« Enfant, vous demandez pourquoi ma tête penche sur mes froids
barreaux, et vers quelles régions ma pensée s'élance, à cette heure
où, le jour s'éteignant dans la nuit, la nature s'endort, et
l'_Angelus_ chante l'hymne sainte de Marie.
» Mes pensées, oh! combien elles sont loin de la terre! Pour elles,
plus d'espérances, pas même un regret. Je suis morte ici-bas, et, pour
revivre encore, je souffre, je pleure, je prie, et doucement aux
méchants je pardonne, pour que Dieu, en m'aimant, bénisse mon malheur.
» Je ne veux pas haïr. L'amour, c'est l'harmonie qui fait vibrer nos
âmes au saint nom du Seigneur; l'amour, c'est notre loi et notre
récompense; c'est la force du martyre, la palme de l'innocence.--Je ne
veux pas haïr; la haine éteint l'amour, et l'amour, c'est la vie.
» Jeune âme qui m'aimez, puissiez-vous être heureuse! Ma prière vous
garde, ma pensée vous bénit. Espérez un bonheur, et, s'il faut que vos
yeux connaissent aussi les larmes, hélas! souvenez-vous que, sur la
terre d'exil, le sentier le plus rude est celui qui conduit tout droit
vers notre patrie du ciel.
» La vie est une épreuve: nous vivons pour mourir. Peu importe la vie,
et, quand viendra le soir, si ma tête se penche tristement sur mes
froids barreaux, enfant, ne pleurez pas, mon coeur est innocent; le
ciel a des étoiles, et Dieu a la justice pour le triomphe de la
vérité! »