I.

Universalité des sciences occultes.--Leurs différentes

divisions.--Sorciers mentionnés dans la Bible.--Rôle de Satan d'après la

tradition chrétienne.--Le diable de la sorcellerie, distinction

essentielle.

C'est une croyance universelle, et pour ainsi dire une tradition native

du genre humain, que l'homme, à l'aide de certaines formules et de

certaines pratiques, empruntées tantôt à la religion, tantôt à la

science, peut changer les lois éternelles de la nature, soumettre à sa

volonté les êtres invisibles, s'élever au-dessus de sa propre faiblesse,

et acquérir la connaissance absolue et la puissance sans limites. Ces

dons supérieurs auxquels il aspire, il les demande indistinctement aux

éléments, aux nombres, aux astres, aux songes, au principe éternel du

bien comme au génie du mal, aux anges, à Satan. Égaré par son orgueil,

il crée toute une science en dehors de l'observation positive; et, pour

régner en maître absolu sur la nature, il outrage à la fois la religion,

la raison et les lois. Cette science, c'est la magie, qui se divise,

suivant les temps et les lieux, en une infinité de branches: cabale,

divination, nécromancie, géomancie, philosophie occulte, philosophie

hermétique, astrologie, etc., science empoisonnée dans sa source, qui se

résume, au moyen âge, dans la sorcellerie, et qui, toujours maudite,

toujours combattue par les lois de l'Église et de la société, reparaît

toujours impuissante et convaincue.

La Bible parle à diverses reprises, et partout avec sévérité, des hommes

ou des femmes qui se livrent à la magie. «Il ne se trouvera parmi vous,

est-il dit dans le _Deutéronome_[1], personne qui fasse passer par le

feu son fils ou sa fille, qui professe la divination ou qui prédise les

temps; ni enchanteur, ni sorcière, ni personne qui consulte des esprits

familiers, ou qui soit magicien ou nécromancien.» Les mêmes défenses se

retrouvent dans le _Lévitique_, et l'évocation de l'ombre de Samuel par

la pythonisse d'Endor, les prodiges opérés par les magiciens de Pharaon,

les accusations portées contre Manassès, prouvent que les pratiques des

oeuvres occultes n'étaient point étrangères aux Israélites. Ces faits

ont donné lieu à un grand nombre de commentaires. Quant à nous, nous

nous bornerons seulement à les constater ici, en ajoutant que la plupart

des commentateurs ont remarqué que rien n'indique qu'il y ait eu chez

les Juifs, comme au moyen âge, entre le démon et les sorciers, un pacte

réel. Satan, dans la tradition sacrée, n'est jamais ce qu'il fut plus

tard, l'esclave obéissant de l'homme; il ne sert point ses passions et

ses vices; et, comme le dit Bergier, si les faits surnaturels dont il

est parlé dans l'Ancien Testament doivent être attribués aux démons, il

faut en conclure seulement que Dieu consentait à ce que l'esprit

infernal les opérât, soit pour faire éclater sa puissance, en opposant

aux prodiges des magiciens d'autres prodiges plus nombreux et plus

étonnants, soit pour punir les hommes de leur curiosité superstitieuse.

Satan reste soumis à la volonté divine. Quand il étrangle, dans la

chambre nuptiale, les sept premiers maris de Sara; quand il fait tomber

le feu du ciel sur les troupeaux de Job, quand il déchaîne l'ouragan

contre sa maison, il n'agit jamais qu'avec la permission de Dieu, et

Dieu lui permet d'agir pour éprouver son fidèle serviteur et faire

briller sa foi et sa vertu d'un plus grand éclat.

[Footnote 1: Chap. XXIII, v. 10-11.]

Ainsi, entre la magie et le rôle de Satan dans l'Écriture, et la magie

et le rôle de Satan dans le moyen âge, il y a cette différence

essentielle et profonde que, d'un côté, le démon n'est jamais qu'un

vaincu qui n'agit que par la permission de Dieu, qui reste entièrement

indépendant de l'homme, et qui, dans la sphère même la plus redoutable

de son action, n'est encore que l'instrument docile du souverain maître.

Dans la sorcellerie, au contraire, le démon est asservi à la volonté de

l'homme; il se met au service de ses haines, de ses passions. Il se

révolte de nouveau contre Dieu, et semble vouloir faire retourner le

monde à l'antique idolâtrie. Cette distinction, nettement, établie, et

sans toucher davantage aux questions qui sont placées par la foi en

dehors de la discussion, nous allons marcher à notre aise à travers le

rêve et la légende, en nous attachant toujours à porter, autant que

possible, l'ordre et la clarté au milieu de ce chaos et de ces ténèbres,

et en établissant des classifications rationnelles, dans ce sujet, où la

plupart des historiens qui l'ont traité marchent au hasard, comme dans

un véritable labyrinthe.

La sorcellerie · 第 9 / 36 题