Le mariage est un piège que la nature nous tend.--(M. 355.)

* * * * *

Parmi les philosophes et les poètes, ceux qui sont mariés deviennent par

cela seul suspects de chercher leur propre avantage, et non l’avantage

de la science et de l’art.--(M. 357.)

* * * * *

L’honneur des femmes, de même que l’honneur des hommes, est un «esprit

de corps»[39] bien entendu. Le premier est de beaucoup le plus important

des deux; parce que dans la vie des femmes les rapports sexuels sont la

grande affaire.--L’honneur pour une jeune fille consiste dans la

confiance qu’inspire son innocence, et pour une femme dans sa fidélité à

son mari. Les femmes attendent des hommes et exigent d’eux tout ce qui

leur est nécessaire et tout ce qu’elles désirent. L’homme au fond

n’exige de la femme qu’une seule chose. Les femmes doivent donc

s’arranger de telle manière que les hommes ne puissent obtenir d’elles

cette chose unique qu’en échange du soin qu’ils s’engagent à prendre

d’elles et des enfants futurs: de cet arrangement dépend le bonheur de

toutes les femmes. Pour l’obtenir, il est indispensable qu’elles se

soutiennent et fassent preuve d’esprit de corps. Aussi marchent-elles

comme une seule femme et en rangs serrés vis-à-vis de l’armée des

hommes, qui, grâce à la prédominance physique et intellectuelle,

possèdent tous les biens terrestres; voilà l’ennemi commun qu’il s’agit

de vaincre et de conquérir, afin d’arriver par cette victoire à posséder

les biens de la terre. La première maxime de l’honneur féminin a donc

été qu’il faut refuser impitoyablement à l’homme tout commerce

illégitime, afin de le contraindre au mariage comme à une sorte de

capitulation; seul moyen de pourvoir toute la gent féminine. Pour

atteindre ce résultat, la maxime précédente doit être rigoureusement

respectée; aussi toutes les femmes avec un véritable esprit de corps

veillent-elles à son exécution. Une jeune fille qui a failli s’est

rendue coupable de trahison envers tout son sexe, car si cette action se

généralisait, l’intérêt commun serait compromis; on la chasse de la

communauté, on la couvre de honte; elle se trouve ainsi avoir perdu son

honneur. Toute femme doit la fuir comme une pestiférée. Un même sort

attend la femme adultère parce qu’elle a manqué à l’un des termes de la

capitulation consentie par le mari. Son exemple serait de nature à

détourner les hommes de signer un pareil traité, et le salut de toutes

les femmes en dépend. Outre cet honneur particulier à son sexe, la femme

adultère perd en outre l’honneur civil, parce que son action est une

tromperie, un manque grossier à la foi jurée. L’on peut dire avec

quelque indulgence «une jeune fille abusée» on ne dit pas «une femme

abusée.» Le séducteur peut bien par le mariage rendre l’honneur à la

première, il ne peut pas le rendre à la seconde, même après le

divorce.--A voir clairement les choses, on reconnaît donc qu’un _esprit

de corps_ utile, indispensable, mais bien calculé et fondé sur

l’intérêt, est le principe de l’honneur des femmes: on ne peut nier son

importance extrême dans la destinée de la femme, mais on ne saurait lui

attribuer une valeur absolue, au delà de la vie et des fins de la vie,

et méritant qu’on lui sacrifie l’existence même...

[39] «Les femmes font cause commune; elles sont liées par un _esprit

de corps_, par une espèce de confédération tacite, qui comme les

ligues secrètes d’un État, prouve peut-être la faiblesse du parti

qui se croit obligé d’y avoir recours.»

Pensées, maximes et fragments · 第 28 / 46 题