III

La révolution de 1848 arrive à son tour, et Arago, qui s’était proclamé

républicain au sein même de la Chambre des députés, sous le règne de

Louis-Philippe, est porté au gouvernement provisoire et au double

ministère de la marine et de la guerre. Son nom fut une promesse pour

tous, une sorte d’arc-en-ciel après l’orage. Les ouvriers s’écrièrent:

«En voilà un qui aime le peuple!» Ceux qui craignaient la république

furent rassurés. Arago, déjà atteint de la maladie qui l’a conduit au

tombeau, retrouve de nouvelles forces pour servir la patrie. Il se

charge du fardeau d’un double ministère, celui de la guerre et celui de

la marine.

La marine ne prononcera son nom qu’avec vénération. Arago avait déjà

fait beaucoup pour elle. Il avait, avec Fresnel, inventé ce mode

d’éclairage des phares qui est adopté partout et qui a sauvé la vie à

tant de navigateurs. Son court passage au ministère de la marine est

marqué par trois grandes mesures: il a aboli l’esclavage, supprimé le

supplice de la garcette, et amélioré la nourriture du marin. La

république était pour lui l’état social des peuples majeurs.

Le vice-amiral Baudin a dit sur la tombe d’Arago, après avoir apprécié

les services rendus par le savant ministre:

«Pendant les quatre mois qu’il tint le portefeuille, M. Arago, en face

des embarras du trésor, s’abstint de toucher son traitement de ministre,

voulant que ses services, dans ces difficiles circonstances, fussent

purement gratuits. Je cite ce trait de patriotique désintéressement, non

pas pour les hommes qui connaissaient le noble caractère de M. Arago,

mais pour ceux qui ne le connaissaient pas assez.»

Au reste, les preuves de désintéressement de cette nature ne sont pas

rares dans la vie de cet homme illustre. Ennemi du cumul, il ne voulut

jamais toucher plusieurs traitements à la fois. Quand il fut nommé

secrétaire perpétuel de l’Académie, place dont les appointements sont de

6,000 francs seulement, il donna sa démission de professeur de l’École

polytechnique. Quoique directeur de l’Observatoire, Arago ne voulut

toucher que les appointements de simple membre du Bureau des longitudes,

5,000 fr. Ces 11,000 fr. sont le seul traitement qu’ait touché le savant

illustre, le travailleur infatigable, l’homme d’État dévoué, le

ministre, le membre du gouvernement provisoire.

Arago publiait chaque année, dans l’_Annuaire du Bureau des longitudes_,

ces admirables notices où, tout en racontant la vie des savants

illustres, il faisait l’histoire de la science. Ces notices ont enrichi

l’imprimeur de l’_Annuaire_. Pour Arago ce fut toujours un travail sans

rémunération.

Mourant, il déplorait de toucher le traitement de secrétaire perpétuel

de l’Académie sans en remplir les fonctions. Il voulait donner sa

démission. «Nous viendrons tous en corps vous la rapporter, lui dit M.

Biot, et vous reprocher votre ingratitude.»

Arago est mort pauvre; sa vie était des plus simples, des plus frugales.

Homme modeste, au milieu de tant de grandeur, il ne s’occupa pas de la

fortune, de même qu’il négligea toujours de porter ces décorations si

enviées par d’autres hommes, même éminents, et que s’empressèrent de lui

envoyer, nous devons le dire, les gouvernements de tous les pays. Mais

il rappelait avec plaisir que toutes les Académies du monde avaient

voulu l’avoir pour associé. C’est qu’il voyait là un souvenir des

savants, et qu’il aimait à entretenir avec eux des relations dans

l’intérêt de l’avancement des sciences, qui ont besoin de l’association

pour être complétement fécondes.

Arago n’aimait pas plus les doubles places qui lui semblaient

incompatibles que les cumuls dans les traitements. En avril 1836, une

place se trouva vacante à l’Académie française.

Les royalistes avaient pris pour candidat M. Guizot le ministre;

quelques littérateurs avaient un moment songé à Victor Hugo; mais les

chances étaient encore trop faibles pour lui. Aussi, un grand nombre

d’académiciens pensèrent-ils à faire revivre l’usage qui portait au

fauteuil de l’Académie française le secrétaire perpétuel de l’Académie

des sciences.

Népomucène Lemercier, ami d’Arago, et qui avait précédemment échoué déjà

dans une semblable négociation, vint lui garantir sa nomination.

Dix-neuf académiciens s’étaient engagés d’honneur à lui donner leur

voix.

Occuper un fauteuil où avaient siégé, au même titre, Fontenelle,

d’Alembert, Delambre, Cuvier et Fourier; faire échouer M. Guizot, qui ne

se retirait pas devant l’auteur de _Notre-Dame de Paris_; lui membre de

l’opposition à la chambre des députés, l’emporter sur un ministre...

l’assurance de tous ces triomphes était pleine de tentations. Arago

refusa cependant; il fit mieux, il publia la lettre suivante:

«Les journaux qui s’occupèrent, il y a quelques semaines, du

remplacement du vénérable M. de Tracy à l’Académie française, me firent

l’honneur de me désigner comme un des candidats. Maintenant, on s’étonne

de voir la liste officielle réduite à un seul nom; de là, mille vaines

conjectures, dans lesquelles voici, dit-on, ma part. J’ai fait preuve

d’une prudence consommée en n’affrontant pas la plus redoutable

concurrence; une condescendance d’aussi bon goût recevra tôt ou tard son

prix; je me présenterai indubitablement quand une nouvelle place viendra

à vaquer; alors je serai accueilli, soutenu par ceux-là mêmes qui

aujourd’hui portent M. Guizot avec le plus d’ardeur; des engagements

formels ne me permettent pas d’en douter!

«Deux mots d’explication, et ces suppositions _bienveillantes_ seront

réduites à leur juste valeur.

«Il est vrai que plusieurs membres de l’Académie française qui

m’honorent de leur amitié, voulant faire revivre un ancien usage,

avaient songé à remplacer M. de Tracy, non sans doute par M. Arago, mais

par le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences; il est vrai que,

pour vaincre une hésitation qu’ils devaient prévoir, mes amis avaient eu

la bonté de ne m’offrir la candidature qu’après avoir aperçu de grandes

chances de réussite, qu’après s’être assurés, disaient-ils, de dix-neuf

suffrages. Eh bien! dès le premier moment, j’ai déclaré qu’à moins de

consentir à augmenter d’un nouveau nom la liste déjà si longue de ceux

qui changent d’avis au gré de leurs intérêts, je ne pouvais aspirer au

fauteuil de M. de Tracy; dès le premier moment, j’ai exhumé moi-même de

l’éloge encore inédit de Fourier un passage qui rendait ma candidature

impossible. Ce passage, le voici:

«A la mort de Lemontey, l’Académie française, où Laplace et Cuvier

représentaient déjà les sciences, appela encore Fourier dans son sein.

Les titres littéraires de notre confrère étaient incontestables; ils

étaient même incontestés, et cependant sa nomination souleva dans les

journaux de violents débats qui l’affligèrent profondément. Mais aussi

n’était-ce pas une question, messieurs, que celle de savoir si ces

doubles nominations sont utiles? Ne pouvait-on pas soutenir, sans se

rendre coupable d’un paradoxe, qu’elles éteignent chez la jeunesse une

émulation que tout nous impose le devoir d’encourager? Que deviendraient

d’ailleurs, à la longue, avec des académiciens doubles, triples,

quadruples, cette unité si justement vantée de l’ancien Institut? Le

public finirait par ne plus la trouver que dans l’unité de costume.»

«Vous le voyez, monsieur, ma position est bien nette; je ne me suis

jamais présenté à l’Académie française; je ne m’y présenterai jamais.»

Il pouvait cependant prétendre au fauteuil de d’Alembert et de

Fontenelle, qu’il a surpassés en écrivant l’_Éloge des Savants

illustres_, celui dont M. Saint-Marc Girardin vient de dire dans le

_Journal des Débats_:

«M. Arago était un grand savant; mais c’était aussi un littérateur; il

en avait les grandes qualités, peut-être en avait-il les défauts. Il

avait, il est vrai, la prétention de n’être point un littérateur, et il

a poussé cette prétention jusqu’à ne point vouloir se présenter aux

suffrages de l’Académie française, qu’il aurait assurément obtenus.

Cette prétention était une sorte de coquetterie ou même de vanité. Mais

dans ses ouvrages, il a mis sans hésiter toutes les qualités qu’il avait

du littérateur: la clarté, la précision, la justesse, le don admirable

de faire comprendre la science même aux ignorants... C’est de ce côté

qu’excellait M. Arago. Il était savant pour faire ses expériences et

pour suivre ses recherches; il était littérateur pour en expliquer le

résultat... La clarté, qui est partout la qualité nécessaire, est dans

les sciences la qualité souveraine. M. Arago avait cette qualité

souveraine qui, même chez lui, allait jusqu’à la grâce dans tout ce qui

touchait à la science. Il n’avait pas la grâce dans le récit et dans la

discussion; il s’en tenait à la précision, à la justesse, à la vivacité;

il l’avait dans l’explication de la science, d’abord parce qu’il

l’aimait et qu’on est toujours gracieux à parler de ce qu’on aime et de

ce qu’on veut faire aimer; ensuite, parce qu’il voyait la science dans

toute sa beauté et qu’il savait la faire voir comme il la voyait.»

En 1812, le Bureau des longitudes chargea Arago de faire un cours public

d’astronomie à l’Observatoire. Ce cours a été continué jusqu’en 1845.

D’un esprit éminemment élevé, doué d’un talent essentiellement

populaire, Arago approfondissait les plus hautes questions d’astronomie,

et les esprits les plus ordinaires étaient tout surpris de ne rien

perdre de ces magnifiques détails, qui sont cependant le dernier mot de

la science. Dans des séances qui parfois duraient deux heures, il

développait le vaste ensemble du ciel et excitait un si vif intérêt que

ses mille auditeurs, hommes, dames, ouvriers, ne s’apercevaient jamais

de la durée de la leçon.

Cette faculté si remarquable qui lui valut une si juste popularité, ce

talent d’exposition d’un ordre si élevé, on ne peut s’en faire une idée

si l’on n’a assisté à ces admirables leçons. Il faut avoir entendu Arago

pour savoir avec quelle lucidité, avec quelle méthode il savait analyser

une question scientifique, la ramener à ses éléments les plus simples,

éviter tout ce qu’elle avait de trop difficile, et la présenter au

public sous un aspect si séduisant que les auditeurs comprenaient

toujours parfaitement des choses dont, privés des connaissances

nécessaires, ils n’auraient pu avoir aucune idée nette si tout autre

qu’Arago les leur eût expliquées.

Et ce n’était pas pour obtenir de vains succès personnels qu’Arago

continua si longtemps son cours si savamment populaire, c’est qu’il

était convaincu que le véritable progrès, c’est à la science que

l’humanité le devra.

Nul n’a mieux su rendre justice au mérite des autres. Les éloges ou

notices biographiques qu’il a composés et lus dans le sein de l’Académie

des sciences, comme secrétaire perpétuel, attestent cette vérité. Il a

écrit la vie de Fresnel, Volta, Young, Fourier, Ampère, Watt, Carnot,

Condorcet, Bailly, Monge, Poisson, Gay-Lussac, Malus, c’est-à-dire d’une

des plus brillantes pléiades de grands hommes qui aient jamais illustré

une époque. Voici comment M. Flourens, également secrétaire perpétuel de

l’Académie des sciences, apprécie les œuvres littéraires de son

collègue:

«Comme historien de l’Académie, a-t-il dit sur sa tombe, M. Arago

apportait dans cette sorte de sacerdoce si difficile et si redoutable,

où il s’agit de pressentir le jugement de la postérité, une conscience

d’études, une force d’investigation, un désir d’être complétement

équitable, qui marquent à ses éloges un rang éminent. Dans ces écrits de

l’éloquent secrétaire se retrouvent toutes les qualités de son esprit:

une verve brillante, de la vigueur, de l’élan, un certain charme de

bonhomie.»

Nous ajoutons que les notices biographiques d’Arago sont un grand

enseignement pour les hommes qui veulent se vouer aux sciences.

Une des grandes préoccupations d’Arago, c’était de choisir de jeunes

savants pour les pousser dans la carrière, et entretenir en eux le feu

sacré. Un de ses grands bonheurs, c’était de faire valoir les

découvertes nouvelles. Sa position de secrétaire de l’Académie lui

permit de donner cours à tout son penchant. On ne saurait mieux dire

quel charme il mettait à dépouiller la correspondance de l’illustre

corps savant dont il était l’organe, que ne l’a fait encore M. Flourens:

«Dès qu’il parut, a-t-il dit, au poste de secrétaire perpétuel, une vie

plus active sembla circuler dans l’Académie. Il savait, par une

familiarité toujours pleine de séduction dans un homme supérieur, gagner

la confiance et se concilier à propos les adhésions les plus vives; ce

don, cet art du succès, il le mit tout entier au service du corps dont

il était devenu l’organe. Jamais l’action de l’Académie n’avait paru

aussi puissante, et ne s’étendit plus loin. Les sciences semblèrent

jeter un éclat inaccoutumé, et répandre avec plus d’abondance leurs

bienfaisantes lumières sur toutes les forces productives de notre pays.

«A une pénétration sans égale se joignait, dans M. Arago, un talent

d’analyse extraordinaire. L’exposition des travaux des autres semblait

être un jeu pour son esprit. Dans ses fonctions de secrétaire, sa pensée

rapide et facile, le tour spirituel, les expressions piquantes

captivaient l’attention de ses confrères, qui, toujours étonnés de tant

de facultés heureuses, l’écoutaient avec un plaisir mêlé d’admiration.

«Lorsque les progrès de la maladie lui eurent fait perdre la vue, toutes

les ressources du génie si net et si vaste de M. Arago se dévoilèrent

pour qui siégeait à côté de lui. De nombreux travaux sur les sujets les

plus compliqués et les plus ardus, après une seule lecture entendue la

veille, se retraçaient, à la plus simple indication, dans une mémoire

infaillible, avec ordre, avec suite; et tout cela se faisait

naturellement, aisément, sans aucune préoccupation visible. La facilité

de la reproduction en dérobait la merveille.»

Dans les notices scientifiques dont Arago a enrichi l’_Annuaire du

Bureau des longitudes_ depuis 1824, on retrouve les mêmes qualités que

dans les explications verbales que donnait le professeur, l’orateur, ou

le secrétaire de l’Académie. On ne peut mieux faire l’éloge de ces

notices, écrites pour les gens qui ne savent pas, qu’en disant avec M.

Combes, président de l’Académie, «qu’elles seront toujours relues avec

le même plaisir par les savants et par les gens du monde. On y trouve

une admirable clarté jointe à une érudition aussi sûre que vaste, à la

plus rigoureuse exactitude dans l’exposé des phénomènes et des

conséquences qui en découlent.»

Parlerons-nous maintenant de l’homme de génie, de l’inventeur, de

l’intelligence la plus pleine d’initiative que nous ayons connue? Trois

découvertes surtout ont immortalisé son nom. Chose bien rare, elles ont

toutes trois conduit à des résultats pratiques considérables.

C’est à Arago qu’appartient la découverte de la polarisation

chromatique, ou des couleurs que fournit un rayon de lumière déjà

polarisé, c’est-à-dire influencé soit par sa réflexion sur les corps

miroitants, soit par son passage à travers des corps transparents,

lorsqu’il vient à traverser des lames minces. Sur ce fait, Arago a fondé

le polariscope, instrument avec lequel il a étudié la constitution de

l’atmosphère terrestre, et sondé les mystères qui nous cachaient la

construction du soleil. Dans ce même fait, on a trouvé le principe du

saccharimètre, à l’aide duquel on étudie la richesse du jus de la

betterave et de la canne à sucre.

Arago a trouvé le premier que l’électricité peut aimanter le fer et

l’acier; c’est l’origine de la télégraphie électrique.

Arago a trouvé enfin une branche de physique nouvelle, celle du

magnétisme par rotation, en découvrant que le cuivre en mouvement

influence l’aiguille aimantée et finit par l’entraîner, et,

réciproquement, que l’aiguille aimantée est arrêtée par du cuivre en

repos. De là on a tiré les phénomènes d’induction électrique. Plus tard,

la même découverte a conduit à construire les machines qui produisent de

l’électricité par le simple mouvement, et dont on se sert dans l’art

médical.

Lorsque, vers 1820, l’usage des machines à vapeur se fut répandu dans

l’industrie, le gouvernement dut songer à soumettre les chaudières à des

épreuves préalables et à assujettir leur emploi à certaines mesures de

sûreté. Mais on ne connaissait alors aucune table exacte qui permît

d’assigner les températures correspondant aux forces élastiques de la

vapeur pour des tensions supérieures à la pression de l’atmosphère. Il

était donc impossible de faire usage des rondelles métalliques fusibles

qui donneraient issue à la vapeur dès que celle-ci atteindrait une

puissance voisine de la résistance que les chaudières seraient reconnues

pouvoir opposer à une explosion. Le gouvernement chargea l’Académie des

sciences de résoudre la question. Toutes les expériences auxquelles

donnèrent lieu les recherches qu’il fallut entreprendre dans ce but

furent exécutées par Arago et Dulong; elles étaient longues, pénibles,

dangereuses, elles demandèrent, peut-on dire, une intrépidité plus

grande que celle des champs de bataille; mais rien ne pouvait arrêter le

zèle des deux célèbres physiciens. Leur beau travail dota l’industrie

des nombres les plus utiles pour régler l’emploi des machines à vapeur,

et la science de vues nouvelles sur la théorie des gaz. Dulong et Arago

montrèrent dans cette circonstance un dévouement dont les annales de la

science n’avaient encore enregistré aucun exemple.

La collection des Mémoires scientifiques d’Arago, qui sont au nombre de

dix-huit à vingt, et dont six ou sept à peine ont été publiés, formera

l’un des plus beaux monuments qu’on puisse élever à la mémoire d’un

savant. La plupart de ces Mémoires contiennent de grandes découvertes et

ouvrent des horizons nouveaux; souvent ils bouleversent de fond en

comble des théories universellement admises. Telle est, par exemple, la

théorie de l’émission créée par Newton, et que Arago a complétement

renversée. M. de la Rive, de Genève, qui vient aussi de rendre un bel

hommage à Fr. Arago, expose en ces termes cette magnifique page de son

histoire:

«Une immense découverte, dit-il, fut celle de l’effet que produit, dans

le phénomène de l’interférence, l’interposition d’une lame très-mince

d’une substance transparente sur la route de l’un des deux rayons

interférents. Young et Fresnel avaient montré que deux rayons de lumière

s’ajoutent quand ils ont parcouru des chemins égaux ou différents d’un

nombre pair de fois une certaine quantité très-petite, et qu’ils se

détruisent quand cette différence est un nombre impair de fois cette

même quantité: d’où il résulte que la rencontre de deux rayons, dans les

circonstances voulues, produit une série de franges alternativement

obscures et lumineuses. Arago découvrit que, si l’un des rayons traverse

une lame mince transparente, telle que du verre, les franges sont

déplacées; ce qui prouve que ce rayon a été retardé dans sa route, et

par conséquent renverse la théorie de l’émission de Newton, pour lui

substituer celle des ondulations.

Arago eut le bonheur de voir vérifier par des mesures directes, que la

vitesse de la lumière est moindre dans l’eau que dans l’air, comme il

l’avait annoncé. La perte de la vue l’avait empêché de faire lui-même

cette belle expérience.

Alors qu’il ne voyait plus, Arago dictait. C’est ainsi qu’il a rédigé un

des plus beaux traités d’astronomie qui ait jamais été composé; il l’a

appelé _Astronomie populaire_. Il expliquera aux gens les plus étrangers

aux sciences les magnifiques phénomènes de la voûte étoilée, sur

laquelle les hommes des champs ont plus constamment les yeux que les

habitants des villes.

Nous ne pouvons tout dire dans ces quelques pages. Nous n’avons pas

mentionné ses belles observations magnétiques relatives aux mouvements

que produit simultanément, à de grandes distances, l’aurore boréale; ses

travaux sur la photométrie, sur les planètes, sur la scintillation, sur

les comètes. En trouvant dans les phénomènes de la polarisation des

méthodes faciles et exactes de comparer entre elles les intensités des

divers rayons lumineux, il a, pour ainsi dire, découvert le moyen de

peser les quantités de lumière, et ainsi il a créé une science nouvelle.

Les procédés photométriques ont servi dans sa main à la mesure de

l’intensité lumineuse des étoiles. Ils pourront mener à trouver l’action

qu’exerce la lumière sur les végétaux, qui, comme on le sait, ont autant

besoin de lumière que de chaleur. Profondément versé dans les difficiles

théories de l’optique, il a inventé de nouvelles méthodes d’observation

astronomique qui feront une véritable révolution dans les procédés que

suivent les astronomes de tous les observatoires modernes, lorsqu’elles

seront publiées. Il avait commencé à établir ses méthodes à

l’Observatoire de Paris, dont on peut lui attribuer la véritable

création.

Histoire de ma jeunesse · 第 65 / 74 题