait de lui offrir; Julien avait posé les pièces
d'or sur la table; elles y étaient encore.
«Voilà, dit M. Georgey; jé donnais deux cents francs.
LE BRIGADIER.--Il n'y a plus rien à dire, Monsieur; du moment que vous
payez si largement le dégât, je ne pense pas que M. Bonard réclame autre
chose.
M. GEORGEY.--Master gendarme, moi vous dire un autre chose; lé jeune
garçon qué vous attraper hier dans lé ville, c'était lé garçon de M.
Bonard. Le povre fils il était si choqué, si désolé, vous croire il
était un voleur, qué il était en désespération, malade et imbécile; il
croyait toujours être une voleur; il voyait toujours votre apparition
subite. Venez voir; voyez pauvre Madme Bonarde; faut pas attraper si
vite. C'est dangereux, bon pour faire un garçon mort.»
M. Georgey ouvrit la porte, fit entrer les gendarmes au moment où
Frédéric criait:
«Ce n'est pas moi, ce n'est pas moi!... Monsieur le gendarme, ce n'est
pas moi!... Lâchez-moi, je vais mourir... Au secours! tout le monde...
Ce n'est pas moi!
--Venez vitement, dit M. Georgey en les tirant par leurs habits. Vous
lui faisez épouvantement. N'ayez pas peur, Madme Bonard. Le physicien
il allait venir. C'était bon lé physicien; il guérissait toutes les
choses.»
Les gendarmes se retirèrent et témoignèrent à Bonard tout leur intérêt
et leurs regrets. M. Georgey les accompagna.
«Voilà pour boire et manger», dit-il en leur tendant une pièce d'or.
LE BRIGADIER.--Pardon, Monsieur, si nous refusons; c'est une insulte
que de nous offrir de l'argent pour avoir fait notre devoir. Bien le
bonsoir, Monsieur.
M. GEORGEY.--J'étais bien beaucoup chagrine de offenser vous, courageuse
soldat, répondit M. Georgey. Jé voulais pas; lé vérité vrai, je voulais
pas.
LE BRIGADIER.--Je le pense bien, Monsieur; vous êtes étranger, vous ne
connaissez pas nos usages et nos caractères français.
M. GEORGEY.--Moi connaissais bien caractère français; c'était généreuse,
c'était très grande, c'était très aimable, et d'autres choses. Jé
connaissais, jé savais. Bonsoir gendarme française.»
Les gendarmes partirent en riant. M. Georgey rentra.
«Jé restais pour écouter lé physicien. Jé voulais savoir quelles choses
il fallait pour Fridric.»
Il s'assit et ne bougea plus.
Julien ne tarda pas à revenir accompagné du médecin.