Pendant près d'un an, la loge du duc de Montpensier resta vide, et
éclairée aux premières représentions, comme si elle l'attendait.
Il y a plus: le duc de Montpensier, à chaque première représentation,
recevait, avec une lettre de moi, son coupon de loge à Seville.
Au bout d'un an, son secrétaire intime, M. Latour, vint faire un
voyage à Paris.
À peine arrivé, il accourut chez moi.
Il venait me faire des compliments de la part du prince.
Après avoir causé de beaucoup de choses,--les sujets de conversation
ne manquaient point à cette époque,--nous en arrivâmes au
Théâtre-Historique.
--À propos, me dit-il, ai-je encore mes entrées?
--Où cela?
--Au Théâtre-Historique.
--Parbleu!
--Je veux dire mes entrées sur la scène.
--Avez-vous toujours votre clef de communication?
--Oui.
--Eh bien, cher ami, servez-vous-en ce soir; les révolutions changent
les gouvernements, mais elles ne changent pas les serrures. Seulement,
à mon tour.--À propos...
--Quoi?
--Le prince reçoit ses coupons de loge, n'est-ce pas?
--Certainement.
--Qu'a-t-il dit quand il a reçu le premier?
--Il s'est mis à rire en disant: «Ce farceur de Dumas!»
--Tiens, c'est singulier, répondis-je; à sa place, je me serais mis à
pleurer.
J'allai à mon bureau.
--Vous écrivez? me demanda Latour.
--Oh! rien, un mot.
J'écrivais, en effet.
J'écrivais à M. Hostein:
« Mon cher Hostein,
» Vous pouvez, à partir de demain, disposer de l'avant-scène de
M. le duc de Montpensier. Je trouve que c'est un peu trop cher, de
payer une loge à l'année pour faire rire un prince.
» Tout à vous,
» ALEX. DUMAS. »