Les femmes sont, —ou chastes, —ou vaniteuses, —ou simplement
orgueilleuses. —Toutes peuvent donc être atteintes par la petite
misère que voici:
Certains maris sont si ravis d’avoir une femme à eux, chance uniquement
due à la légalité, qu’ils craignent une erreur chez le public, et ils
se hâtent de marquer leur épouse, comme les marchands de bois marquent
les bûches au flottage, ou les propriétaires de Berry leurs moutons.
Devant tout le monde, ils prodiguent à la façon romaine (_columbella_)
à leurs femmes des surnoms pris au règne animal, et ils les appellent:
—ma poule, —ma chatte, —mon rat, —mon petit lapin; ou, passant au
règne végétal, ils les nomment: —mon chou, —ma figue (en Provence
seulement), —ma prune (en Alsace seulement),
Et jamais: —Ma fleur! remarquez cette discrétion;
Ou, ce qui devient plus grave! —Bobonne, —ma mère, —ma fille, —la
bourgeoise, —ma vieille! (quand la femme est très-jeune.)
Quelques-uns hasardent des surnoms d’une décence douteuse, tels que:
—Mon bichon, —ma niniche, —Tronquette!
Nous avons entendu un de nos hommes politiques le plus remarquable par
sa laideur appelant sa femme: —_Moumoutte_!...
—J’aimerais mieux, disait à sa voisine cette infortunée, qu’il me
donnât un soufflet.
—Pauvre petite femme, elle est bien malheureuse! reprit la voisine
en me regardant quand Moumoutte fut partie; lorsqu’elle est dans le
monde avec son mari, elle est sur les épines, elle le fuit. Un soir, ne
l’a-t-il pas prise par le cou en lui disant: —Allons, viens, ma grosse!
On prétend que la cause d’un très-célèbre empoisonnement d’un mari par
l’arsenic, provenait des indiscrétions continuelles que subissait la
femme dans le monde. Ce mari donnait de légères tapes sur les épaules
de cette femme conquise à la pointe du Code, il la surprenait par un
baiser retentissant, il la déshonorait par une tendresse publique
assaisonnée de ces fatuités grossières dont le secret appartient à ces
sauvages de France, vivant au fond des campagnes, et dont les mœurs
sont encore peu connues malgré les efforts des naturalistes du roman.
Ce fut, dit-on, cette situation choquante qui, bien appréciée par des
jurés pleins d’esprit, valut à l’accusée un verdict adouci par les
circonstances atténuantes.
Les jurés se dirent:
—Punir de mort ces délits conjugaux, c’est aller un peu loin; mais une
femme est très-excusable quand elle est si molestée!...
Nous regrettons infiniment, dans l’intérêt des mœurs élégantes, que
ces raisons ne soient pas généralement connues. Aussi Dieu veuille
que notre livre ait un immense succès, les femmes y gagneront d’être
traitées comme elles doivent l’être, en reines.
En ceci, l’amour est bien supérieur au mariage, il est fier des
indiscrétions, certaines femmes les quêtent, les préparent, et malheur
à l’homme qui ne s’en permet pas quelques-unes!
Combien de passion dans un _tu_ égaré!
J’ai entendu, c’était en province, un mari qui nommait sa femme: —Ma
berline... Elle en était heureuse, elle n’y voyait rien de ridicule;
elle l’appelait —son fiston!... Aussi ce délicieux couple ignorait-il
qu’il existât des petites misères.
Ce fut en observant cet heureux ménage que l’auteur trouva cet axiome.