DEUX DINDES PERDUES

La semaine se passa heureusement pour Julien, les dindes étaient au

grand complet. Un soir, pendant que Julien curait l'étable des vaches,

après avoir compté ses dindons en présence de Frédéric, ce dernier

l'appela:

«Julien, va vite au moulin et rapporte-nous du son, il en faut pour les

chevaux qui vont rentrer; je n'en ai pas seulement une poignée.

JULIEN.--Pourquoi n'y as-tu pas été après dîner? M. Bonard te l'avait

dit.

FRÉDÉRIC.--Je n'y ai pas pensé; j'avais les bergeries à nettoyer.

JULIEN.--Et pourquoi n'y vas-tu pas toi-même? Moi aussi, j'ai mes

étables à curer.

FRÉDÉRIC.--Ah bien! tu les finiras plus tard. Je suis pressé d'ouvrage;

mon père m'attend.

JULIEN.--Je vais rentrer mes dindes et j'y vais.

FRÉDÉRIC.--Tu vas encore perdre du temps après tes dindes, je vais te

les rentrer.

JULIEN.--Tu sais que mon compte y est; quarante-sept.

FRÉDÉRIC.--Oui, oui; prends vite une brouette pour ramener le sac de

son.»

Julien hésita un instant; mais, prenant son parti, il saisit une

brouette et partit en courant. Le moulin n'était pas loin. Une

demi-heure après, Julien ramenait à Frédéric la brouette avec le son.

Ses dindes étaient rentrées, il se remit à l'ouvrage; tout était fini

quand Bonard ramena les chevaux.

BONARD.--As-tu rapporté du son, Frédéric?

FRÉDÉRIC.--Oui, mon père; le sac est à l'écurie.

BONARD.--A-t-on fait bonne mesure?

Le Mauvais Génie · 第 5 / 160 题