-- 1832, -- 12,535 -- ( -- 315,000 --)
-- 1833, -- 13,903 -- ( -- 350,000 --)
-- 1835, -- 20,189 -- ( -- 515,000 --)
[Illustration: Le général Narvaez.]
L'année dernière, elle n'a été que de 10,500 liv. st., (265,000 fr.
environ). En général, le chiffre a suivi le mouvement de l'agitation;
élevé quand elle a été vive, il est redescendu quand la lutte a été
moins engagée, mais jamais le tribut n'a manqué. Tous les ans, après que
les souscriptions ont été recueillies dans les diverses paroisses, le
chiffre en est livré à la publicité.--Les nouvelles d'Espagne sont de
jour en jour plus déplorables: ce n'est plus assez de la guerre civile
et des expédients anticonstitutionnels, les partis y procèdent
maintenant par l'assassinat. L'attention a été détournée de la
soumission de Saragosse, de la sortie d'Avetler de Girone, de la mise en
état de siège de Saint-Jacques-de-Compostelle, de conspirations
découvertes à Cordoue et à Algésiras, de la situation de Barcelone,
autour de laquelle les forces des assiégeants s'accumulent, et où les
insurgés songent, dit-on, à capituler, tout cela a été oublié pour ne
songer qu'à la tentative d'assassinat commise à Madrid sur le général
Narvaez. Le 6, la reine assistait à la représentation que donnait le
théâtre du Cirque; le général s'y rendait. Au moment où sa voiture,
longeait le portail de l'église Porta-Celi, rue de la Lune, de nombreux
coups de fusil ont été tirés par des hommes embusqués et qui attendaient
son passage. Les assassins, tous en manteaux et chapeaux ronds, à
l'andalouse, prirent la fuite dans diverses directions. Le général n'a
point été atteint, mais il a été couvert du sang de son aide-de-camp,
mortellement blessé, et d'un jeune homme qui l'accompagnait également,
et qui a été atteint à la tête d'une légère blessure. Les troupes
furent, par les ordres de Narvaez, immédiatement mises sous les armes,
et le général se rendit ensuite au Cirque dans la loge de la reine, pour
tranquilliser Sa Majesté et se montrer au public. Cet attentat ne
pouvait qu'attirer sur lui de l'intérêt et rendre plus difficile le rôle
de l'opposition. Le lendemain, le général s'est promené par la ville
dans sa voiture criblée de balles, et le 8, les deux Chambres réunies,
ce qu'il est assez difficile d'expliquer constitutionnellement, ont
déclaré la majorité de la reine à une majorité de 193 voix contre une
minorité que cet événement avait réduite à 16 membres. Avant la
tentative criminelle et l'état de réaction produit sur les esprits, M.
Cortina, candidat des progressistes, avait obtenu, pour la présidence
de la Chambre des Députés, 49 voix; M. Olozaga en avait réuni 66, mais
après avoir déclaré qu'il ne comprendrait pas un cabinet qui ne
réunirait pas les chefs des deux opinions.
[Illustration: Le roi des Belges.]
[Illustration: La reine des Belges et le Prince royal.]
En proclamant le résultat du scrutin sur la majorité de la reine, M.
Olozaga a dit:» A dater de ce jour, le régime constitutionnel doit
commencer à être une vérité en Espagne.» Ce mot est un aveu contre le
passé; nous voudrions qu'il fût une garantie pour l'avenir. La reine a
prêté son serment le surlendemain, devant les deux corps législatifs
rassemblés dans la salle du Sénat. Toutefois, ces événements n'ont point
conjuré la crise ministérielle, et M. Lopez persiste dans sa
détermination d'abandonner son portefeuille.--Le général Coletti, ancien
ambassadeur de Grèce à Paris, dont les sentiments patriotiques inspirent
une grande confiance à ses compatriotes, est débarqué le 30 octobre au
Pirée; son arrivée a excité l'enthousiasme des Athéniens, et a donné
lieu à une ovation. Le général n'a pu se rendre qu'avec difficulté, au
travers d'une foule compacte; et dans la joie, du port à sa demeure. Les
élections sont favorables aux constitutionnels. Sur 225 dont se doit
composer l'assemblée, les nappistes ne comptent que 90 voix, les
partisans du mouvement de septembre en ont réuni 135.--On a reçu, par la
voie de l'Angleterre, des nouvelles de Montevideo jusqu'à la date du 21
août. Oribe et le consul de France ont eu une conférence dans laquelle
ils ont arrêté qu'aucun Français ne serait inquiété pour le passé; qu'on
ne pourrait pénétrer dans le domicile d'un Français qu'en vertu d'un
ordre écrit de l'autorité supérieure; qu'enfin, si Montevideo était pris
d'assaut, notre pavillon serait un signe de protection, et qu'on
donnerait des passeports à ceux de nos nationaux qui en demanderaient;
on n'en compte pas moins de 24,000 dans ces parages. Les mouvements des
deux armées ennemies n'avaient encore abouti à aucun résultat.
[Ouverture des Chambres belges, le 14 novembre.]
Le roi Léopold a ouvert, le mardi 14, la session des Chambres belges
pour 1843-44. Le roi s'est rendu au palais accompagné d'un nombreux
état-major; il était revêtu de l'uniforme d'officier-général de la garde
civique. Le corps diplomatique assistait au complet à cette solennité,
qui avait attiré une foule nombreuse et brillante. Dans son discours le
roi n'avait à traiter aucune des questions de politique extérieure qui
ont si longtemps tenu incertaines les destinées de ce royaume. Ces
questions sont toutes tranchées aujourd'hui, et une ère toute
d'industrie et de progrès semble s'ouvrir pour la Belgique. Après avoir
exprimé la satisfaction qu'il avait personnellement ressentie, et
qu'avait partagée la reine d'Angleterre, de l'accueil qui avait été fait
par les populations à cette princesse durant son voyage en Belgique, il
est entré dans l'énumération des projets que son ministère se propose de
présenter aux délibérations des Chambres dans la session ouverte. Il a
fait ressortir l'immense avantage que devait nécessairement retirer cet
État de l'achèvement complet de son réseau des chemins de fer; mais il a
annoncé en même temps que ces voies nouvelles ne détourneraient point
l'attention du gouvernement des travaux d'amélioration à effectuer sur
les voies navigables; les canaux vont être réparés et complétés. Tout en
se félicitant des progrès de l'industrie agricole, le roi a annoncé
également que l'administration regarderait son oeuvre comme inachevée
tant qu'il resterait sur le sol belge des bruyères à défricher. Nous
serions tenté de proposer à notre ministère français d'adopter pour le
discours de la couronne, qui sera prononcé décidément chez nous le 26
décembre, une seconde édition du discours belge en ce qui concerne ces
intérêts si graves. Le roi Léopold a annoncé également que tous les
efforts de son gouvernement tendraient à favoriser les relations et les
entreprises lointaines, et il a engagé l'esprit d'association à seconder
de son côté ces efforts, dont le succès viendrait mettre à l'aise la
population belge, trop nombreuse pour son territoire resserré, et son
industrie, trop productive pour sa consommation intérieure. Il y a là,
nous le répétons, de bien bons conseils et de bien bons exemples pour
nos ministres; et en vérité les Belges se sont montrés assez souvent
contrefacteurs à l'égard de la France, pour que nos gouvernants ne se
fassent aucun scrupule de les contrefaire à leur tour dans cette
circonstance et dans cette direction.
Des nouvelles de Dalmatie, allant jusqu'au 21 octobre, apprennent que
depuis plus d'un mois toutes les villes de cette province sont tenues
dans l'effroi par des détonations souterraines et de continuelles
secousses de tremblement de terre qui ont fait fuir une grande partie
des populations dans la campagne. Le 20, beaucoup de familles se
disposaient à rentrer à Raguse, d'où elles avaient fui précipitamment un
mois auparavant, quand une nouvelle secousse est venue faire renaître
toutes les alarmes. A Slano, à Meleda, les phénomènes et l'épouvante
sont les mêmes.
Depuis quelque temps, nos journaux de départements ont souvent à
annoncer des découvertes archéologiques faites dans leurs contrées par
suite de fouilles entreprises dans ce but, ou, le plus souvent, par
suite de travaux d'agriculture que le hasard rend doublement fructueux.
Des tombeaux gaulois, des armes, des bracelets, des anneaux, des
médailles nombreuses et des monnaies d'or, d'argent et de bronze ont été
de plusieurs côtés déterrés ainsi tout récemment. Si l'on en croit les
feuilles allemandes, on vient de faire, à Aix-la-Chapelle, une autre
découverte, c'est celle des reliques de Charlemagne. On savait qu'en
l'an 1000, Othon III s'était fait ouvrir le caveau de l'empereur, et que
Frédéric Ier (Barberousse) avait, le 29 décembre 1165, levé les
ossements de ce grand prince, après que le pape Pascal III l'avait mis
au nombre des saints. Frédéric fit garder ses dépouilles mortelles dans
un coffret; les vêtements et insignes de l'empereur devinrent les
insignes du couronnement de l'empereur franco-romain; et après qu'en
1792, François II s'en fut revêtu comme roi et empereur élu, ils furent
transposés à Vienne, où ils sont encore conservés. Mais les reliques de
Charlemagne étaient perdues, sauf un bras enchâssé dans un reliquaire;
et quelque peine qu'on se donnât, avec quelque soin qu'on cherchât
dessus et dessous terre, on ne pouvait les découvrir. Il y a quelques
semaines, on aurait, dit-on, retrouvé le précieux coffre dans une pièce
attenante à la sacristie, où il était placé sur une armoire, dans le
plus complet abandon.
Nous donnions dans notre avant-dernier numéro une statistique des
missions en Chine et de leurs résultats. Nous aurons bientôt, à ce qu'il
paraît, à ajouter à ce travail. Il s'est formé à Berlin et à Koenigsberg
des réunions de dames ayant pour but de former et d'envoyer aux Indes
des femmes missionnaires appelées à faire connaître l'Évangile aux
femmes de l'Orient. La _Gazette ecclésiastique_ de cette dernière ville,
qui donne cette nouvelle, l'accompagne de quelques réflexions qui nous
paraissent assez justes, et qui ont pour but de rappeler que la sphère
sainte, mais retirée de la femme, se prête difficilement à des
entreprises intérieures qui appellent son activité hors du domaine que
la nature lui indique et que l'Évangile approuve et
sanctifie.--L'édification n'est pas le caractère de toutes les nouvelles
qui nous viennent d'Allemagne. On écrit de Vienne que le prince Gustave
Wasa fils du feu roi de Suède, Gustave-Adolphe IV, détrôné en 1809 et
remplacé par Bernadotte, vient de former, après treize ans de mariage,
une demande en divorce contre sa femme, la princesse Stéphanie de Bade.
On ne peut attribuer d'autre cause, dans la haute société de Vienne, à
cette démarche, qui paraîtrait autrement inexplicable que la maladie
mentale héréditaire dans la famille du prince. Le consistoire de la
confession d'Augsbourg, à laquelle appartiennent les deux époux, aura
néanmoins à prononcer sur la demande comme si elle avait été formée
raisonnablement.
Le bel hôtel Lambert, situé à la pointe orientale de l'île Saint-Louis,
et qui a fourni à _l'Illustration_ le sujet, d'une notice et de gravures
(t. 1, p. 195), avait été adjugé, il y a quelques mois, à madame la
princesse CZARTORISKA. Il vient d'être restauré avec, un soin
remarquable. Si l'illustre étrangère ne se fût présentée aux enchères,
les amis des arts, les admirateurs de Lesueur et de Lebrun auraient
probablement aujourd'hui à demander compte, au ministère de l'intérieur
et il l'administration de la ville de Paris de la démolition de cet
hôtel et de la destruction de ses richesses artistiques.
Quand tel médecin embaume un défunt, quand tel journal voit mourir un de
ses abonnés, les réclames de l'un ou les nécrologies de l'autre tendent
à nous faire croire aussitôt que la France, a fait une grande perte. Il
y en a pu avoir quelques-unes de ce genre cette semaine; mais l'on
comprendra que nous n'en fassions pas porter le deuil à nos lecteurs.
Nous ne mentionnerons donc que la mort d'un naturaliste-voyageur du
Jardin-des-Plantes, le docteur A. Petit, envoyé en Abyssinie. Il a été
emporté, par un crocodile en traversant une des branches du Nil Bleu,
dans les environs de Gondar.
Une Bouteille de Champagne.