PREMIER PRINTEMPS

Tu es entrée depuis cinq jours dans ton premier printemps. Quand j’étais

adolescent j’aimais de toute mon âme cette époque où mes rêveries

fleurissaient avec la rose rustique, l’aubépine et l’anémone-sylvie. Je

vibrais comme une ruche et me nourrissais d’avenir. Il y avait un banc

dans un bosquet... Et les jeunes filles que j’avais suivies tiraient

derrière elles les lourdes portes qui se refermaient sur leurs yeux

flattés, interrogateurs et liquides. Les pluies fines dans la poussière

sentaient bon... O mon cœur! qui fus longuement balancé, tel que dans la

haie le rameau que l’on touche en courant, que faisais-tu de ces trésors

vivants cachés en toi comme des dormeuses dans leur demeure?

Mon cœur répond: ce que j’ai fait de ces impressions de printemps, je

les ai mûries en secret pour qu’elles prissent une forme. Des teintes de

la rose rustique, de l’aubépine et de l’anémone-sylvie, du chant des

oiseaux des bois, de la naissance mystérieuse de l’amour, des légères

larmes de l’averse sur la terre et du balancement des branches j’ai

pétri Bernadette.

Ma Fille Bernadette · 第 42 / 70 题