[36] P. II. 649.
... Le seul aspect de la femme révèle qu’elle n’est destinée ni aux
grands travaux de l’intelligence, ni aux grands travaux matériels. Elle
paie sa dette à la vie non par l’action mais par la souffrance, les
douleurs de l’enfantement, les soins inquiets de l’enfance; elle doit
obéir à l’homme, être une compagne patiente qui le rassérène. Elle n’est
faite ni pour les grands efforts, ni pour les peines ou les plaisirs
excessifs; sa vie peut s’écouler plus silencieuse, plus insignifiante et
plus douce que celle de l’homme, sans qu’elle soit, par nature, ni
meilleure ni pire.
* * * * *
Ce qui rend les femmes particulièrement aptes à soigner, à élever notre
première enfance, c’est qu’elles restent elles-mêmes puériles, futiles
et bornées; elles demeurent toute leur vie de grands enfants, une sorte
d’intermédiaire entre l’enfant et l’homme. Qu’on observe une jeune fille
folâtrant tout le long du jour avec un enfant, dansant et chantant avec
lui, et qu’on imagine ce qu’un homme, avec la meilleure volonté du
monde, pourrait faire à sa place.
* * * * *
Chez les jeunes filles, la nature semble avoir voulu faire ce qu’en
style dramatique on appelle un coup de théâtre; elle les pare pour
quelques années d’une beauté, d’une grâce, d’une perfection
extraordinaires, aux dépens de tout le reste de leur vie, afin que
pendant ces rapides années d’éclat elles puissent s’emparer fortement de
l’imagination d’un homme et l’entraîner à se charger loyalement d’elles
d’une manière quelconque. Pour réussir dans cette entreprise la pure
réflexion et la raison ne donnaient pas de garantie suffisante. Aussi la
nature a-t-elle armé la femme, comme toute autre créature, des armes et
des instruments nécessaires pour assurer son existence et seulement
pendant le temps indispensable, car la nature en cela agit avec son
économie habituelle: de même que la fourmi femelle, après son union avec
le mâle, perd les ailes qui lui deviendraient inutiles et même
dangereuses pour la période d’incubation, de même aussi la plupart du
temps, après deux ou trois couches, la femme perd sa beauté, sans doute
pour la même raison. De là vient que les jeunes filles regardent
généralement les occupations du ménage ou les devoirs de leur état comme
des choses accessoires et de pures bagatelles, tandis qu’elles
reconnaissent leur véritable vocation dans l’amour, les conquêtes et
tout ce qui en dépend, la toilette, la danse, etc.
* * * * *
Plus une chose est noble et accomplie, plus elle se développe lentement
et tardivement. La raison et l’intelligence de l’homme n’atteignent
guère tout leur développement que vers la vingt-huitième année; chez la
femme, au contraire, la maturité de l’esprit arrive à la dix-huitième
année. Aussi n’a-t-elle qu’une raison de dix-huit ans bien strictement
mesurée. C’est pour cela que les femmes restent toute leur vie de vrais
enfants. Elles ne voient que ce qui est sous leurs yeux, s’attachent au
présent, prenant l’apparence pour la réalité et préférant les niaiseries
aux choses les plus importantes. Ce qui distingue l’homme de l’animal
c’est la raison; confiné dans le présent, il se reporte vers le passé et
songe à l’avenir: de là sa prudence, ses soucis, ses appréhensions
fréquentes. La raison débile de la femme ne participe ni à ces
avantages, ni à ces inconvénients; elle est affligée d’une myopie
intellectuelle qui lui permet, par une sorte d’intuition, de voir d’une
façon pénétrante les choses prochaines; mais son horizon est borné, ce
qui est lointain lui échappe. De là vient que tout ce qui n’est pas
immédiat, le passé et l’avenir, agissent plus faiblement sur la femme
que sur nous: de là aussi ce penchant bien plus fréquent à la
prodigalité, qui parfois touche à la démence. Au fond du cœur les femmes
s’imaginent que les hommes sont faits pour gagner de l’argent et les
femmes pour le dépenser; si elles en sont empêchées pendant la vie de
leur mari, elles se dédommagent après sa mort. Et ce qui contribue à les
confirmer dans cette conviction, c’est que leur mari leur donne l’argent
et les charge d’entretenir la maison.--Tant de côtés défectueux sont
pourtant compensés par un avantage: la femme plus absorbée dans le
moment présent, pour peu qu’il soit supportable en jouit plus que nous;
de là cet enjouement qui lui est propre et la rend capable de distraire
et parfois de consoler l’homme accablé de soucis et de peines.
Dans les circonstances difficiles il ne faut pas dédaigner de faire
appel, comme autrefois les Germains, aux conseils des femmes; car elles
ont une manière de concevoir les choses toute différente de la nôtre.
Elles vont au but par le chemin le plus court, parce que leurs regards
s’attachent, en général, à ce qu’elles ont sous la main. Pour nous, au
contraire, notre regard dépasse sans s’y arrêter les choses qui nous
crèvent les yeux, et cherche bien au delà; nous avons besoin d’être
ramenés à une manière de voir plus simple et plus rapide. Ajoutez à cela
que les femmes ont décidément un esprit plus posé, et ne voient dans les
choses que ce qu’il y a réellement; tandis que, sous le coup de nos
passions excitées, nous grossissons les objets, et nous nous peignons
des chimères.
Les mêmes aptitudes natives expliquent la pitié, l’humanité, la
sympathie que les femmes témoignent aux malheureux, tandis qu’elles sont
inférieures aux hommes en tout ce qui touche à l’équité, à la droiture
et à la scrupuleuse probité. Par suite de la faiblesse de leur raison,
tout ce qui est présent, visible et immédiat, exerce sur elles un empire
contre lequel ne sauraient prévaloir ni les abstractions, ni les maximes
établies, ni les résolutions énergiques, ni aucune considération du
passé ou de l’avenir, de ce qui est éloigné ou absent. Elles ont de la
vertu les qualités premières et principales, mais les secondaires et les
accessoires leur font défaut... Aussi l’injustice est-elle le défaut
capital des natures féminines. Cela vient du peu de bon sens et de
réflexion que nous avons signalé, et ce qui aggrave encore ce défaut,
c’est que la nature, en leur refusant la force, leur a donné, pour
protéger leur faiblesse, la ruse en partage; de là leur fourberie
instinctive et leur invincible penchant au mensonge. Le lion a ses dents
et ses griffes; l’éléphant, le sanglier ont leurs défenses, le taureau a
des cornes, la sèche a son encre, qui lui sert à brouiller l’eau autour
d’elle; la nature n’a donné à la femme pour se défendre et se protéger
que la dissimulation; cette faculté supplée à la force que l’homme puise
dans la vigueur de ses membres et dans sa raison. La dissimulation est
innée chez la femme, chez la plus fine, comme chez la plus sotte. Il lui
est aussi naturel d’en user en toute occasion qu’à un animal attaqué de
se défendre aussitôt avec ses armes naturelles: et en agissant ainsi,
elle a jusqu’à un certain point conscience de ses droits: ce qui fait
qu’il est presque impossible de rencontrer une femme absolument
véridique et sincère. Et c’est justement pour cela qu’elle pénètre si
aisément la dissimulation d’autrui et qu’il n’est pas prudent d’en faire
usage avec elle.--De ce défaut fondamental et de ses conséquences
naissent la fausseté, l’infidélité, la trahison, l’ingratitude, etc. Les
femmes aussi se parjurent en justice bien plus fréquemment que les
hommes, et ce serait une question de savoir si on doit les admettre à
prêter serment.--Il arrive de temps en temps que des dames, à qui rien
ne manque, sont surprises dans les magasins en flagrant délit de vol.
* * * * *
Les hommes jeunes, beaux, robustes, sont destinés par la nature à
propager l’espèce humaine, afin que celle-ci ne dégénère pas. Telle est
la ferme volonté que la nature exprime par les passions des femmes.
C’est assurément de toutes les lois la plus ancienne et la plus
puissante. Malheur donc aux intérêts et aux droits qui lui font
obstacle. Ils seront, le moment venu, quoiqu’il arrive, impitoyablement
écrasés. Car la morale secrète, inavouée et même inconsciente, mais
innée des femmes, est celle-ci: «Nous sommes fondées en droit à tromper
ceux qui s’imaginent qu’ils peuvent, en pourvoyant économiquement à
notre subsistance, confisquer à leur profit les droits de l’espèce.
C’est à nous qu’ont été confiés, c’est sur nous que reposent la
constitution et le salut de l’espèce, la création de la génération
future; c’est à nous d’y travailler en toute conscience.» Mais les
femmes ne s’intéressent nullement à ce principe supérieur _in
abstracto_, elles le comprennent seulement _in concreto_, et n’ont,
quand l’occasion s’en présente, d’autre manière de l’exprimer que leur
manière d’agir; et sur ce sujet leur conscience les laisse bien plus en
repos qu’on ne pourrait le croire, car dans le fond le plus obscur de
leur cœur, elles sentent vaguement qu’en trahissant leurs devoirs envers
l’individu, elles le remplissent d’autant mieux envers l’espèce qui a
des droits infiniment supérieurs.
Comme les femmes sont uniquement créées pour la propagation de l’espèce
et que toute leur vocation se concentre en ce point, elles vivent plus
pour l’espèce que pour les individus, et prennent plus à cœur les
intérêts de l’espèce que les intérêts des individus. C’est ce qui donne
à tout leur être et à leur conduite une certaine légèreté et des vues
opposées à celles de l’homme; telle est l’origine de cette désunion si
fréquente dans le mariage, qu’elle en est devenue presque normale.
* * * * *
Les hommes entre eux sont naturellement indifférents; les femmes sont,
par nature, ennemies. Cela doit tenir à ce que l’_odium figulinum_, la
rivalité qui est restreinte chez les hommes à chaque corps de métier,
embrasse chez les femmes toute l’espèce, car elles n’ont toutes qu’un
même métier, qu’une même affaire. Dans la rue, il suffit qu’elles se
rencontrent pour qu’elles échangent déjà des regards de Guelfes et de
Gibelins. Il saute aux yeux qu’à une première entrevue deux femmes ont
plus de contrainte, de dissimulation et de réserve que n’en auraient
deux hommes en pareil cas. Pour la même raison les compliments entre
femmes semblent plus ridicules qu’entre hommes. Remarquez en outre que
l’homme parle en général avec quelques égards et une certaine humanité à
ses subordonnés même les plus infimes, mais il est insupportable de voir
avec quelle hauteur une femme du monde s’adresse à une femme de classe
inférieure, quand elle n’est pas à son service. Cela peut tenir à ce
qu’entre femmes, les différences de rang sont infiniment plus précaires
que chez les hommes et que ces différences peuvent être modifiées ou
supprimées aisément; le rang qu’un homme occupe dépend de mille
considérations; pour les femmes une seule décide de tout: l’homme à qui
elles ont su plaire. Leur unique fonction les met sur un pied d’égalité
bien plus marqué, aussi cherchent-elles à créer entre elles des
différences de rang.
* * * * *
Il a fallu que l’intelligence de l’homme fût obscurcie par l’amour pour
qu’il ait appelé beau ce sexe de petite taille, aux épaules étroites,
aux larges hanches et aux jambes courtes; toute sa beauté en effet
réside dans l’instinct de l’amour. Au lieu de le nommer beau, il eût été
plus juste de l’appeler _l’inesthétique_. Les femmes n’ont ni le
sentiment, ni l’intelligence de la musique, pas plus que de la poésie ou
des arts plastiques; ce n’est chez elles que pure singerie, pur
prétexte, pure affectation exploitée par leur désir de plaire. Elles
sont incapables de prendre une part désintéressée à quoi que ce soit et
voici pourquoi. L’homme s’efforce en toute chose de dominer directement
soit par l’intelligence, soit par la force; la femme, au contraire, est
toujours et partout réduite à une domination absolument indirecte,
c’est-à-dire qu’elle n’a de pouvoir que par l’homme, et c’est sur lui
seul qu’elle exerce une influence immédiate. En conséquence, la nature
porte les femmes à chercher en toutes choses un moyen de conquérir
l’homme, et l’intérêt qu’elles semblent prendre aux choses extérieures
est toujours une feinte, un détour, c’est-à-dire pure coquetterie et
pure singerie. Rousseau l’a dit: «les femmes en général n’aiment aucun
art, ne se connaissent à aucun et n’ont aucun génie[37].» Ceux qui ne
s’arrêtent pas aux apparences ont pu le remarquer déjà. Il suffit
d’observer par exemple ce qui occupe et attire leur attention dans un
concert, à l’opéra ou à la comédie, de voir le sans façon avec lequel,
aux plus beaux endroits des plus grands chefs-d’œuvre, elles continuent
leur caquetage. S’il est vrai que les Grecs n’aient pas admis les femmes
au spectacle, ils ont eu bien raison; dans leurs théâtres du moins
pouvait-on saisir quelque chose. De notre temps, il serait bon d’ajouter
au _mulier taceat in ecclesia_, un _taceat mulier in theatro_, ou bien
de substituer un précepte à l’autre, et de suspendre ce dernier en gros
caractères sur le rideau de la scène.--Mais que peut-on attendre de
mieux de la part des femmes, si l’on réfléchit que dans le monde entier,
ce sexe n’a pu produire un seul esprit véritablement grand, ni une œuvre
complète et originale dans les beaux-arts, ni en quoi que ce soit un
seul ouvrage d’une valeur durable. Cela est saisissant dans la peinture;
elles sont pourtant aussi capables que nous d’en saisir le côté
technique et elles cultivent assidûment cet art, sans pouvoir se faire
gloire d’un seul chef-d’œuvre, parce qu’il leur manque justement cette
objectivité de l’esprit qui est surtout nécessaire dans la peinture;
elles ne peuvent sortir d’elles-mêmes. Aussi les femmes ordinaires ne
sont même pas capables d’en sentir les beautés, car _natura non facit
saltus_. Huarte, dans son ouvrage célèbre «_Examen de ingenios para las
sciencias_», qui date de 300 ans, refuse aux femmes toute capacité
supérieure. Des exceptions isolées et partielles ne changent rien aux
choses; les femmes sont, et resteront, prises dans leur ensemble, les
Philistins les plus accomplis et les plus incurables. Grâce à notre
organisation sociale, absurde au suprême degré, qui leur fait partager
le titre et la situation de l’homme quelqu’élevés qu’ils soient, elles
excitent avec acharnement ses ambitions les moins nobles, et par une
conséquence naturelle de cette absurdité, leur domination, le ton
qu’elles imposent, corrompent la société moderne. On devrait prendre
pour règle cette sentence de Napoléon Ier: «Les femmes n’ont pas de
rang.» Chamfort dit aussi très justement: «Elles sont faites pour
commercer avec nos faiblesses, avec notre folie, mais non avec notre
raison. Il existe entre elles et les hommes des sympathies d’épiderme,
et très peu de sympathies d’esprit, d’âme et de caractère.» Les femmes
sont le _sexus sequior_, le sexe second à tous égards, fait pour se
tenir à l’écart et au second plan. Certes, il faut épargner leur
faiblesse, mais il est ridicule de leur rendre hommage, et cela même
nous dégrade à leurs yeux. La nature, en séparant l’espèce humaine en
deux catégories, n’a pas fait les parts égales...--C’est bien ce qu’ont
pensé de tout temps les anciens et les peuples de l’Orient; ils se
rendaient mieux compte du rôle qui convient aux femmes, que nous ne le
faisons avec notre galanterie à l’ancienne mode française et notre
stupide vénération, qui est bien l’épanouissement le plus complet de la
sottise germano-chrétienne. Cela n’a servi qu’à les rendre si
arrogantes, si impertinentes: parfois elles me font penser aux singes
sacrés de Bénarès, qui ont si bien conscience de leur dignité
sacro-sainte et de leur inviolabilité, qu’ils se croient tout permis.
[37] Lettre à d’Alembert, note XX.
La femme en Occident, ce qu’on appelle _la dame_, se trouve dans une
position tout à fait fausse, car la femme, le _sexus sequior_ des
anciens, n’est nullement faite pour inspirer de la vénération et
recevoir des hommages, ni pour porter la tête plus haute que l’homme, ni
pour avoir des droits égaux aux siens. Les conséquences de cette _fausse
position_ ne sont que trop évidentes. Il serait à souhaiter qu’en Europe
on remît à sa place naturelle ce numéro deux de l’espèce humaine et que
l’on supprimât la _dame_, objet des railleries de l’Asie entière, dont
Rome et la Grèce se seraient également moquées. Cette réforme serait au
point de vue politique et social un véritable bienfait. Le principe de
la loi salique est si évident, si indiscutable, qu’il semble inutile à
formuler. Ce qu’on appelle à proprement parler la dame européenne est
une sorte d’être qui ne devrait pas exister. Il ne devrait y avoir au
monde que des femmes d’intérieur, appliquées au ménage, et des jeunes
filles aspirant à le devenir, et que l’on formerait non à l’arrogance,
mais au travail et à la soumission. C’est précisément parce qu’il y a
des dames en Europe que les femmes de la classe inférieure, c’est-à-dire
la grande majorité, sont infiniment plus à plaindre qu’en Orient[38].
[38] Schopenhauer cite en cet endroit le passage suivant de lord Byron
(_Letters and journals by Th. Moore_, vol. II, p. 399), dont voici
la traduction: «Réfléchi à la situation des femmes sous les anciens
Grecs.--Assez convenable. État présent, un reste de la barbarie
féodale du moyen âge--artificiel et contre nature. Elles devraient
s’occuper de leur intérieur; on devrait les bien nourrir et les bien
vêtir, mais ne les point mêler à la société. Elles devraient aussi
être instruites de la religion mais ignorer la poésie et la
politique, ne lire que des livres de piété et de cuisine. De la
musique, du dessin, de la danse, et aussi un peu de jardinage et de
labourage de temps en temps. Je les ai vues, en Épire, travailler à
l’entretien des routes avec succès. Pourquoi non? ne fanent-elles
pas, ne sont-elles pas laitières?»
Les lois qui régissent le mariage en Europe supposent la femme égale de
l’homme, et ont ainsi un point de départ faux. Dans notre hémisphère
monogame, se marier, c’est perdre la moitié de ses droits et doubler ses
devoirs. En tout cas, puisque les lois ont accordé aux femmes les mêmes
droits qu’aux hommes, elles auraient bien dû aussi leur conférer une
raison virile. Plus les lois confèrent aux femmes des droits et des
honneurs supérieurs à leur mérite, plus elles rétrécissent le nombre de
celles qui ont réellement part à ces faveurs, et elles enlèvent aux
autres leurs droits naturels, dans la même proportion où elles en ont
donné d’exceptionnels à quelques privilégiées. L’avantage que la
monogamie et les lois qui en résultent accordent à la femme, en la
proclamant l’égale de l’homme, ce qu’elle n’est à aucun point de vue,
produit cette conséquence que les hommes sensés et prudents hésitent
souvent à se laisser entraîner à un si grand sacrifice, à un pacte si
inégal. Chez les peuples polygames chaque femme trouve quelqu’un qui se
charge d’elle, chez nous au contraire le nombre des femmes mariées est
bien restreint et il y a un nombre infini de femmes qui restent sans
protection, vieilles filles végétant tristement, dans les classes
élevées de la société, pauvres créatures soumises à de rudes et pénibles
travaux, dans les rangs inférieurs. Ou bien encore elles deviennent de
misérables prostituées, traînant une vie honteuse et amenées par la
force des choses à former une sorte de classe publique et reconnue, dont
le but spécial est de préserver des dangers de la séduction les
heureuses femmes qui ont trouvé des maris ou qui en peuvent espérer.
Dans la seule ville de Londres, il y a 80,000 filles publiques: vraies
victimes de la monogamie, cruellement immolées sur l’autel du mariage.
Toutes ces malheureuses sont la compensation inévitable de la dame
européenne, avec son arrogance et ses prétentions. Aussi la polygamie
est-elle un véritable bienfait pour les femmes considérées dans leur
ensemble. De plus, au point de vue rationnel, on ne voit pas pourquoi,
lorsqu’une femme souffre de quelque mal chronique, ou qu’elle n’a pas
d’enfants, ou qu’elle est à la longue devenue trop vieille, son mari
n’en prendrait pas une seconde. Ce qui a fait le succès des Mormons,
c’est justement la suppression de cette monstrueuse monogamie. En
accordant à la femme des droits au-dessus de sa nature, on lui a imposé
également des devoirs au-dessus de sa nature; il en découle pour elle
une source de malheurs. Ces exigences de classe et de fortune sont en
effet d’un si grand poids que l’homme qui se marie commet une imprudence
s’il ne fait pas un mariage brillant; s’il souhaite rencontrer une femme
qui lui plaise parfaitement, il la cherchera en dehors du mariage, et se
contentera d’assurer son sort et celui de ses enfants. S’il peut le
faire d’une façon juste, raisonnable, suffisante et que la femme cède,
sans exiger rigoureusement les droits exagérés que le mariage seul lui
accorde, elle perd alors l’honneur, parce que le mariage est la base de
la société civile, et elle se prépare une triste vie, car il est dans la
nature de l’homme de se préoccuper outre mesure de l’opinion des autres.
Si, au contraire, la femme résiste, elle court risque d’épouser un mari
qui lui déplaise ou de sécher sur place en restant vieille fille; car
elle a peu d’années pour se décider. C’est à ce point de vue de la
monogamie qu’il est bon de lire le profond et savant traité de Thomasius
«_De concubinatu_». On y voit que chez tous les peuples civilisés de
tous les temps, jusqu’à la Réforme, le concubinat a été une institution
admise, jusqu’à un certain point légalement reconnue et nullement
déshonorante. C’est la réforme luthérienne qui l’a fait descendre de son
rang, parce qu’elle y trouvait une justification du mariage des prêtres,
et l’église catholique n’a pu rester en arrière.
Il est inutile de disputer sur la polygamie, puisqu’en fait elle existe
partout et qu’il ne s’agit que de l’organiser. Où trouve-t-on de
véritables monogames? Tous, du moins pendant un temps, et la plupart
presque toujours, nous vivons dans la polygamie. Si tout homme a besoin
de plusieurs femmes, il est tout à fait juste qu’il soit libre, et même
qu’il soit obligé de se charger de plusieurs femmes; celles-ci seront
par là même ramenées à leur vrai rôle, qui est celui d’un être
subordonné, et l’on verra disparaître de ce monde la _dame_, ce
_monstrum_ de la civilisation européenne et de la bêtise
germano-chrétienne, avec ses ridicules prétentions au respect et à
l’honneur; plus de dames, mais aussi plus de ces malheureuses femmes,
qui remplissent maintenant l’Europe!--
* * * * *
... Il est évident que la femme par nature est destinée à obéir. Et la
preuve en est que celle qui est placée dans cet état d’indépendance
absolue contraire à sa nature s’attache aussitôt à n’importe quel homme
par qui elle se laisse diriger et dominer, parce qu’elle a besoin d’un
maître. Est-elle jeune, elle prend un amant; est-elle vieille, un
confesseur.
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