IL A JULIEN

Pendant quelques jours tout alla bien; Frédéric fuyait Alcide; Julien

menait ses dindes aux champs, M. Georgey venait l'y rejoindre tous les

jours à deux heures, s'asseyait près de lui, ne disait rien de ses

projets et se faisait raconter tous les petits événements de la vie

de son protégé: son enfance malheureuse, la misère de ses parents, la

triste fin de son père mort du choléra, et de sa mère, morte un an après

de chagrin et de misère; son abandon, la charitable conduite de M. et

Mme Bonard, et leur bonté à son égard depuis plus d'un an qu'il était à

leur charge.

M. GEORGEY.--Et toi, pauvre pétite Juliène, toi étais pas heureuse?

demanda-t-il un jour.

JULIEN.--Je serais heureux, Monsieur si je ne craignais de gêner mes

bons maîtres. Ils ne sont pas riches; ils n'ont que leur petite terre

pour vivre, et ils travaillent tous deux au point de se rendre malades

parfois.

Le Mauvais Génie · 第 43 / 160 题