TA VILLE

Le bord du cadre est fait des bois de chênes des collines et du marbre

bleu des Pyrénées. Un clocher assez proche coupe la vue d’un mamelon

éloigné qui s’isole en s’avançant dans la plaine. Tout ce qui, comme ce

mamelon, est en relief en dehors de l’horizon, semble couché sur les

damiers de blés, de maïs, de vignes et d’herbes: les carènes des

anciennes redoutes, les avenues et les places, le vieux pont pareil au

pont du jeu de l’oie et la tour du château qui, dans un nuage d’arbres,

ressemble à une leçon de dessin. Seules demeurent toujours debout les

Pyrénées, car jamais elles n’abandonnent le ciel si bleu qu’il est

solide.

En amont, le gave est une nappe qui forme des îlots ombreux, et, sur les

cailloux, des vaguettes qui battent de l’aile ensemble comme un vol de

pigeons fondu dans la lumière. En aval, le roc nu encaisse l’eau couleur

d’olive et s’avance au milieu et émerge çà et là comme une troupe de

bêtes d’avant le déluge.

Les maisons des vieux quartiers chaussées de galets, vêtues de jardins

pareils à des châles de l’Inde vus à l’envers, coiffées de toits

qu’empanachent les fumées, comme de plumes d’autruches, regardent les

passants à travers leurs lunettes carrées et fixent à leurs fichus de

chaux blanche, garnis de balcons à jour, des bouquets de géraniums et

des colliers de piments rouges.

Tel est le tableau, ô Bernadette, où tu figures au premier plan parce

que sans cela tu paraîtrais trop petite!

Ma Fille Bernadette · 第 64 / 70 题