«Eh bien, dit Alcide en arrivant, sont-ils tous partis?
FRÉDÉRIC.--Tous partis jusqu'à midi: il est dix heures, nous avons deux
heures devant nous.
ALCIDE.--C'est bon: on fait bien des choses en deux heures. Julien est à
la foire avec ta mère, m'as-tu dit hier: l'Anglais les rejoindra, bien
sûr, ou plutôt Julien l'aura pêché quelque part.
FRÉDÉRIC.--Et toute notre partie est manquée. Julien va empêcher
l'Anglais de nous amuser, de payer pour nous. Ce sera assommant!
ALCIDE.--Laisse donc! Nous empaumerons Julien; il n'est pas si saint
qu'il le paraît; trois ou quatre verres de vin et nous le tenons.
FRÉDÉRIC.--Mais, pour commencer, nous n'avons pas d'argent.
ALCIDE.--J'y ai pensé; il faut en faire. Il est possible que Julien
prévienne l'Anglais et qu'il l'empêche de nous inviter à l'accompagner.
Et moi qui pense à tout, j'ai pris mes précautions. Les dindes sont ici,
n'est ce pas?
FRÉDÉRIC.--Mais oui, puisque l'Anglais veut les manger toutes; on les
lui garde.
ALCIDE, _riant_.--Et ce sera toi qui les garderas; ce sera bien
amusant.
FRÉDÉRIC.--Ne m'en parle pas; j'en suis en colère rien que d'y penser.
Avec cela, mon père qui sera toujours sur mon dos.
ALCIDE.--Eh bien, je vais t'aider à diminuer leur nombre pour qu'elles
soient plus tôt mangées; tu vas voir.
FRÉDÉRIC.--Tu ne vas pas en tuer, j'espère. Je ne veux pas de ça, moi.
ALCIDE.--Tu me prends donc pour un nigaud. Attends-moi un instant que
j'aille chercher mon homme.