1407.
_Le Religieux de Saint-Denis_, traduit par M. Bellaguet.
Comme les impôts prélevés sur les marchandises du royaume pour l'usage
de la famille royale ne suffisaient pas à son entretien, on y
suppléait en extorquant aux habitants des campagnes les fruits de la
terre qu'ils avaient obtenus par leur travail. La plupart des princes
envoyaient chaque année, à plusieurs reprises, par tout le royaume des
gens de bas étage, instruments de leur inique rapacité, qui mesuraient
toutes les provisions amassées dans les granges et dans les celliers,
et défendaient aux habitants, au nom du roi et sous peine de grosses
amendes, d'en rien détourner, jusqu'à ce qu'ils eussent approvisionné
les maisons de leurs maîtres. C'était un crime, d'opposer à cet ordre
la moindre résistance et de réclamer le prix des objets enlevés. Ceux
qui se présentaient pour cela dans les hôtels des seigneurs en étaient
honteusement chassés, et il arrivait rarement qu'après bien des
peines, des ennuis, des fatigues et des dépenses, ils obtinssent une
faible partie de ce qui leur était dû. Aussi vit-on bientôt beaucoup
de gens qui vivaient dans l'aisance réduits à la mendicité. Dans le
malheur qui les accablait, ils maudissaient les seigneurs. Le roi fut
enfin instruit de ce qui se passait par la rumeur publique. Songeant
avec douleur qu'il ne mangeait pas un morceau de pain qui ne fût
assaisonné de la malédiction des pauvres, il résolut, d'après l'avis
de son conseil, de réprimer ces coupables excès par une salutaire et
juste rigueur. Dès les premiers jours de septembre, il fit publier par
la voix du héraut et à son de trompe, dans toutes les villes du
royaume, qu'on ne pourrait désormais exercer le droit de prise au nom
d'aucun seigneur, quel que fût son rang, ni prendre les biens des
habitants malgré eux, si ce n'est dans une certaine mesure et en
payant comptant. Mais ce qui étonna bien des gens, c'est qu'on ajouta
que l'ordonnance avait été faite à la requête de la reine et du duc
d'Orléans, qui s'étaient le plus signalés par ces extorsions.
Toutefois, ce sage règlement, qui avait déjà été mis en vigueur par
les anciens rois de France, ne fut point maintenu; on ne le laissa
subsister que quatre ans.