DOULEURS DU MONDE[22].

[22] P. II, ch. XII, p. 312 et suiv.

Si elle n’a pas pour but immédiat la douleur, on peut dire que notre

existence n’a aucune raison d’être dans le monde. Car il est absurde

d’admettre que la douleur sans fin qui naît de la misère inhérente à la

vie et qui remplit le monde, ne soit qu’un pur accident et non le but

même. Chaque malheur particulier paraît, il est vrai, une exception;

mais le malheur général est la règle.

De même qu’un ruisseau coule sans tourbillons, aussi longtemps qu’il ne

rencontre point d’obstacles, de même dans la nature humaine, comme dans

la nature animale, la vie coule inconsciente et inattentive, quand rien

ne s’oppose à la volonté. Si l’attention est éveillée, c’est que la

volonté a été entravée et qu’il s’est produit quelque choc.--Tout ce qui

se dresse en face de notre volonté, tout ce qui la traverse ou lui

résiste, c’est-à-dire tout ce qu’il y a de désagréable et de douloureux,

nous le ressentons sur-le-champ, et très nettement. Nous ne remarquons

pas la santé générale de notre corps, mais seulement le point léger où

le soulier nous blesse: nous n’apprécions pas l’ensemble prospère de nos

affaires, et nous n’avons de pensées que pour une minutie insignifiante

qui nous chagrine.--Le bien-être et le bonheur sont donc tout négatifs,

la douleur seule est positive.

Je ne connais rien de plus absurde que la plupart des systèmes

métaphysiques qui expliquent le mal comme quelque chose de négatif; lui

seul au contraire est positif, puisqu’il se fait sentir. Tout bien, tout

bonheur, toute satisfaction sont négatifs, car ils ne font que supprimer

un désir et terminer une peine.

Ajoutez à cela qu’en général nous trouvons les joies au-dessous de notre

attente, tandis que les douleurs la dépassent de beaucoup.

Voulez-vous en un clin d’œil vous éclairer sur ce point, et savoir si le

plaisir l’emporte sur la peine, ou si seulement ils se compensent,

comparez l’impression de l’animal qui en dévore un autre, avec

l’impression de celui qui est dévoré.

* * * * *

La consolation la plus efficace, dans tout malheur, dans toute

souffrance, c’est de tourner les yeux vers ceux qui sont encore plus

malheureux que nous: ce remède est à la portée de chacun. Mais qu’en

résulte-t-il pour l’ensemble?

Semblables aux agneaux qui jouent dans la prairie, pendant que, du

regard, le boucher fait son choix au milieu du troupeau, nous ne savons

pas, dans nos jours heureux, quel désastre le destin nous prépare

précisément à cette heure,--maladie, persécution, ruine, mutilation,

cécité, folie, etc.

Tout ce que nous cherchons à saisir nous résiste; tout a sa volonté

hostile qu’il faut vaincre. Dans la vie des peuples, l’histoire ne nous

montre que guerres et séditions: les années de paix ne semblent que de

courtes pauses, des entr’actes, une fois par hasard. Et de même la vie

de l’homme est un combat perpétuel, non pas seulement contre des maux

abstraits, la misère ou l’ennui; mais contre les autres hommes. Partout

on trouve un adversaire: la vie est une guerre sans trêve, et l’on meurt

les armes à la main.

* * * * *

Au tourment de l’existence vient s’ajouter encore la rapidité du temps

qui nous presse, ne nous laisse pas prendre haleine, et se tient

derrière chacun de nous comme un garde-chiourme avec le fouet.--Il

épargne ceux-là seulement qu’il a livrés à l’ennui.

* * * * *

Pourtant, de même qu’il faudrait que notre corps éclatât, s’il était

soustrait à la pression de l’atmosphère, de même si le poids de la

misère, de la peine, des revers et des vains efforts était enlevé à la

vie de l’homme, l’excès de son arrogance serait si démesuré, qu’elle le

briserait en éclats ou tout au moins le pousserait à l’insanité la plus

désordonnée et jusqu’à la folie furieuse.--En tout temps, il faut à

chacun une certaine quantité de soucis, ou de douleurs, ou de misère,

comme il faut du lest au navire pour tenir d’aplomb et marcher droit.

Travail, tourment, peine et misère, tel est sans doute durant la vie

entière le lot de presque tous les hommes. Mais si tous les vœux, à

peine formés, étaient aussitôt exaucés, avec quoi remplirait-on la vie

humaine, à quoi emploierait-on le temps? Placez cette race dans un pays

de cocagne, où tout croîtrait de soi-même, et où les alouettes

voleraient toutes rôties à portée des becs, où chacun trouverait

aussitôt sa bien-aimée et l’obtiendrait sans difficulté,--alors on

verrait les hommes mourir d’ennui, ou se pendre, d’autres se quereller,

s’égorger et s’assassiner et se causer plus de souffrances que la nature

ne leur en impose maintenant.--Ainsi pour une telle race nul autre

théâtre, nulle autre existence ne sauraient convenir.

* * * * *

De ce caractère négatif du bien-être et de la jouissance opposé au

caractère positif de la douleur, il résulte que le bonheur d’une

existence donnée ne doit pas être estimé d’après ses joies et ses

jouissances, mais d’après l’absence de peines, seule chose positive. Dès

lors le sort des autres animaux paraît plus supportable que celui de

l’homme. Examinons de plus près l’un et l’autre.

Sous quelques formes variées que l’homme poursuive le bonheur ou cherche

à éviter le malheur, tout se réduit, en somme, à la jouissance ou à la

souffrance physique. Combien cette base matérielle est étroite: se bien

porter, se nourrir, se protéger contre le froid et les intempéries, et

enfin satisfaire l’instinct des sexes; ou bien, au contraire, être privé

de tout. Par conséquent, la part réelle de l’homme dans le plaisir

physique n’est pas plus grande que celle de l’animal, si ce n’est que

son système nerveux, plus susceptible et plus délicat, agrandit

l’impression de toute jouissance comme aussi de toute douleur. Mais

combien ses émotions surpassent celles de l’animal! A quelle profondeur

et avec quelle violence incomparable son cœur est agité! pour n’obtenir

à la fin que le même résultat: santé, nourriture, abri, etc.

Cela vient en premier lieu de ce que chez lui tout s’accroît puissamment

par la seule pensée du passé et de l’avenir, d’où naissent des

sentiments nouveaux, soucis, crainte, espérance; ces sentiments agissent

beaucoup plus violemment sur lui que ne le peuvent faire la jouissance

et la souffrance de l’animal, immédiates et présentes. L’animal, en

effet, n’a pas la réflexion, ce condensateur des joies et des peines;

celles-ci ne peuvent donc s’amonceler, comme il arrive pour l’homme, au

moyen du souvenir et de la prévision: chez l’animal la souffrance

présente a beau recommencer indéfiniment, elle reste toujours comme la

première fois une souffrance du moment présent, et ne peut pas

s’accumuler. De là l’insouciance enviable et l’âme placide des bêtes.

Chez l’homme, au contraire, la réflexion et les facultés qui s’y

rattachent, ajoutent à ces mêmes éléments de jouissance et de douleur

que l’homme a de communs avec la bête, un sentiment exalté de son

bonheur ou de son malheur qui peut conduire à des transports soudains,

souvent même à la mort ou bien encore à un suicide désespéré.

Considérées de plus près, les choses se passent comme il suit: ses

besoins qui, à l’origine, ne sont guère plus difficiles à satisfaire que

ceux de l’animal, il les accroît de parti pris dans le but d’augmenter

la jouissance: d’où le luxe, les friandises, le tabac, l’opium, les

boissons spiritueuses, le faste et le reste. Seul aussi il a une autre

source de jouissance, qui naît également de la réflexion, une source de

jouissance et par conséquent de douleur d’où découleront pour lui des

soucis et des embarras sans mesure et sans fin, c’est l’ambition et le

sentiment de l’honneur et de la honte:--autrement dit, en prose

vulgaire, ce qu’il pense de ce que les autres pensent de lui. Tel sera,

sous mille formes souvent bizarres, le but de presque tous ses efforts

qui tendent bien au delà de la jouissance ou de la douleur physiques. Il

a sur l’animal, il est vrai, l’avantage incontesté des plaisirs purement

intellectuels, qui comportent bien des degrés divers, depuis les plus

niais badinages ou la conversation courante jusqu’aux travaux

intellectuels des plus élevés: mais alors comme contre-poids douloureux

apparaît sur la scène l’ennui, l’ennui que l’animal ignore, du moins à

l’état de nature, car les plus intelligents parmi les animaux

domestiques, en soupçonnent déjà les légères atteintes: chez l’homme,

c’est un véritable fléau; en voulez-vous un exemple? Voyez cette légion

de misérables gens qui n’ont jamais eu d’autre pensée que de remplir

leur bourse et jamais leur tête, et pour qui le bien-être devient alors

un châtiment, parce qu’il les livre aux tortures de l’ennui. On les

voit, pour s’y soustraire, galoper de droite et de gauche, se glisser

ici et là, voyager de côtés et d’autres, s’informer avec angoisse des

lieux de plaisir et de réunion d’une ville dès qu’ils y arrivent comme

le nécessiteux des endroits où il trouvera des secours,--et, en effet,

la pauvreté et l’ennui sont les deux pôles de la vie humaine. Enfin il

reste à rappeler que dans les plaisirs de l’amour, l’homme a des choix

très particuliers et très opiniâtres, qui parfois s’élèvent plus ou

moins jusqu’à l’amour passionné. C’est là encore pour lui une source de

longues peines et de courtes joies...

Pour comble de misère, l’homme sait ce que c’est que la mort; l’animal

ne la fuit que par instinct sans la connaître, et sans la regarder

jamais en face. L’homme a sans cesse devant lui cette perspective. Peu

de bêtes meurent d’une mort naturelle, et la plupart ont juste le temps

de se reproduire, et ensuite elles deviennent la proie d’une autre.

L’homme seul en est arrivé à ce point que, dans son espèce, ce qu’on

appelle la mort naturelle est devenu la règle, malgré quelques

exceptions notables; et pour cette raison, l’avantage reste encore aux

bêtes. Joignez à cela que l’homme atteint aussi rarement que les animaux

les limites naturelles de sa vie, à cause de sa manière de vivre si

contraire à la nature, de ses efforts et de ses passions, et de la

dégénérescence qui en résulte pour la race.

Les animaux ne demandent qu’à vivre et à respirer; la plante est

absolument satisfaite de sa destinée; l’homme a d’autant moins

d’exigences qu’il est plus stupide. Aussi la vie de l’animal

contient-elle moins de souffrances, mais aussi moins de joies que la vie

humaine. La première raison, c’est que l’animal reste libre de soucis,

de préoccupations et de tous les tourments qui les accompagnent, mais il

est vrai que l’espérance lui manque; il ignore cette anticipation par la

pensée d’un avenir joyeux, cette fantasmagorie pleine d’heureuses

promesses que crée l’imagination, cette source la plus abondante de nos

plus grandes joies et de nos plus grands plaisirs; il est destitué

d’espérance: et cela parce que sa conscience est bornée à ce qui tombe

sous ses sens, c’est-à-dire à l’instant présent. L’animal, c’est le

présent incarné: aussi ne connaît-il qu’un degré de crainte et

d’espérance limité aux objets présents et sensibles; l’horizon de

l’homme embrasse toute la vie, et même la dépasse.--Mais, justement pour

ce motif, les bêtes, comparées à nous, nous apparaissent jusqu’à un

certain point vraiment sages, c’est-à-dire dans une jouissance paisible

du présent que rien ne vient troubler; leur âme si manifestement

paisible, fait souvent honte à notre état d’esprit inquiet et obsédé de

pensées et de soucis. Et puis ces joies futures et espérées ne nous sont

pas données gratuitement. En effet, jouir d’avance par l’attente ou

l’espoir d’une satisfaction que l’on se propose, c’est diminuer d’autant

la jouissance, comme si l’on en avait retranché une partie. L’animal

lui, est affranchi de cette jouissance anticipée et de la diminution qui

en résulte, et jouit ainsi du présent et du réel tout entiers et sans

réduction. De même aussi les maux ne pèsent sur lui que de leur poids

réel et vrai, tandis que pour nous, crainte et prévision, ἡ προσδοκία

τῶν κακῶν, en décuplent souvent la charge.

C’est cette faculté particulière qu’ont les animaux de se donner tout

entiers à l’impression du moment qui contribue beaucoup à la joie que

nous causent nos bêtes domestiques; elles sont le présent personnifié,

et nous rendent sensibles en quelque sorte les heures légères et

propices, tandis que nos pensées volent souvent au delà et n’y prennent

garde. Mais cette faculté des bêtes d’être plus réjouies que nous ne le

sommes par le seul fait de vivre dans le présent, l’homme égoïste et

sans cœur en abuse et l’exploite souvent de telle sorte qu’il ne leur

accorde rien autre chose que cette existence aride et dénudée:

n’emprisonne-t-il pas dans un étroit espace l’oiseau fait pour parcourir

un hémisphère, où la pauvre bête crie et finit par souhaiter la mort:

_l’uccello nella gabbia canta non di piacere, ma di rabbia_; et son plus

fidèle ami, le chien si intelligent, il le met à la chaîne! Je n’en vois

jamais un à l’attache sans une intime pitié pour lui et une indignation

profonde contre son maître. Je pense avec satisfaction au fait raconté

par le _Times_ il y a quelques années: un lord qui tenait un grand chien

à l’attache, traversant un jour sa cour, fut tenté de caresser la bête.

Sur quoi celui-ci, d’un coup de dent, lui déchira le bras du haut en

bas, et c’était bien fait! Il voulait dire par là: «Tu n’es pas mon

maître, mais mon démon persécuteur, toi qui fais de ma courte existence

un enfer.» Puisse-t-il en arriver autant à quiconque met les chiens à

l’attache. Tenir les oiseaux dans une cage, c’est aussi torturer les

bêtes. Ces êtres si favorisés de la nature, qui traversent comme une

flèche rapide les champs célestes, les emprisonner dans une cage étroite

pour jouir de leurs cris!

* * * * *

Ainsi c’est un degré supérieur de connaissance qui rend la vie de

l’homme plus riche en douleurs que celle de l’animal; nous pouvons

rapporter ce fait à une loi plus générale, et arriver à une vue

d’ensemble beaucoup plus large.

La connaissance est en soi toujours exempte de douleurs. La douleur

n’atteint que la volonté, et consiste dans l’obstacle, l’empêchement, la

contrariété de la volonté; mais c’est une condition indispensable que

cet obstacle soit accompagné de la connaissance. De même, en effet, que

la lumière n’éclaire l’espace que s’il y a des objets pour la réfléchir;

de même que le son a besoin d’être répercuté, et que si le bruit, en

général, est entendu à distance, c’est parce que les ondes vibratoires

de l’air viennent se briser sur des corps durs, si bien qu’il paraît

étonnamment faible sur les sommets isolés des montagnes, et que le chant

produit peu d’effet à l’air libre: ainsi l’obstacle opposé à la volonté,

pour être ressenti comme une douleur, doit être accompagné de la

connaissance, qui est pourtant, en soi, étrangère à toute douleur.

La douleur physique a pour condition les nerfs et leur relation avec le

cerveau; la lésion d’un membre n’est pas sentie, quand les nerfs qui le

relient au cerveau sont coupés, ou que le cerveau lui-même est paralysé

par le chloroforme. Pour le même motif, dès que la conscience est

éteinte par la mort, nous considérons comme sans douleur tous les

tressaillements qui suivent encore. Quant à la douleur morale, il va de

soi qu’elle a pour condition la connaissance; elle s’accroît avec le

degré de la connaissance, cela se conçoit aisément.--Nous pouvons

exprimer ce rapport par une image: la volonté est comme la corde d’un

instrument; l’obstacle qui la froisse produit la vibration, la

connaissance est le fond sonore, la douleur est le son.

En conséquence, non seulement le monde inorganique, mais la plante même

est étrangère à toute douleur: quels que soient les obstacles auxquels

la volonté puisse être soumise dans l’un et dans l’autre. Au contraire,

tout animal, même l’infusoire, souffre une douleur; parce que la

connaissance, si incomplète qu’elle soit, est le vrai caractère de

l’animal. A mesure qu’elle s’élève sur l’échelle animale, la douleur

croît en proportion. Elle est encore infiniment faible dans les espèces

inférieures: de là vient par exemple que les insectes coupés en deux et

qui ne sont plus reliés que par un intestin mangent encore. Chez les

animaux supérieurs, la douleur n’approche pas de celle de l’homme, par

suite de l’absence des idées et de la pensée. Mais aussi la faculté de

souffrir ne devait atteindre son degré suprême que dans l’être où, en

vertu de la raison et de ses délibérations réfléchies, existe aussi la

possibilité de nier cette volonté. Sans cela, c’eût été une cruauté sans

motif.

* * * * *

Dans la première jeunesse, nous sommes placés devant la destinée qui va

s’ouvrir devant nous, comme les enfants devant un rideau de théâtre,

dans l’attente joyeuse et impatiente des choses qui vont se passer sur

la scène: c’est un bonheur que nous n’en puissions rien savoir d’avance.

Car, aux yeux de celui qui sait ce qui se passera réellement, les

enfants sont d’innocents coupables condamnés non pas à la mort, mais à

la vie, et qui pourtant ne connaissent pas encore le contenu de leur

sentence.--Chacun n’en désire pas moins pour soi un âge avancé,

c’est-à-dire un état que l’on pourrait exprimer ainsi: «Aujourd’hui est

mauvais, et chaque jour sera plus mauvais--jusqu’à ce que le pire

arrive.»

* * * * *

Lorsqu’on se représente, autant qu’il est possible de le faire d’une

façon approximative, la somme de misère, de douleur et de souffrances de

toute sorte que le soleil éclaire dans sa course, on accordera qu’il

vaudrait beaucoup mieux que cet astre n’ait pas plus de pouvoir sur la

terre pour faire surgir le phénomène de la vie qu’il n’en a dans la

lune, et qu’il serait préférable que la surface de la terre comme celle

de la lune se trouvât encore à l’état de cristal glacé.--

On peut encore considérer notre vie comme un épisode qui trouble

inutilement la béatitude et le repos du néant. Quoi qu’il en soit,

celui-là même pour qui l’existence est à peu près supportable, à mesure

qu’il avance en âge, a une conscience de plus en plus claire qu’elle est

en toutes choses un _disappointment, nay, a cheat_, en d’autres termes

qu’elle a le caractère d’une grande mystification, pour ne pas dire

d’une duperie...--

Quiconque a survécu à deux ou trois générations se trouve dans la même

disposition d’esprit que tel spectateur assis dans une baraque de

saltimbanques à la foire, quand il voit les mêmes farces répétées deux

ou trois fois sans interruption: c’est que les choses n’étaient

calculées que pour une représentation et qu’elles ne font plus aucun

effet, l’illusion et la nouveauté une fois évanouies.--

Il y aurait de quoi perdre la tête, si l’on observe la prodigalité des

dispositions prises, ces étoiles fixes qui brillent innombrables dans

l’espace infini, et n’ont pas autre chose à faire qu’à éclairer des

mondes, théâtres de la misère et des gémissements, des mondes qui, dans

le cas le plus heureux, ne produisent que l’ennui;--du moins à en juger

d’après l’échantillon qui nous est connu.--

Pensées, maximes et fragments · 第 10 / 46 题