Peu de jours après, Julien était aux champs, faisant paître ses dindes,
lorsqu'un homme qu'il ne connaissait pas s'approcha du troupeau et le
regarda attentivement. Il s'approcha de Julien.
L'HOMME.--Eh! pétite! C'était à toi ces grosses hanimals?
--Non, M'sieur» répondit Julien, surpris de l'accent de l'étranger.
L'HOMME.--Pétite, jé voulais acheter ces grosses hanimals; j'aimais
beaucoup les _turkeys_.
Julien ne répondit pas: il ne comprenait pas ce que voulait cet homme
qui parlait si mal le français.
L'ANGLAIS.--Eh? pétite! tu n'entendais pas moi?
JULIEN.--J'entends bien, M'sieur mais je ne comprends pas.
L'ANGLAIS.--Tu comprénais pas, pétite nigaude? jé disais j'aimais bien
les _turkeys_.
JULIEN.--Oui, M'sieur.
L'ANGLAIS.--Eh bien?
JULIEN.--Eh bien, M'sieur, je ne comprends pas.
L'ANGLAIS, _impatienté_.--Tu comprénais pas _turkeys_? Tu
savoir pas parler, alors.
JULIEN.--Si fait. M'sieur; je parle bien le français, mais pas le turc.
L'ANGLAIS, _de même_.--Pétite himbécile! jé parlais français comme
toi, jé parlais pas _turk_. Et jé té disais: jé voulais acheter ces
grosses hanimals, ces grosses _turkeys_.
JULIEN. _riant_.--Ah! bien, je comprends. M'sieur appelle mes
dindes des Turcs. Et M'sieur veut les avoir?
L'ANGLAIS.--Eh oui! pétite! Combien elles coûtaient?
JULIEN.--Elles ne sont pas à moi. M'sieur; je ne peux pas les vendre.
L'ANGLAIS.--Où c'est on peut les vendre?
JULIEN.--A la ferme, M'sieur; Mme Bonard.
L'ANGLAIS.--Où c'est Madme Bonarde?
JULIEN.--Là-bas, M'sieur. Derrière ce petit bois, à droite, puis à
gauche.
L'ANGLAIS.--Oh! moi pas connaître et moi pas trouver Madme Bonarde.
Viens, pétite, tu vas montrer Madme Bonarde.
JULIEN.--Je ne peux pas quitter mes dindes, M'sieur. Il faut que je les
fasse paître.
L'ANGLAIS.--Pêtre? Quoi c'est, pêtre?
JULIEN.--Paître, manger. Je ne les rentre que le soir.
L'ANGLAIS.--Moi, jé comprends pas très bien. Toi manger toutes les
grosses _turkeys_? Aujourd'hui?