Le Vice, le Courtisan, le Malheur et l’Amour ne connaissent que le
_présent_.
Au bout d’un temps difficile à déterminer, Caroline se regarde dans
la glace, au dessert, et voit des rubis fleurissant sur ses pommettes
et sur les ailes si pures de son nez. Elle est de mauvaise humeur au
spectacle, et vous ne savez pas pourquoi, vous, Adolphe, si fièrement
posé dans votre cravate! vous qui tendez votre torse en homme satisfait.
Quelques jours après, la couturière arrive, elle essaye une robe, elle
rassemble ses forces, elle ne parvient pas à l’agrafer... On appelle la
femme de chambre. Après un tirage de la force de deux chevaux, un vrai
treizième travail d’Hercule, il se déclare un hiatus de deux pouces.
L’inexorable couturière ne peut cacher à Caroline que sa taille a
changé. Caroline, l’aérienne Caroline, menace d’être pareille à madame
Deschars. En terme vulgaire, elle épaissit. On laisse Caroline atterrée.
—Comment avoir, comme cette grosse madame Deschars, des cascades
de chairs à la Rubens? Et c’est vrai... se dit-elle, Adolphe est un
profond scélérat. Je le vois, il veut faire de moi une mère Gigogne! et
m’ôter mes moyens de séduction!
Caroline veut bien désormais aller aux Italiens, elle y accepte un
tiers de loge, mais elle trouve _très-distingué_ de peu manger, et
refuse les parties fines de son mari.
—Mon ami, dit-elle, une femme comme il faut ne saurait aller là si
souvent... On entre une fois par plaisanterie dans ces boutiques; mais
s’y montrer habituellement?... fi donc!
Borrel et Véry, ces illustrations du Fourneau, perdent chaque jour
mille francs de recette à ne pas avoir une entrée spéciale pour les
voitures. Si une voiture pouvait se glisser sous une porte cochère, et
sortir par une autre en jetant une femme au péristyle d’un escalier
élégant, combien de clientes leur amèneraient de bons, gros, riches
clients!