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Parmi les philosophes et les poètes, ceux qui sont mariés deviennent par
cela seul suspects de chercher leur propre avantage, et non l’avantage
de la science et de l’art.--(M. 357.)
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L’honneur des femmes, de même que l’honneur des hommes, est un «esprit
de corps»[39] bien entendu. Le premier est de beaucoup le plus important
des deux; parce que dans la vie des femmes les rapports sexuels sont la
grande affaire.--L’honneur pour une jeune fille consiste dans la
confiance qu’inspire son innocence, et pour une femme dans sa fidélité à
son mari. Les femmes attendent des hommes et exigent d’eux tout ce qui
leur est nécessaire et tout ce qu’elles désirent. L’homme au fond
n’exige de la femme qu’une seule chose. Les femmes doivent donc
s’arranger de telle manière que les hommes ne puissent obtenir d’elles
cette chose unique qu’en échange du soin qu’ils s’engagent à prendre
d’elles et des enfants futurs: de cet arrangement dépend le bonheur de
toutes les femmes. Pour l’obtenir, il est indispensable qu’elles se
soutiennent et fassent preuve d’esprit de corps. Aussi marchent-elles
comme une seule femme et en rangs serrés vis-à-vis de l’armée des
hommes, qui, grâce à la prédominance physique et intellectuelle,
possèdent tous les biens terrestres; voilà l’ennemi commun qu’il s’agit
de vaincre et de conquérir, afin d’arriver par cette victoire à posséder
les biens de la terre. La première maxime de l’honneur féminin a donc
été qu’il faut refuser impitoyablement à l’homme tout commerce
illégitime, afin de le contraindre au mariage comme à une sorte de
capitulation; seul moyen de pourvoir toute la gent féminine. Pour
atteindre ce résultat, la maxime précédente doit être rigoureusement
respectée; aussi toutes les femmes avec un véritable esprit de corps
veillent-elles à son exécution. Une jeune fille qui a failli s’est
rendue coupable de trahison envers tout son sexe, car si cette action se
généralisait, l’intérêt commun serait compromis; on la chasse de la
communauté, on la couvre de honte; elle se trouve ainsi avoir perdu son
honneur. Toute femme doit la fuir comme une pestiférée. Un même sort
attend la femme adultère parce qu’elle a manqué à l’un des termes de la
capitulation consentie par le mari. Son exemple serait de nature à
détourner les hommes de signer un pareil traité, et le salut de toutes
les femmes en dépend. Outre cet honneur particulier à son sexe, la femme
adultère perd en outre l’honneur civil, parce que son action est une
tromperie, un manque grossier à la foi jurée. L’on peut dire avec
quelque indulgence «une jeune fille abusée» on ne dit pas «une femme
abusée.» Le séducteur peut bien par le mariage rendre l’honneur à la
première, il ne peut pas le rendre à la seconde, même après le
divorce.--A voir clairement les choses, on reconnaît donc qu’un _esprit
de corps_ utile, indispensable, mais bien calculé et fondé sur
l’intérêt, est le principe de l’honneur des femmes: on ne peut nier son
importance extrême dans la destinée de la femme, mais on ne saurait lui
attribuer une valeur absolue, au delà de la vie et des fins de la vie,
et méritant qu’on lui sacrifie l’existence même...
[39] «Les femmes font cause commune; elles sont liées par un _esprit
de corps_, par une espèce de confédération tacite, qui comme les
ligues secrètes d’un État, prouve peut-être la faiblesse du parti
qui se croit obligé d’y avoir recours.»