_Qui prouvent que la bouteille de Leyde ne contient pas plus de feu
électrique, lorsqu'elle est chargée, ni moins, lorsqu'elle est
déchargée, qu'auparavant: que dans la décharge le feu ne sort point du
fil-d'archal & des côtés en même-tems, comme quelques-uns l'ont pensé;
mais que les côtés reçoivent toujours ce qui est déchargé par le
fil-d'archal, ou une égale quantité; la surface extérieure étant
toujours dans un état négatif d'électricité, tandis que la surface
intérieure est dans un état positif._
32. Placez sous le coussin, frottant une lame de verre assez épaisse
pour couper la communication du feu électrique entre le plancher & le
coussin; alors s'il n'y a pas de pointes déliées ou de fils capillaires
qui sortent du coussin ou des parties de la machine opposées au coussin
(ce à quoi vous devez bien prendre garde) vous ne pourrez tirer du
premier conducteur que peu d'étincelles, qui seront tout ce que le
coussin en pourra donner.
33. Suspendez alors une fiole sur le premier conducteur, & elle ne se
chargera pas, quoique vous la teniez par le côté; mais formez par une
chaîne une communication des côtés de la fiole au coussin, & la fiole se
chargera, car alors le globe tire le feu électrique de la surface
extérieure de la fiole, & le pousse à travers le premier conducteur, &
le fil-d'archal de la fiole dans sa surface intérieure.
Ainsi la bouteille est chargée avec son propre feu, nul autre ne pouvant
y entrer, tandis que la lame de verre est sous le coussin.
«M. L. N. conteste cette expérience, en assurant qu'il l'a répétée, &
que dans le premier cas; c'est-à-dire, quand on tenoit la bouteille à la
main, elle s'est chargée de même que dans le second cas, où l'on avoit
établi une communication de l'envelope de cette bouteille au coussin. Je
ne sçai pas précisément la différence qui a pû se trouver entre sa
manière d'opérer & celle de M. Franklin; mais sur l'exposé du Physicien
François, je soupçonne ce qui a pû l'induire en erreur; il s'est
apparemment persuadé que d'épuiser le coussin de son électricité,
c'étoit une opération toute simple & de facile éxécution. Il s'en faut
beaucoup que je ne l'aye regardée du même oeil; plus j'y ai réfléchi
avant de l'entreprendre, plus elle m'a paru difficile; & depuis que j'en
suis venu à bout, j'estime qu'il n'y a point d'expérience électrique
plus délicate, & qui éxige tant de précautions. Voici quelques maximes
générales tirées de mes remarques sur les différentes expériences que
j'ai tentées pour épuiser le coussin, qui pourront le faire connoître.
Il faut:
»1º. Que le carreau de glace ou de verre, qui porte le coussin l'excéde
au moins de 7. à 8. pouces de chaque côté.
»2º. Que ni le carreau ni le coussin ne soient attachés par des ligamens
extérieurs, pas même avec des cordons de soye, à moins qu'ils ne soient
préparés, comme je le dirai ci-après.
»3º. Que les mandrins mastiqués au globe soient au moins à 6. ou 7.
pouces du coussin.
»4º. Qu'il ne se trouve à 3. ou 4. pieds tout autour aucune pointe, de
quelque nature qu'elle soit.
»J'ai d'abord essayé d'épuiser au coussin d'environ 7. pouces de
diamètre, sous lequel j'avois mis une glace plane d'un pied quarré, le
tout attaché avec des cordons de soye; l'expérience n'a point réussi.
»J'ai substitué à cette glace une capsule sphérique de 10. pouces de
diamètre, dans laquelle j'avois fixé le coussin avec des cordons de
soye, qui en passant par-dessus les bords de la capsule, les attachoient
ensemble sur le support destiné à porter le coussin. Cette expérience
n'eut pas plus de succès que la première; mais j'apperçus que les petits
poils qui sortoient tout autour des cordons de soye se dressoient vers
le coussin. Je jugeai de-là que c'étoient autant de pointes qui lui
fournissoient de nouveau feu à mesure que le globe en tiroit. Après
avoir remédié à ce défaut en cirant bien éxactement les cordons de soye,
je répétai l'électrisation; mais je ne fus pas plus heureux. Le feu
électrique parut sortir du conducteur presqu'aussi abondamment que si le
coussin n'eût point été isolé. J'y apperçus cependant un changement
marqué qui me donna bonne espérance; quand je présentois mon doigt à 3.
ou 4. pouces du coussin, j'y sentois une espéce de suction, &
j'entendois sur le coussin un bruit assez semblable à celui que l'on
fait en retirant son haleine, les lèvres serrées, comme pour piper un
petit animal. Cela me fit conjecturer que j'apercevrois dans l'obscurité
une aigrette lumineuse au bout de mon doigt, & peut-être l'endroit d'où
sortoit le feu qui étoit fourni au coussin.
»Dès-que la nuit fut venuë, & que j'eus recommencé l'opération, je vis,
1º. un courant de feu qui sortant en nappe d'un des mandrins du globe,
se précipitoit jusques sur le coussin à l'endroit de sa jonction avec le
globe; 2º. de petites aigrettes lumineuses à tous les poils de mes
habits qui se dirigeoient vers le coussin; 3º. une longue aigrette mince
& peu divergente qui partoit de mon doigt, lorsque je le présentois au
coussin à 3. ou 4. pouces de distance, & qui se changeoit en un courant
continu, pour peu que je l'approchasse davantage. M'étant aperçû que le
coussin étoit plus près d'un des pôles du globe que de l'autre, &
l'ayant remis le plus éxactement qu'il me fut possible, à égale distance
des deux mandrins, je vis le courant de feu, qui auparavant sortoit de
l'un d'eux, partagé en deux nappes à peu-près égales, une de chaque
côté: Ayant fait cesser la rotation du globe, je remarquai que la vertu
attractive du coussin s'y conserva encore long-temps. Plus d'une
demi-heure après l'avoir laissé dans cet état, il suçoit & pipoit encore
à l'approche du doigt.
»En réfléchissant sur ces observations, j'ai imaginé qu'il falloit avoir
un coussin plus étroit & un globe plus gros, ou du moins dont les
mandrins fussent plus éloignés de l'Équateur. J'essayai un globe de 14.
pouces de diamètre; mais il se trouva un peu trop dur, ayant trop
d'épaisseur de verre. D'ailleurs, quelque solide que fût la machine dont
je me servois, il y causa par sa rotation un ébranlement qui m'inquiéta.
Ces considérations me déterminérent à donner la préférence à un globe de
cristal de 13. pouces que je fis monter exprès. Les goulots en sont
minces, & les mandrins qui y sont mastiqués n'ont guère plus d'un
demi-pouce d'empattement tout autour. En faisant rouler ce globe sur un
coussin de 3. pouces de diamètre, les bords de celui-ci se trouvent
éloignés des mandrins de plus de 7. pouces. Ma grande capsule au fond de
laquelle j'ai fixé ce coussin avec du mastic, met encore un plus grand
éloignement entre lui & le plateau de bois qui porte le tout.
»Ce n'est qu'après toutes ces précautions que je suis venu à bout
d'épuiser la matière électrique du coussin, & de faire les expériences
que M. Franklin nous a indiquées sur ce sujet. Je suis d'autant-moins
étonné du peu de succès de ceux qui disent les avoir tentées
inutilement, que je suis sûr qu'il est impossible d'y réussir sans
toutes ces précautions. Sans entrer dans une discussion qui seroit trop
longue & ennuyeuse, on trouvera dans cet exposé des réponses plus que
suffisantes aux questions & objections de nos critiques, & la raison de
la différence de leurs succès. _Lisez Lettres sur l'Électricité_, _pag._
112-115. Pour les trois questions qui terminent la page 115, pourra-t-on
apprendre, sans étonnement, qu'elles nous viennent d'un homme instruit?
Je vais pourtant y satisfaire comme si elles le méritoient. Sur la
dernière conséquence de M. Franklin qu'il n'entre dans la bouteille que
le feu électrique qui vient de sa surface extérieure, on lui demande:
_Et quelle certitude en avez-vous? La matière électrique n'est-elle pas
répandue dans l'air de l'atmosphère? Et pourquoi ne voulez-vous pas que
la chaîne & le globe y trouvent ce feu électrique qui passe par le
conducteur dans l'intérieur de la fiole? Il faut montrer que cela est
impossible, ou que cela n'est pas, si vous voulez que votre conséquence
soit reçuë._ Soit, Monsieur, on s'en tient à votre parole. Voici la
certitude que nous en avons, indépendamment de ce que nous voulons ou ne
voulons pas. Écoutez bien. Si la chaîne & le globe trouvoient dans l'air
de l'atmosphère ce feu électrique qui passe par le conducteur dans
l'intérieur de la fiole, ils l'y trouveroient aussi bien avant qu'on eût
établi une communication de l'extérieur de la bouteille au coussin,
qu'après, & dans ce cas on l'apercevroit en touchant au conducteur. Il
est cependant très-certain que dès-que le coussin est épuisé on ne tire
pas la moindre étincelle des conducteurs: tirez, s'il vous plaît, la
conséquence vous-même, & ne refusez plus de la recevoir.»
34. Suspendez deux balles de liége par des fils de lin attachés au
premier conducteur; touchez alors le côté de la bouteille, & elles
seront électrisées, & elles s'éloigneront l'une de l'autre.
Car autant que vous donnez de feu aux côtés, autant précisément il s'en
décharge à travers le fil-d'archal sur le premier conducteur, d'où les
balles de liége reçoivent une atmosphére électrique.
Mais prenez un fil-d'archal courbé en forme de C, avec un bâton de cire
d'Espagne fixé à la partie extérieure de la courbure, afin de le tenir
par-là, & appliquez une extremité de ce fil-d'archal aux côtés, &
l'autre en même temps au premier conducteur, la fiole sera déchargée; &
si les balles ne sont pas électrisées avant la décharge, elles ne
paroîtront pas l'être après; car elles ne se repousseront pas l'une
l'autre.
Maintenant si le feu déchargé de la surface intérieure de la bouteille à
travers son fil-d'archal restoit sur le premier conducteur, les balles
seroient électrisées & s'éloigneroient l'une de l'autre.
Si la fiole faisoit une explosion réelle aux deux extrémités &
déchargeoit le feu tant des côtés que du fil-d'archal, les balles
seroient électrisées en _plus_ & s'éloigneroient _plus loin_, car aucune
portion de feu ne peut s'échaper en étant empêchée par le manche de
cire.
Mais si le feu, dont la surface intérieure est surchargée, est
précisément la quantité qui manque à la surface extérieure, il passera
circulairement à travers le fil-d'archal attaché au manche de cire,
rétablira l'équilibre dans le verre, & ne causera aucune altération dans
l'état du premier conducteur.
Nous avons trouvé conformément que si le premier conducteur est
électrisé, & que les balles de liége soient dans un état de répulsion
avant que la bouteille soit chargée, elles continueront d'y être après,
sinon elles ne seront point électrisées par cette décharge.
«Tout ce qui est dans la critique, pag. 116. 117, & 118. contre cette
expérience, me paroît tout-à-fait hors de propos; notre auteur, comme on
vient de le voir, prouve incontestablement que l'expérience de Leyde
n'électrise point les corps qui reçoivent la commotion, ou qui ont
communication avec ceux qui la reçoivent, & M. L. N. en convient; mais
après cela il se perd dans une discussion qui n'a aucun rapport au sujet
dont il s'agit.»