VILLERS-HELLON.

« Bon ange gardien des jours de mon enfance, toi que ma prière, le

soir, appelait vers mon berceau, bon ange, aujourd'hui ma voix

t'invoque encore! Va, retourne sans moi là où je fus aimée.

»L'étang sert-il toujours de miroir aux tilleuls? Les nénufars d'or

voguent-ils toujours sur les eaux à l'approche du soir? Bon ange, ta

douce égide veille-t-elle toujours, près de ces rives fatales, aux

jeux des petits enfants?

» Vois-tu le tronc noueux de l'aubépine rose qui fleurit la première

au retour du printemps? Chère aubépine... J'atteignais ses rameaux

avec le bras de mon père pour en saluer la fête de l'aïeul bien-aimé.

»Retrouves-tu les roses préférées de ma mère, les peupliers plantés le

jour où je suis née? Nos noyers bordent-ils encore les chemins du

village, et leur ombre voit-elle passer les pompes de Marie?

»Le temps respecte-t-il l'humble église gothique, dont l'autel est de

pierre, dont le christ est d'ébène? Une autre, à ma place et en mon

absence, suspend-elle en festons les bluets et les roses aux frêles

arceaux du sanctuaire?

»Bon ange, parmi les fleurs, sous un rideau de saules, vois-tu la

tombe où dorment mes morts tant pleurés? Leur bonté leur survit, les

pauvres les visitent, et mon âme s'envole de l'exil pour y prier.

»Je vais où va la feuille que le tourbillon entraîne.... Je vais où va

le nuage que la tempête emporte. En deuil de ma vie, morte à

l'espérance même, je ne reviendrai plus où j'ai laissé mon coeur.

» Bon ange; sème les roses sur les tombes de mes pères! donne les

parfums aux fleurs qui s'effeuillent à leurs pieds! Fais que ce soit

moi qui pleure, non-seulement mes larmes, mais encore celle des vies

soeurs de ma vie, afin que l'on reste heureux là où je fus aimée! »

«O vous tous qui passez sur le chemin,

regardez et voyez s'il est une douleur

comparable à ma douleur.»

JÉRÉMIE.

Bric-à-brac · 第 18 / 30 题