Le bord du cadre est fait des bois de chênes des collines et du marbre
bleu des Pyrénées. Un clocher assez proche coupe la vue d’un mamelon
éloigné qui s’isole en s’avançant dans la plaine. Tout ce qui, comme ce
mamelon, est en relief en dehors de l’horizon, semble couché sur les
damiers de blés, de maïs, de vignes et d’herbes: les carènes des
anciennes redoutes, les avenues et les places, le vieux pont pareil au
pont du jeu de l’oie et la tour du château qui, dans un nuage d’arbres,
ressemble à une leçon de dessin. Seules demeurent toujours debout les
Pyrénées, car jamais elles n’abandonnent le ciel si bleu qu’il est
solide.
En amont, le gave est une nappe qui forme des îlots ombreux, et, sur les
cailloux, des vaguettes qui battent de l’aile ensemble comme un vol de
pigeons fondu dans la lumière. En aval, le roc nu encaisse l’eau couleur
d’olive et s’avance au milieu et émerge çà et là comme une troupe de
bêtes d’avant le déluge.
Les maisons des vieux quartiers chaussées de galets, vêtues de jardins
pareils à des châles de l’Inde vus à l’envers, coiffées de toits
qu’empanachent les fumées, comme de plumes d’autruches, regardent les
passants à travers leurs lunettes carrées et fixent à leurs fichus de
chaux blanche, garnis de balcons à jour, des bouquets de géraniums et
des colliers de piments rouges.
Tel est le tableau, ô Bernadette, où tu figures au premier plan parce
que sans cela tu paraîtrais trop petite!