Carvel s’était débarrassé de son paquetage. Il laissa auprès tomber son

fusil et suivit Bari. Il courait à toute vitesse, droit à travers la

clairière, dans les balsamiers nains et dans une sente gazonnée, qui

avait été foulée jadis par les allées et venues. Il courut tant qu’il

fut hors d’haleine; alors il s’arrêta et écouta. Il ne pouvait plus

entendre Bari, mais cet ancien sentier conduisait sous bois, et il le

prit.

Tout près de l’étang profond et sombre dans lequel Branche-de-Saule et

lui avaient folâtré si souvent, Bari aussi s’était arrêté. Il pouvait

entendre le bouillonnement de l’eau et ses yeux luisaient d’un feu

brillant, tandis qu’il cherchait Nepeese. Il s’attendait à la voir là,

son corps blanc et svelte se baignant dans l’ombre épaisse d’un sapin

surplombant, ou éclatant soudain, pur comme neige, dans une des mares

chaudes de soleil.

Ses yeux fouillaient les vieilles cachettes, le grand rocher fendu de

l’autre côté, les digues creuses sous lesquelles ils avaient coutume de

nager comme des loutres, les rameaux de sapins qui trempaient à la

surface et parmi lesquels Branche-de-Saule aimait cacher son corps nu

tandis qu’il la cherchait dans l’étang. Et enfin la certitude naissait

en lui qu’elle n’était point là et qu’il fallait aller plus loin.

Il continua jusqu’au tepee. La petite clairière dans laquelle avait été

construit le wigwam secret était inondée de soleil qui traversait une

éclaircie de la forêt vers l’Ouest. L’abri était là encore.

Il ne parut pas bien changé à Bari. Et montant derrière, il y avait ce

qui était parvenu faiblement jusqu’à lui à travers la limpidité de

l’air; la fumée d’un feu minuscule. Au-dessus du feu, quelqu’un était

penché et cela n’étonna point Bari et ne le frappa point le moins du

monde comme insolite que ce quelqu’un eût deux longues tresses

brillantes sur le dos. Il poussa une plainte et, à cette plainte, la

personne se roidit un peu et se retourna lentement.

Même alors cela sembla la chose la plus naturelle du monde que ce fût

Nepeese et point une autre. Il l’avait perdue hier. Aujourd’hui il la

retrouvait. Et, en réponse à sa plainte, un cri sanglotant jaillit du

cœur de Branche-de-Saule.

Carvel les trouva quelques minutes plus tard, la tête du chien pressée

contre la poitrine de Branche-de-Saule. Et Branche-de-Saule pleurait,

pleurait comme un petit enfant, son visage enfoncé dans le cou de Bari.

Il ne les dérangea pas et attendit, et, alors qu’il attendait, quelque

chose dans la voix sanglotante et la tranquillité de la forêt semblait

lui murmurer un peu de l’histoire de la hutte incendiée et des deux

tombes, et le sens de l’appel qui était venu du Sud à Bari.

CHAPITRE XXXI

LE COMPTE EST RÉGLÉ

Cette nuit-là, il y eut un nouveau feu de camp dans la clairière. Ce

n’était pas un feu minuscule, établi avec la crainte que d’autres yeux

pussent le voir, mais un feu qui dardait haut ses flammes. Dans sa lueur

se tenait Carvel. Et de même que le feu avait crû du petit tas de

cendres au-dessus duquel Branche-de-Saule avait fait cuire son dîner,

ainsi Carvel, le hors-la-loi mort officiellement, s’était, lui aussi,

transformé. La barbe était tombée de son visage, il avait ôté son

vêtement en peau de caribou, ses manches étaient retroussées jusqu’aux

coudes et une sauvage montée de sang affluait à son visage qui n’était

plus tout à fait le hâle du vent et du soleil et de la tempête.

Et il y avait dans ses yeux un éclat qu’on n’y avait plus vu depuis cinq

ans, peut-être même jamais auparavant. Ses yeux étaient fixés sur

Nepeese. Elle était assise dans la lumière du foyer, un peu inclinée

vers la flamme, ses magnifiques cheveux brillaient d’un ton chaud à sa

lueur. Carvel ne fit pas un mouvement tant qu’elle demeura dans cette

attitude. A peine semblait-il respirer. L’éclat de ses yeux

s’approfondissait: adoration d’un homme pour une femme. Brusquement

Nepeese se retourna et le surprit, avant qu’il eût pu détourner son

regard.

Il n’y avait rien à cacher dans ses yeux à elle. Comme son visage, ils

rayonnaient d’un nouvel espoir et d’un nouveau bonheur. Carvel s’assit à

son côté sur le banc de bouleau et dans ses mains il prit une des

tresses épaisses et il la caressait en parlant. A leurs pieds, les

observant, Bari était couché.

--Demain ou après-demain je partirai pour le lac Bain, dit-il avec un

accent rude et amer au fond de la douceur adorante de sa voix, je ne

reviendrai qu’après l’avoir tué.

Branche-de-Saule regardait fixement le feu. Durant un moment il y eut un

silence brisé seulement par le crépitement des flammes et, durant ce

silence, les doigts de Carvel nattaient et dénattaient les torons soyeux

de Branche-de-Saule. Ses pensées rétrogradaient vers le passé. Quelle

occasion il avait manquée le jour qu’il s’était trouvé dans la zone de

trappes de Bush Mac Taggart! Si, seulement, il avait su! Ses dents

grincèrent, tandis qu’il se représentait mentalement au cœur

incandescent du foyer les scènes du jour où le facteur du lac Bain avait

tué Pierre.

Elle lui avait raconté toute l’histoire: sa fuite; son plongeon dans le

torrent glacé du ravin où elle avait pensé trouver une mort certaine. Et

comment elle avait été miraculeusement sauvée de l’eau et comment elle

avait été découverte, à demi morte, par Tuboa, le vieux Cree édenté,

auquel Pierre, par compassion, avait permis de chasser sur une partie de

son domaine. Carvel ressentait la tragédie et l’horreur de cette heure

unique et terrible où le soleil était disparu du monde pour

Branche-de-Saule. Et, parmi les flammes, il se représentait le vieux

Tuboa fidèle, alors qu’il rassemblait ses forces suprêmes afin de

transporter Nepeese sur la longueur qui séparait le ravin de sa cabane.

Il surprenait les changeantes images des semaines suivantes dans la

cabane, semaines de famine et de froid intense pendant lesquelles la vie

de Branche-de-Saule ne tenait qu’à un fil. Et puis, quand les neiges

furent plus épaisses, Tuboa était mort. Les doigts de Carvel

étreignaient les torons des tresses de Branche-de-Saule. Un profond

soupir sortit de sa poitrine et il ajouta en regardant fixement le feu:

--Demain, je partirai pour le lac Bain.

Pendant un moment, Nepeese ne répondit pas. Elle aussi fixait le feu.

Puis elle dit:

--Tuboa voulait le tuer quand le printemps reviendrait et qu’on pourrait

voyager. Lorsque Tuboa mourut, j’ai compris que c’était moi qui devrais

le tuer. Je suis donc venue avec le fusil de Tuboa. Il a été

nouvellement chargé, hier. Et, monsieur Jeem...

Elle releva la tête vers lui, un éclair de triomphe dans les yeux,

tandis qu’elle ajoutait, pas plus haut qu’un murmure.

--Vous n’irez pas au lac Bain. _Je lui ai envoyé un commissionnaire._

--Un commissionnaire?

--Oui, Ookimew Jeem, un courrier. Il y a deux jours. Je lui ai fait

savoir que je n’étais pas morte, mais que j’étais ici à l’attendre et

que désormais je serai sa _iskwao_, sa femme. Ah! Ah! Il viendra,

Ookimew Jeem, il viendra le plus tôt possible. Et vous ne le tuerez pas!

_Non._

Elle lui souriait et le cœur de Carvel battait comme un tambour.

--Le fusil est chargé, fit-elle doucement, je tirerai.

--Il y a deux jours, dit Carvel, et du lac Bain, il y a...

--Il sera ici demain, répondit Nepeese. Demain, au coucher du soleil, il

entrera dans la clairière. Je le sais. Mon sang a chanté tout le jour.

Demain, demain, car il fera route le plus vite qu’il pourra, Ookimew

Jeem. Oui il viendra en hâte.

Carvel avait baissé la tête. Les douces tresses qu’il serrait entre ses

doigts, il les porta à ses lèvres. Branche-de-Saule qui fixait de

nouveau le feu, ne vit point ce geste. Mais elle le _sentit_ et son âme

palpita comme les ailes d’un oiseau.

--Ookimew Jeem! murmura-t-elle. Ce fut un souffle, un mouvement des

lèvres si doux que Carvel n’entendit pas le son de sa voix.

Si le vieux Tuboa avait été là, ce soir, il est certain qu’il aurait lu

d’étranges avertissements dans le vent qui chuchotait, çà et là,

doucement, à la cime des arbres.

Il faisait une si belle nuit, une nuit où les Dieux Rouges

s’entretiennent à voix basse, une fête de gloire, pendant laquelle même

les ombres penchées et les étoiles hautes avaient l’air de palpiter de

la vie d’un tout puissant langage. Il est bien probable que le vieux

Tuboa, avec ses quatre-vingt-dix années d’expérience, aurait soupçonné

une chose que Carvel, dans sa jeunesse et sa présomption, ne comprit

pas. Demain, il viendrait demain. Branche-de-Saule, exaltée, l’avait

assuré. Mais au vieux Tuboa, les arbres auraient pu murmurer: _Pourquoi

pas cette nuit?_

Il était minuit lorsque la lune, dans son plein, s’arrêta juste

au-dessus de la petite clairière de la forêt. Dans l’abri,

Branche-de-Saule dormait. A l’ombre d’un balsamier, derrière le foyer,

dormait Bari et, plus loin encore, en arrière, au bord d’un bosquet de

sapins, dormait Carvel. Chien et homme étaient fatigués. Ils avaient

beaucoup marché et vite, ce jour-là, et ils n’entendirent aucun bruit.

Mais ils n’avaient marché ni tant ni si vite que Bush Mac Taggart. Du

lever du soleil à minuit, il avait parcouru quarante milles, quand il

s’avança à grands pas dans l’éclaircie où s’était dressée la hutte de

Pierre Duquesne. Deux fois, à l’orée de la forêt, il avait appelé et,

maintenant, comme on ne répondait pas, il restait là, debout, au clair

de lune, et écoutait. Nepeese devait être là à l’attendre.

Il était las, mais la fatigue ne pouvait éteindre le feu qui brûlait

dans son sang. Son sang avait flambé toute la journée, et, maintenant,

si proche de la réalisation et du succès, dans ses veines la vieille

passion ressemblait à un vin enivrant. Quelque part, non loin de

l’endroit où il se trouvait, Nepeese l’attendait, _l’attendait_. Son

cœur palpitait d’un désir farouche, tandis qu’il écoutait.

On ne répondait pas. Alors, pendant une minute d’émotion, il cessa de

respirer. Il aspira l’air et, faible, du lointain, lui parvint une odeur

de fumée.

Avec l’instinct primordial de l’homme des bois, il se tourna du côté

d’où venait le vent: un souffle à peine sous les cieux illuminés

d’étoiles. Il n’appela pas plus longtemps, mais se hâta de traverser la

clairière. Nepeese était plus loin--quelque part--qui dormait près de

son feu, et il poussa un cri de joie étouffé. Il parvint à l’extrémité

de la forêt; le hasard conduisit ses pas sur le sentier gazonné, il le

suivit et l’odeur de la fumée arriva plus précise à ses narines.

Ce fut l’instinct de l’homme des bois également qui lui conseilla

d’avancer avec précaution. L’instinct et aussi le calme absolu de la

nuit. Il ne cassa pas un bâton sous ses pas. Il remua la broussaille si

doucement qu’il ne fit aucun bruit.

Quand il arriva enfin à la clairière où le feu de Carvel faisait encore

monter dans l’air une spirale de fumée au parfum de résine, ce fut si

furtivement qu’il ne risqua même pas d’éveiller Bari. Peut-être, au

tréfonds de lui dormait un vieux soupçon, peut-être était-ce parce qu’il

désirait surprendre Nepeese pendant son sommeil. La vue de l’abri

précipita les battements de son cœur. Il faisait clair comme en plein

jour et la lune l’enveloppait de sa lumière.

Et Mac Taggart aperçut, suspendus devant l’abri, quelques vêtements de

femme. Il avança à pas feutrés comme un renard et l’instant d’après il

se trouvait une main sur la tenture rabattue de la porte du wigwam, la

tête inclinée pour y surprendre le moindre bruit. Il pouvait entendre

Nepeese respirer. Une minute, il se retourna de sorte que le clair de

lune frappa ses yeux. Ils étaient enflammés d’un feu mauvais. Alors,

très doucement, il écarta la tenture de la porte.

Ce ne put être ce bruit qui éveilla Bari caché dans l’ombre noire des

balsamiers à une douzaine de pieds plus loin. Peut-être fut-ce l’odeur

de l’homme. Les narines de Bari frémirent d’abord, puis il s’éveilla.

Pendant quelques secondes, ses yeux dardèrent vers le corps penché à la

porte du wigwam. Il savait que ce n’était pas Carvel.

L’ancienne odeur, l’odeur de la bête humaine, emplissait ses narines

comme un poison détesté.

Il se redressa et se tint un moment les quatre pattes figées, ses

babines se retroussant peu à peu au-dessus de ses longs crocs. Mac

Taggart avait disparu.

De l’intérieur de tepee arriva du bruit, un soudain remuement de corps,

le cri de frayeur de quelqu’un qui s’éveille en sursaut, puis un appel,

un cri assourdi, à demi étouffé, un cri d’effroi. Et en réponse à ce cri

Bari se précipita hors de l’ombre des balsamiers avec, dans la gorge, un

groulement qui portait en lui un accent de mort.

Au bord du bosquet de sapins, Carvel se retournait, mal à l’aise. Des

bruits étranges l’éveillaient, des cris qui, dans sa fatigue, lui

arrivaient comme dans un rêve. Enfin, il se mit sur son séant; puis,

saisi d’une subite terreur, il se leva et courut au wigwam. Nepeese

était dans la clairière, l’appelant du nom qu’elle lui avait donné:

_Ookimew Jeem!... Ookimew Jeem! Ookimew Jeem!_ Elle était là, blanche et

svelte, ses yeux pleins du scintillement des étoiles et, lorsqu’elle vit

Carvel, elle l’étreignit dans ses bras, criant:

--Ookimew Jeem!... Oh! oh!... Ookimew Jeem! Oh! oh!

A l’intérieur de l’abri, Carvel entendit la rage d’un animal, les cris

plaintifs d’un homme. Il oublia qu’il n’était arrivé que de la nuit

dernière et, poussant un cri, il enleva Branche-de-Saule contre sa

poitrine, et les bras de Branche-de-Saule se nouèrent autour de son cou,

cependant qu’elle se lamentait.

--Ookimew Jeem, c’est la brute, là-dedans! C’est la brute du lac Bain et

Bari...

La vérité se fit jour à Carvel et il emporta Branche-de-Saule dans ses

bras et s’enfuit avec elle loin du bruit qui devenait écœurant et

horrible. Dans le bosquet de sapin, il déposa sur le sol son fardeau.

Les bras de Nepeese restaient encore serrés autour de son cou; il

sentait la sauvage terreur du corps qui palpitait contre lui. La

poitrine de la jeune fille était secouée de sanglots et ses yeux le

suppliaient. Il l’attira plus près de son cœur et, tout à coup, il

écrasa son visage contre le sien et il sentit pendant une minute le

tiède frisson des lèvres virginales contre les siennes. Et il entendit

le murmure doux et tremblant:

--Oh!... _Ookimew Jeem!_

Lorsque Carvel retourna seul au wigwam, son revolver à la main, Bari

était devant la porte et attendait. Carvel ramassa un brandon enflammé

et pénétra dans l’abri. Quand il en ressortit, son visage était livide.

Il jeta le brandon dans le feu et retourna près de Nepeese. Il l’avait

enveloppée dans ses couvertures et maintenant il s’agenouillait auprès

d’elle et mit ses bras autour de sa taille.

--Il est mort, Nepeese.

--Mort? Ookimew Jeem!

--Oui, Bari l’a tué!

Elle semblait inanimée. Doucement, ses lèvres caressant ses cheveux,

Carvel murmurait ses projets pour leur paradis futur.

--Personne ne le saura, bien-aimée. Cette nuit, je vais l’ensevelir et

incendier le tepee, Demain, nous partirons à Nelson-House, où il y a un

missionnaire. Et ensuite nous reviendrons et je construirai une nouvelle

hutte à la place où l’ancienne a été brûlée. _M’aimez-vous, Ka-Sakahet?_

--Oui, Ookimew Jeem, je vous aime.

Tout à coup, ils s’interrompirent. Bari poussait enfin son cri de

triomphe. Ce cri s’éleva jusqu’aux étoiles. Il passa par-dessus les

toits des forêts et emplit les cieux tranquilles: hurlement de loup,

d’allégresse, d’achèvement, de vengeance accomplie. Les échos en

moururent lentement au loin et le silence s’étendit de nouveau.

Une paix immense respira dans la molle ondulation de la cime des arbres.

Du Nord répondit l’appel fraternel d’un loup solitaire.

Autour des épaules de Carvel, les bras de Branche-de-Saule se serrèrent

plus étroitement. Et Carvel, du fond du cœur, rendit grâces à Dieu.

FIN

TABLE DES MATIÈRES

Chapitres Pages

I.--Le grand inconnu 1

II.--Le premier combat 8

III.--Une nuit d’effroi 17

IV.--Le vagabond affamé 25

V.--Le loup parle 37

VI.--Le cri du cœur solitaire 49

VII.--La fin de Wakayoo 61

VIII.--Nepeese en danger 73

IX.--Enfin, amis! 80

X.--Au secours d’Umisk 89

XI.--Pris! 95

XII.--Soumis, mais non conquis 106

XIII.--Mac Taggart obtient sa réponse 111

XIV.--L’attrait de la femme 120

XV.--La fille de la tempête 130

XVI.--Nepeese revendique ses droits 137

XVII.--Les voix de la race 144

XVIII.--Le banni 152

XIX.--Le facteur se décide 168

XX.--Une lutte inutile 180

XXI.--Nepeese fait son choix 186

XXII.--Seul! 195

XXIII.--Un hiver d’attente 204

XXIV.--Vers le nord 213

XXV.--Sur la ligne de trappes 221

XXVI.--Bari ennuie Mac Taggart 232

XXVII.--Le triomphe de Mac Taggart 239

XXVIII.--Amitié 246

XXIX.--L’appel du sud 253

XXX.--La fin de la recherche 260

XXXI.--Le compte est réglé 266

MAYENNE, IMPRIMERIE FLOCH.

Bari, chien-loup · 第 16 / 16 段