La femme pleine de foi en celui qu’elle aime est une fantaisie de
romancier. Ce personnage féminin n’existe pas plus qu’il n’existe de
riche dot. La fiancée est restée; mais les dots ont fait comme les
rois. La confiance de la femme brille peut-être pendant quelques
instants, à l’aurore de l’amour, et elle s’éteint aussitôt comme une
étoile qui file.
Pour toute femme qui n’est ni Hollandaise, ni Anglaise, ni Belge, ni
d’aucun pays marécageux, l’amour est un prétexte à souffrance, un
emploi des forces surabondantes de son imagination et de ses nerfs.
Aussi, la seconde idée qui saisit une femme heureuse, une femme aimée,
est-elle la crainte de perdre son bonheur; car il faut lui rendre
justice de dire que la première, c’est d’en jouir. Tous ceux qui
possèdent des trésors craignent les voleurs; mais ils ne prêtent pas
comme la femme, des pieds et des ailes aux pièces d’or.
La petite fleur bleue de la félicité parfaite n’est pas si commune, que
l’homme béni de Dieu qui la tient, soit assez niais pour la lâcher.