Pendant ces agitations de la ferme, Frédéric et Alcide avaient rejoint à
la ville M. Georgey et Julien. Ils ne reconnurent pas Julien au premier
coup d'oeil. M. Georgey lui avait acheté un habillement complet en beau
drap gros bleu, un chapeau de castor, des souliers en cuir verni: il
avait l'air d'un monsieur.
Le premier sentiment des deux voleurs fut celui d'une jalousie haineuse
de ce qu'ils appelaient son bonheur; le second fut un vif désir
d'obtenir de M. Georgey la même faveur.
ALCIDE.--Comment, c'est toi, Julien? Qu'est-ce qui t'a donné ces beaux
habits? Je n'en ai jamais eu d'aussi beaux, moi qui suis bien plus riche
que toi!
FRÉDÉRIC.--Es-tu heureux d'être si bien vêtu! Je serais bien content que
mes parents m'eussent traité aussi bien que toi. Mais ils ne me donnent
jamais rien; ils ne m'aiment guère, et je suis sans le sou comme un
pauvre.