[1: On sait que les malheurs de cette journée et du reste de la
campagne, furent causés par la trahison des Saxons et par la défection
des princes de la Confédération du Rhin.]
[2: On a prétendu que Napoléon, depuis son abdication, avait souvent
répété: _ce sont les idées libérales qui m'ont tué_. L'a-t-il dit? Je ne
le pense pas. Je suis loin de contester que les idées libérales n'aient
acquis aujourd'hui une force irrésistible; mais elles n'eurent, je
crois, aucune part à la première chute du trône impérial: on n'y
songeait point alors. La France était façonnée au gouvernement de
Napoléon, et ne s'en plaignait point. Elle n'était point libre, dans le
sens où elle veut l'être aujourd'hui; mais la liberté dont elle
jouissait lui suffisait: et si, dans certains cas, on exigeait d'elle
une obéissance absolue, elle n'avait du moins qu'un seul maître, et ce
maître était le maître de tous.
La nation, il est vrai, abandonna Napoléon en 1814; mais ce ne fut point
parce qu'elle était lasse et mécontente de son gouvernement: ce fut
parce qu'une suite non interrompue de guerres désastreuses l'avait
épuisée, abattue, démoralisée. Elle n'aurait pas mieux demandé que
d'obéir encore: elle n'en avait plus la force ni le courage.
La véritable cause de la chute de Napoléon est indubitablement sa haine
contre l'Angleterre, et le système continental qui en fut le résultat.
Ce système gigantesque, en oppressant l'Europe, devait finir par la
soulever contre Napoléon et la France, et par amener dès-lors la perte
de la France et de Napoléon. «Rome, dit Montesquieu, s'était agrandie,
parce qu'elle n'avait eu que des guerres successives; chaque nation, par
un bonheur inconcevable, ne l'attaquant que quand l'autre avait été
ruinée. Rome fut détruite parce que toutes les nations l'attaquèrent à
la fois et pénétrèrent partout.»]
[3: Le Comte d'Artois avait devancé dans Paris son auguste frère; il
répondit par ces belles paroles aux félicitations que lui adressèrent,
sur son retour, les autorités municipales du Paris.]
[4: _Journal des Débats._ L'un des principaux propriétaires et
rédacteurs était M. Laborie, créature de M. de Talleyrand, et secrétaire
intime du gouvernement provisoire.]
[5: Les femmes de l'ancien régime, exemptes de la crainte qui retenait
encore leurs maris, s'abandonnèrent sans ménagement et sans pudeur, à
toute la fougue de leur haine et de leur orgueil. Elles insultèrent
ouvertement les femmes nouvellement titrées; et celles de ces dernières
que le rang de leurs maris forçait d'aller à la cour, n'y arrivaient
qu'en tremblant, et n'en sortaient qu'en larmes.]
[6: Je cite de mémoire].
[7: Ce mot est un de ceux dont les ministres abusèrent le plus. Quand on
leur représentait que tel magistrat, tel militaire, tel employé qu'ils,
venaient de destituer, avait rempli ses devoirs avec honneur, avec
distinction; qu'il était aimé, estimé, regretté, ils répondaient: _c'est
un homme dangereux_, et tout était dit.]
[8: Le Général Dupont.]
[9: M. l'Abbé de Montesquiou.]
[10: M. Dambray.]
[11: Je n'entends parler ici que des êtres pensant et agissant il est
dans tous les tems une classe d'hommes nuls qui n'appartiennent, par
insouciance, par égoïsme, par stupidité, à aucun parti et, pour ainsi
dire, à aucune nation].
[12: Je ne puis mieux repousser, en général, cette imputation de
mutinerie, qu'en citant les paroles suivantes arrachées à M. de
Montesquiou, le 14 Mars, par la force de la vérité. Depuis dix mois,
dit-il, dans le corps de la Vieille Garde en garnison à Metz, pas _un_
soldat ni _un_ seul officier n'a été réprimandé une seule fois.]
[13: Le rétablissement de la maison du roi déplut à tout le monde et
excita particulièrement le mécontentement et la jalousie de la garnison
de Paris.
Les soldats de la ligne et les gardes nationaux de service aux
Tuileries, ne pouvant se soumettre à regarder les gardes-du-corps comme
étant au-dessus d'eux, s'abstenaient la plupart du tems de leur porter
les armes. Ils se plaignirent, et l'ordre fut donné à la troupe de ligne
seulement, de leur rendre, sous peine de punition, les honneurs
militaires qui leur étaient dus. De jeunes gardes-du-corps, fiers de
cette victoire prirent plaisir à passer et repasser sans cesse devant
les factionnaires, et à les forcer chaque fois de rendre
respectueusement hommage à leurs épaulettes, etc. L'on sent facilement
combien cet enfantillage qui ne fut pas réprimé, dut humilier et blesser
les vieux soldats de Napoléon.]
[14: Les Chouans ne perdaient jamais l'occasion d'un meurtre. Ils
portaient le fusil en conduisant la charrue, et souvent ils arrosaient
de sang le sillon qu'ils creusaient. C'était surtout contre les prêtres
assermentés, contre les acquéreurs de domaines nationaux, qu'ils
employaient tous les raffinemens de la barbarie. Ils surprenaient
rarement une ville sans rançonner les habitans, sans égorger ceux qui
étaient désignés à leur haine, etc.--_Lacretelle, Précis de la
Révolution_.]
[15: Les sieurs Dard et Falconnet.
Pour apaiser les clameurs publiques, on décerna contre eux un mandat
d'amener, motivé sur ce qu'ils avaient voulu exciter la guerre civile et
armer les citoyens les uns contre les autres. On devina facilement que
ce mandat n'était qu'une dérision, et qu'en aggravant le délit, on avait
voulu favoriser l'absolution des coupables: effectivement ils furent
acquittés.]
[16: On évalue à neuf ou dix millions le nombre des individus qui ont
participé directement ou indirectement aux ventes et reventes des
domaines nationaux.]
[17: Les grands seigneurs, avant la révolution, obtenaient des arrêts de
surséance, à l'aide desquels ils se jouaient impunément de leurs
engagemens et des poursuites de leurs créanciers.]
[18: Un gouvernement peut quelquefois sans danger attaquer les
principes; mais il n'attaque jamais impunément les hommes et les
intérêts. L'intérêt personnel (et cette vérité quoique affligeante n'en
est pas moins incontestable) est le premier (j'ai presque dit le seul)
mobile des opinions et des sentimens.
Ce funeste égoïsme se fait particulièrement sentir après les grandes
catastrophes des états. Les passions nobles, n'ayant plus alors
d'alimens, s'éteignent peu à peu; l'esprit, sans occupation au-dehors,
se replie sur soi-même et engendre l'intérêt personnel, vrai fléau de
l'âme. Quand ce mal attaque une nation, le gouvernement qui blesse les
intérêts individuels est perdu.]
[19: C'était avec le secours des ordonnances de toute nature, que le
ministère statuait, quand bon lui semblait, sur des objets
d'administration publique qui ne devaient être réglés que par les lois;
en sorte, que la plupart des lois soumises aux chambres «étaient déjà
créées et exécutées en vertu d'ordonnances, et que les fonctions des
chambres se réduisaient à légitimer les usurpations du ministère, en
métamorphosant en lois ses décisions et ses actes arbitraires.»
(_Censeur_.)]
[20: Plusieurs personnes, à Paris même, furent maltraitées et reçurent
des coups de baïonnettes, pour avoir refusé de se découvrir et de plier
le genou au moment où passaient les processions.]
[21: J'ai cru ne pouvoir mieux traduire leurs paroles, qu'en copiant ce
passage du Précis de la révolution par M. Lacretelle jeune.]
[22: Napoléon eut dès sa jeunesse, on peut même dire dès son enfance, le
pressentiment qu'il n'était point destiné à vivre dans la médiocrité.
Cette opinion lui inspira de bonne heure du dédain pour les autres, de
la considération pour lui-même. À peine fut-il admis dans l'artillerie,
qu'il se crut le supérieur de ses égaux, l'égal de ses supérieurs.
Appelé, à l'âge de 26 ans, au commandement de l'armée d'Italie, il passa
sans s'étonner d'un grade secondaire au rang suprême, et prit
sur-le-champ, avec ces vieux généraux si fiers de leurs lauriers, un air
de grandeur et d'autorité qui les plaça, vis-à-vis de lui, dans une
position nouvelle pour eux, et qui cependant ne leur parut ni
extraordinaire ni humiliante; tant l'ascendant exercé par Napoléon,
était irrésistible! tant il possédait en lui-même cet instinct de
commander, ce talent de se faire obéir, qui ne sont ordinairement
l'apanage que des hommes nés sur le trône.
Napoléon, dans tous les pays du monde, serait probablement parvenu au
faîte de la puissance. Il avait été formé par la nature pour commander
ou régner, et jamais elle ne crée de tels hommes pour les laisser dans
l'obscurité. Il semble, comme le remarque je ne sais quel écrivain
qu'elle soit glorieuse de son ouvrage et qu'elle veuille l'offrir à
l'admiration en le plaçant elle-même à la tête des associations
humaines.]
[23: Napoléon exerça sur l'Europe, par suite de son système continental,
un véritable despotisme. On ne veut point le nier ici: on veut tirer
seulement la conséquence que ce despotisme extérieur avait dû concourir
à faire croire à l'Europe, sans autre examen, que l'homme qui
tyrannisait aussi violemment des peuples qui n'étaient point à lui,
devait être, à plus forte raison, le tyran de ses propres sujets.]
[24: Paroles de l'Empereur aux députés des Cortès à Bayonne.]
[25: On a beaucoup reproché à Napoléon d'avoir aspiré à la monarchie
universelle: ce reproche fut adressé de tout tems aux princes ambitieux
et puissans. Jamais prince, il faut l'avouer, ne fut plus autorisé que
Napoléon à se laisser séduire par cette brillante chimère. Du haut de
son trône, il tenait en main les rênes d'une partie de l'Europe et en
faisait mouvoir à son gré les dociles monarques. Leurs sujets, au
premier mot, ou premier signal, accouraient se ranger sous les aigles
impériales. Leur mélange continuel avec les Français, leur obligation
d'obéir à Napoléon, les avaient habitués à le regarder comme leur chef,
et de chef à souverain la transition est facile. Mais Napoléon, quelle
que soit l'ambition qu'on lui suppose, avait trop de bon sens pour
aspirer au trône universel: il eut un autre dessein, celui de rétablir
l'Empire d'Orient et l'Empire d'Occident. Il serait inutile de révéler
les hautes et puissantes considérations qui lui avaient suggéré cette
grande et noble pensée: alors il était permis à la France de vouloir
ressaisir le sceptre de Charlemagne; aujourd'hui, il faut oublier que
nous avons été les maîtres du monde.]
[26: Louis XIV, tant vanté pour ses libéralités, ne donnait par an, à
titre de pension, aux savans et artistes français, que 52,300 f. et
14,000 f. aux savans étrangers.]
[27: L'honneur, la patrie, Napoléon s'étaient tellement identifiés dans
l'esprit des soldats, que les prisonniers d'Angleterre arrachés par
Louis XVIII à de longues années de souffrance et de captivité ne
rentraient en France qu'en maudissant leur liberté, et en faisant
entendre les cris de _Vive l'Empereur!_
Dans les déserts mêmes de la Russie, on ne put jamais arracher aux
prisonniers Français, ni par la menace des mauvais traitemens, ni par la
promesse de les secourir lorsqu'ils mouraient de faim, un seul mot, un
seul murmure contre Napoléon.]
[28: Le général Dupont venait d'être remplacé par le maréchal Soult.]
[29: Il prit pour défenseur l'un des habiles et courageux rédacteurs du
_Censeur_, M. Comte; et pour conseil le général Fressinet. Cet officier,
dont la fermeté de caractère égale le talens et la bravoure, fut puni
plus tard par l'exil, de l'assistance généreuse qu'il prêta dans cette
importante circonstance au général Excelmans, son frère d'armes et son
ami.]
[30: On a prétendu, mais à tort, qu'il conservait son goût pour les
exercices militaires. Pendant son séjour à Porto-Ferrajo, il ne passa
point une seule revue: il paraissait n'avoir plus d'attrait pour les
armes.]
[31: On sait qu'il n'y avait point un seul individu de marque attaché au
service de ses Alliés et de ses ennemis, dont Napoléon ne connût
parfaitement le fort et le faible.]
[32: Cet officier est celui dont il est question dans la déclaration du
15 mars au prince d'Essling, alors gouverneur de la 8ème division
militaire, par M. P., débarqué avec Napoléon de l'ile d'Elbe et arrêté à
Toulon par ordre du Préfet du département du Var.]
[33: L'Empereur étant à la Malmaison, me demanda ce qu'était devenu M.
Z. «Il a été tué, lui dis-je, sur le plateau de Mont St. Jean.--Il est
bien heureux, me répondit-il. Puis il continua: Vous a-t-il dit qu'il
était venu à l'île d'Elbe?--Oui, Sire: Il m'a même remis la relation de
son voyage et des entretiens qu'il eut avec Votre Majesté.--Il faudra me
donner cette relation; je l'emporterai; elle me servira pour mes
mémoires.--Je ne l'ai plus, Sire.--Qu'en avez-vous donc fait? il faut la
r'avoir et me la remettre demain.--Je l'ai déposée dans les mains d'un
ami qui n'est point à Paris en ce moment.--Ainsi cette relation va
courir le monde?--Non, Sire; elle est renfermée sous enveloppe dans une
boîte dont j'ai conservé la clé; mais si je ne puis la remettre à Votre
Majesté d'ici à son départ, Votre Majesté pourra dans tous les cas en
avoir connaissance: car je me propose, suivant les volontés de M. Z., de
la faire imprimer, à moins que Votre Majesté ne me le défende.--Non, je
vous le permets; retranchez-en ce qui pourrait compromettre ceux qui
m'ont montré de l'attachement. Si Z. a rapporté fidèlement tout ce qui
s'est passé, les Français sauront que je me suis sacrifié pour eux, et
que ce n'est point l'amour du trône qui m'a ramené en France, mais le
désir de rendre aux Français les biens les plus chers aux grands
peuples, l'indépendance et la gloire. Il faudra prendre garde qu'on ne
vous enlève votre manuscrit: ils le falsifieraient; faites-le passer en
Angleterre à ***, il le fera imprimer: il m'est dévoué, et il pourra
vous être fort utile. M*** vous donnera une lettre pour lui.
Entendez-vous?--Oui, Sire.--Mais faites tous vos efforts pour retirer
votre manuscrit avant mon départ; je vois bien que vous y tenez, et je
vous le laisserai; je veux seulement le lire.» L'empereur le lut, et me
le rendit en disant. Z. a dit la vérité, et rien que la vérité.
Conservez son manuscrit pour la postérité.]
[34: Petit cabriolet découvert où l'on tient à peine une personne, et
avec lequel on va un train d'enfer.]
[35: La feuille du bord ne portait que six hommes, ils avaient pris un
matelot en sus pour se retrouver six après mon débarquement: sans cette
précaution, ils auraient été obligés en arrivant à terre de prouver ce
qu'ils avaient fait du matelot que je représentais.]
[36: On connaît à-peu-près le tems nécessaire pour le trajet d'un port à
l'autre. Si l'on excède ce tems sans motif plausible on suppose que vous
avez pu relâcher en route dans un lieu infecté, et l'on vous oblige par
excès de précaution, à faire la petite quarantaine. On inflige aussi la
petite quarantaine comme châtiment, aux patrons des barques, lorsqu'ils
ne sont point soumis et respectueux envers les officiers de la santé.]
[37: Les journaux ministériels m'avaient fait croire que la mer était
couverte de vaisseaux Anglais et Français qui arrêtaient au passage les
bâtimens et les passagers allant à l'île d'Elbe. Je n'en rencontrai
point un seul. On exerçait dans les ports une surveillance aussi brutale
que tyrannique, mais la mer était libre. On entrait à Porto-Ferrajo et
l'on en sortait, sans éprouver le plus léger obstacle.]
[38: La corvette commandée par le capitaine Campbell.]
[39: En général, il aimait beaucoup à intimider et à déconcerter ceux
qui l'approchaient. Tantôt il feignait de ne point entendre et vous
faisait répéter très-haut ce qu'il avait fort bien entendu (quoique
réellement il fût un peu sourd.) D'autres fois, il vous accablait de
questions si rapides et si brusque que vous n'aviez pas le tems de le
comprendre, et que vous lui répondiez tout de travers. Il s'amusait
alors de votre embarras, et se réjouissait à vos dépens du plaisir de
vous avoir fait manquer d'assurance et de présence d'esprit--_Note de
l'auteur des Mémoires_.]
[40: L'Empereur, dans la crainte que Salviti et ses compagnons ne se
rencontrassent avec moi dans le port où je pourrais descendre, avait
fait mettre leur barque en fourrière sous le prétexte de les punir de
m'avoir conduit de vive force à Livourne.]
[41: Je l'avais appris dans la traversée.]
[42: Cette relation prouve évidemment que la révolution du 20 mars ne
fut point l'effet d'une conspiration, mais l'ouvrage inouï de deux
hommes et de quelques mots.
La part qu'eut au retour de Napoléon M. Z., appellera peut-être sur sa
tête le blâme des gens qui ne jugent les événemens que d'après leurs
résultats. Ce blâme serait-il fondé? Les hommes sont-ils responsables
des caprices du sort? N'est-ce pas à la fortune plutôt qu'à M. Z. qu'il
faut imputer la fin désastreuse de cette révolution, commencée sous
d'aussi heureux auspices?
Plus fortuné que Napoléon, M. Z. fut tué sur le mont St. Jean au moment
où nos troupes y pénétraient aux applaudissemens de l'armée. Il put
rendre le dernier soupir sur les drapeaux que les vainqueurs de Ligny
venaient d'arracher aux Anglais, et loin de prévoir que son voyage à
l'île d'Elbe serait peut-être un jour reproché à sa mémoire, il dut
mourir avec la pensée que la victoire avait fixé irrévocablement nos
destinées, et que son nom, cher aux Français, cher au héros qu'il leur
avait rendu, serait à jamais consacré par la reconnaissance de la France
redevenue la grande Nation.
Je ne ravirai point d'avance à ses mânes cette consolante illusion; je
ne leur apprendrai point que... Non! il sera toujours tems de troubler
leur repos, et j'attendrai l'attaque pour commencer la défense.]
[43: La flotille de Napoléon était composée du brick l'_Inconstant_,
portant vingt-six canons et quatre cents grenadiers, et de six autres
petits bâtimens légers, montés par deux cents hommes d'infanterie, deux
cents chasseurs Corses, et environ cent chevau-légers Polonais.
Les félouques et le brick avaient été disposés de manière à ne point
laisser apercevoir les troupes et à ne présenter l'aspect que de
bâtimens marchands.]
[44: On est persuadé assez généralement que l'évasion de l'Empereur de
l'île d'Elbe fut favorisée par le capitaine Campbell: je ne le pense
pas; mais tout porte à croire que cet officier avait reçu de son
gouvernement l'ordre de ne point s'y opposer.--(_Note de l'Auteur des
Mémoires_.)]
[45: Il s'était enfui précipitamment jusqu'à Bâle.]
[46: La cocarde adoptée par Napoléon, comme souverain de l'île d'Elbe,
était blanche et amaranthe, parsemée d'abeilles.]
[47: Les écrits publiés depuis la seconde restauration n'ont point
manqué de prétendre que les troupes de l'Empereur pillèrent odieusement
les communes qu'elles traversèrent. Cette imputation est, comme tant
d'autres, une lâche calomnie. L'Empereur avait recommandé à ses
grenadiers (et l'on sait qu'ils ne lui désobéirent jamais) de ne rien
exiger des habitans; et pour prévenir jusqu'au moindre désordre, il
avait pris lui-même le soin de régler les moyens de constater et de
payer toutes les fournitures. Il avait chargé de cette opération un
Inspecteur en chef aux revues, M. Boinot, et un commissaire des guerres,
M. Ch. Vauthier, dont il estimait particulièrement le zèle et
l'intégrité. Les fournitures, aussitôt leur livraison, étaient
acquittées par le trésorier, M. Peyruse, sur un décompte arrêté par M.
Vauthier et au prix que les maires avaient eux-mêmes fixés.]
[48: Cette forme de procéder, digne des siècles barbares, était une
nouvelle infraction du ministère, au droit des gens et aux lois
constitutionnelles de la France. Aucun article de la Charte ne conférait
au monarque le droit de mort sur ses sujets, et l'on n'avait point
conséquemment le pouvoir de proscrire les hommes qui accompagnaient et
assistaient Napoléon. Si on les considérait même comme des brigands,
c'était aux tribunaux à les juger et à les punir.
On n'était nullement autorisé non plus à faire courir sus à Napoléon. Il
avait conservé le titre d'_Empereur_; il jouissait légalement des
prérogatives de la souveraineté, et pouvait faire à son gré la paix ou
la guerre.
Le titre d'_Empereur des Français_ qu'il s'arrogeait ne pouvait être un
titre de proscription. George III s'intitula jusqu'à l'époque du traité
d'Amiens, _Roi de France et de Navarre_. Aurait-on eu le droit, s'il fût
descendu à main armée sur notre territoire, de le mettre hors la loi et
d'ordonner aux Français de lui courir sus?]
[49: Ces quatre généraux s'étaient concertés pour se porter ensemble sur
Paris. Les troupes du comte d'Erlon, cantonnées à Lille, trompées par
des ordres supposés, étaient en marche, lorsqu'elles furent rencontrées
par le Duc de Trévise qui allait prendre le commandement de son
gouvernement. Il les interrogea, pénétra le complot et les fit
rétrograder.
Le comte Lefebvre-Desnouettes, ignorant ce contre-tems, mit en mouvement
son régiment en garnison à Cambrai. Arrivé à Compiègne, il n'y trouva
point les troupes sur lesquelles il comptait, et montra de l'hésitation.
Les officiers de son corps, et particulièrement le major Lyon, le
questionnèrent et finirent par l'abandonner.
D'un autre côté, les frères Lallemand, dont l'un était général
d'artillerie, s'étaient portés sur la Fère, avec quelques escadrons,
dans l'intention de s'emparer du parc d'artillerie. La résistance que
leur fit éprouver le général d'Aboville les déconcerta; et après avoir
essayé vainement de débaucher la garnison, ils prirent la fuite et
furent bientôt arrêtés.
On a cru que cette levée de boucliers avait été concertée avec Napoléon.
Je sais de bonne part, qu'elle fut uniquement le résultat d'une soirée
qui eut lieu chez le général ***. Quelques bowls de punch avaient exalté
les têtes; on se plaignit; on s'indigna de se laisser faire la loi par
une poignée d'émigrés sans courage; on reconnut combien il serait facile
de s'en défaire; et de paroles en paroles, On finit par convenir qu'on
marcherait sur Paris et qu'on forcerait le Roi à changer le ministère et
à chasser hors de France tous les individus désignés par l'opinion
publique comme ennemis de la Charte, et perturbateurs du repos et du
bonheur public.