Et Julien, ennuyé de la conversation de l'Anglais, le salua et fit
avancer les dindons; l'Anglais le suivit. Julien eut beau s'arrêter,
marcher, aller de droite et de gauche, l'Anglais ne le quittait pas.
Julien, un peu troublé de cette obstination, et craignant que cet
étranger ne lui enlevât une ou deux de ses dindes, les dirigea du côté
de la ferme pour appeler quelqu'un à son aide.
Au moment où il allait tourner au coin du petit bois, il aperçut un
jeune garçon qui en sortait, se dirigeant aussi vers la ferme.
Julien appela.
«Eh! par ici, s'il vous plaît! un coup de main pour rentrer plus vite
mes dindes.»
Le garçon se retourna; Julien reconnut Alcide. Il regretta de l'avoir
appelé. Alcide accourut près de Julien, et à son tour reconnut
l'Anglais, qu'il salua.
ALCIDE.--Que me veux-tu, Julien? Tu ne m'appelles pas souvent, et
pourtant je ne demande pas mieux que de t'obliger.
JULIEN.--Tu sais bien, Alcide, que mon maître nous défend, à Frédéric
et à moi, de causer avec toi. Si je t'ai appelé aujourd'hui, c'est pour
m'aider à ramener à la ferme mes dindes qui s'écartent; elles sentent
que ce n'est pas encore leur heure.
ALCIDE.--Et pourquoi es-tu si pressé de les rentrer?
JULIEN.--Parce que je me méfie de cet homme qui s'obstine à me suivre
depuis deux heures; je ne sais pas ce qu'il me veut. Je ne comprends pas
son jargon.
ALCIDE.--C'est un brave homme, va; il ne te fera pas de mal, au
contraire.
JULIEN.--Comment le connais-tu?