_Comme M. Franklin dans une première Lettre à M. Collinson a
parlé de son dessein d'essayer le pouvoir d'un coup
électrique très-fort sur un poulet-d'inde, ce Monsieur en
conséquence a eu la bonté d'en envoyer une relation qui se
rêduit à ceci._
Il fit d'abord plusieurs expériences sur des oiseaux, & trouva que deux
gros pots de verre mince dorés contenant chacun environ six gallons &
tels que j'ai dit que je les avois employés dans le dernier écrit que je
vous ai présenté sur ce sujet, étoient suffisante quand ils étoient bien
chargés pour tuer des poules ordinaires sur le champ; mais les
poulets-d'inde, quoiqu'ils éprouvent de violentes convulsions, & qu'ils
restent étendus comme morts pendant quelques minutes, se rétablissoient
en moins d'un quart-d'heure. Quoiqu'il en soit, ayant ajouté trois pots
pareils aux deux premiers sans être pleinement chargés; il tua un
poulet-d'inde d'environ dix livres, & il croit qu'ils en auroient tué un
beaucoup plus gros. Il imagina que les oiseaux tués de cette sorte
étoient extrémement tendres à manger.
En faisant ces expériences il trouva qu'un homme pouvoit, sans risquer
beaucoup, supporter un choc beaucoup plus fort qu'il n'imaginoit; car
sans y prendre garde il reçut un coup de deux de ces pots au travers des
bras & du corps, lorsqu'ils étoient presqu'entiérement chargés; il lui
sembla recevoir un coup universel depuis la tête jusqu'aux pieds dans
tout le corps; il fut suivi d'un tremblement vif & violent dans le tronc
qui se dissipa petit à petit dans quelques secondes; il fut quelques
minutes avant de reprendre ses esprits au point de connoître ce dont il
s'agissoit, car il ne vit point l'étincelle, quoique son oeil fût tout
près du premier conducteur, d'où elle frappa le revers de sa main; il
n'entendit pas plus le bruit du coup, quoique les assistans disent qu'il
avoit été considérable; il ne sentit pas davantage en particulier le
coup sur sa main, quoiqu'il vit ensuite qu'il y avoit causé une enflure
de la grosseur d'une chevrotine ou d'une balle de pistolet. Ses bras &
le derrière de son col restèrent un peu engourdis le reste de la soirée,
& sa poitrine fut affectée pendant une semaine comme si elle eût été
brisée. Par cette expérience on peut connoître le danger qu'il y a, même
avec les plus grandes précautions, pour l'opérateur quand il fait ces
expériences avec de gros pots; car on ne peut pas douter que plusieurs
étant chargés en plein ne soient capables de tuer un homme, comme ils
ont auparavant tué un poulet d'inde, en les augmentant à proportion de
la taille.
_LETTRE XVI._
_De M. B. FRANKLIN Écuyer_
_de Philadelphie_
_à M. D'ALIBARD, à Paris._
_29 Juin 1755._