Ordre d'appel.--Mobilisation des forces aériennes, sous-marines et
terriennes du XIIe corps.--Comment le 8e chimistes se distingua dans
la défense de Châteaulin.--Explosifs et asphyxiants.--Le bouclier de
fumée.
Cependant Philox Lorris, se reposant entièrement sur le traître
Sulfatin, s'était replongé dans ses travaux et n'avait pas même songé un
instant aux fiancés, pendant une dizaine de jours. Lorsque enfin, dans
un intervalle de ses travaux, le souvenir lui en revint, il se rappela
soudain la lettre reçue quelques jours auparavant.
Il avait si peu l'habitude de ce mode arriéré de correspondance, que
cette lettre, jetée dans un coin, était restée oubliée. Il eut même
beaucoup de peine à la retrouver. Quand il vit que Georges avait changé
l'itinéraire et que, tout en promettant de faire un petit tour aux
volcans artificiels d'Auvergne en revenant, il avait préféré s'en aller
perdre son temps dans des promenades sans but et sans utilité en
Bretagne, M. Philox Lorris fut très en colère et, tout de suite, il
demanda des éclaircissements à Sulfatin. La réponse par phonogramme
arriva bientôt. L'hypocrite Sulfatin rejetait toute la faute sur
Georges, qui s'obstinait à repousser ses avis et ses bons conseils.
Philox patienta un peu, puis il adressa à Sulfatin un phonogramme
débitant ces simples mots:
«Et cette brouille, où en sommes-nous? Ça ne va pas assez vite!»
Sulfatin répondit par le cliché d'une conversation de Georges et
d'Estelle, recueillie par un petit phonographe qu'il avait adroitement
dissimulé sous le feuillage en laissant les deux jeunes gens en tête à
tête sous la tonnelle de l'auberge.
Cette conversation montrait suffisamment à Philox Lorris que la brouille
attendue était encore bien loin, si elle devait jamais venir!
«Oh! cet ancêtre qui reparaît toujours! se dit Philox Lorris. Que faire?
Puisque Sulfatin n'y suffit pas, il faut que je m'en mêle et que je
tâche de les gêner un peu!...»
Philox Lorris, ayant beaucoup de choses à faire, allait très vite en
besogne et sans barguigner dans tout ce qu'il entreprenait, et Georges
s'en aperçut bientôt.
Un matin, comme il était en train de préparer une promenade avec partie
de pêche dans les roches pour l'après-déjeuner, il reçut, par un exprès
venu de Kerloch, un petit paquet et un fort colis. Le petit paquet
contenait deux phonogrammes, l'un portant l'estampille Philox Lorris et
l'autre le cachet du ministère de la Guerre.
Aussitôt portés au phonographe, voici ce que dirent les clichés:
Premier phonogramme:
«Artillerie chimique de ton corps d'armée mobilisée pour manoeuvres;
envoie ordre appel reçu pour toi... Désolé du dérangement apporté à ton
délicieux Voyage de fiançailles.»
Deuxième phonogramme:
_MINISTÈRE DE LA GUERRE_