à l’invitation du Ministre, nous n’avons qu’à nous féliciter
de cette excursion, l’une des plus importantes de tout le voyage,
au point de vue de ses résultats scientifiques.
C’est surtout à Djezeïret Djamour que nous avons eu à regretter
que la saison fût trop avancée pour les herborisations. Malgré
le mauvais état de la végétation, dû à la saison et à une
sécheresse contrastant avec l’humidité exceptionnelle que nous
avions trouvée dans le Sud, nous avons cependant fait quelques
découvertes d’un véritable intérêt. Nous croyons donc utile
de donner la liste presque complète des plantes que nous avons
recueillies ou observées :
Clematis Flammula L.
—— cirrhosa L.
Glaucium luteum Scop.
Fumaria Bastardi Boreau.
Iberis semperflorens L., nouveau pour la flore des États
Barbaresques.
Brassica insularis Moris.
—— Gravinæ Ten.
Capparis spinosa L. _var._ rupestris.
Helianthemum guttatum Pers.
Cistus salviæfolius L.
—— Monspeliensis L.
Dianthus Hermæensis Coss. (D. Bisignani aff.).
Vitis vinifera L., reste de cultures anciennes.
Erodium maritimum L’Hérit., nouveau pour la Tunisie.
Pistacia Lentiscus L.
Calycotome villosa Link.
Anthyllis Barba-Jovis L.
Poterium spinosum L., nouveau pour la Tunisie.
Myrtus communis L.
Ecbalium Elaterium Rich.
Polycarpon Bivonæ J. Gay.
Sedum cæruleum Vahl.
—— dasyphyllum L. _var._ glanduliferum.
—— tuberosum Coss. et Lx., déjà trouvé à El-Haouiria par
la Mission de 1883.
Umbilicus horizontalis Guss.
Mesembryanthemum crystallinum L.
Daucus gummifer Lmk.
Crithmum maritimum L.
Lonicera implexa Ait.
Scabiosa farinosa Coss., découvert en 1883 par MM. Letourneux
et Reboud, au Cap Bon et au Djebel Abd-er-Rahman.
Logfia Gallica Coss. et G. de St-P.
Asteriscus maritimus Mœnch.
Inula viscosa Ait.
—— graveolens Desf.
Senecio Cineraria DC.
Cirsium giganteum Spreng.
Seriola lævigata L.
Hyoseris radiata L.
Campanula dichotoma L.
Arbutus Unedo L.
Erica multiflora L.
—— arborea L.
Anagallis arvensis L.
Phillyrea media L.
Nerium Oleander L.
Erythræa ramosissima Pers.
—— Centaurium L. _var._ fruticulosa.
Heliotropium Europæum L.
Echium maritimum Willd.
Mentha Pulegium L.
Statice virgata Willd.
—— echioides L.
Salsola Tragus L.
Polygonum maritimum L.
Daphne Gnidium L.
Thymelæa hirsuta Endl.
Ficus Carica L. subsp.
Parietaria diffusa Mert. et Koch.
Morus nigra L., reste de cultures.
Quercus Ilex L. ?
Juniperus Phœnicea L.
Allium pallens L.
Pancratium maritimum L.
Chamærops humilis L.
Arum Italicum Mill.
Lagurus ovatus L.
Polypogon subspathaceus Req.
Ammophila arenaria Link.
Melica minuta L.
Asplenium Adiantum-nigrum L. _var._
Ceterach officinarum C. Bauh.
Trois des espèces les plus intéressantes de cette liste sont
l’_Iberis semperflorens_, le _Poterium spinosum_ et l’_Erodium
maritimum_, toutes trois nouvelles pour la Tunisie et la côte
africaine septentrionale, car elles paraissent faire de la
presqu’île du Cap Bon, dont Djezeïret Djamour n’est qu’un
lambeau détaché, un lien entre la flore du bassin occidental et celle
du bassin oriental de la région méditerranéenne. L’existence de
ces plantes à Djezeïret Djamour nous paraît démontrer, ainsi que
l’admet notre savant ami M. E. Cosson, que la presqu’île du Cap
Bon a été reliée à la Sicile, antérieurement à la distribution
actuelle des végétaux, par un continent dont les îles actuellement
existantes ne sont que des témoins.
Djezeïret Djamour paraît être formé de calcaires gris semblables
à ceux que l’on rencontre au Cap Bon. Un grès grossier se
montre cependant sur quelques points dans la dépression qui
partage l’îlot, du nord-est au sud-ouest, dans sa partie la plus
étroite. Les couches sont redressées vers le nord-ouest et coupées
à pic au-dessus de la mer, sauf sur un petit espace, le seul où il
soit possible d’aborder. Nous n’y avons rencontré aucun fossile,
mais nous y avons constaté des traces d’oxyde de fer, et, sur un
point de l’escarpement nord-ouest, des efflorescences jaunâtres qui
paraissent alunifères. La petite source située dans une dépression
au nord est légèrement salée.
Le fait zoologique le plus saillant observé dans l’îlot de Djamour
est la présence en quantité innombrable du Lapin, qui y est l’objet
d’un trafic avec Tunis. Les individus de ce rongeur que nous avons
pu nous procurer ne nous ont montré aucun caractère qui le distingue
de l’espèce d’Europe. Le Lapin se trouve aussi dans l’îlot
voisin (Zembretta) et dans l’îlot situé près de Sousa et qui,
à cause de son abondance, est appelé Conigliera (du nom italien du
lapin : _coniglio_), tandis qu’il n’existe en Tunisie sur aucun
point de la terre ferme.
Nous signalerons aussi l’abondance extrême des oiseaux de mer
(Puffins, Pétrels, Stercoraires) qui nichent par milliers dans les
rochers du nord-ouest de l’îlot.
Il est regrettable que la brièveté de notre séjour à Djamour ne
nous ait pas permis de nous livrer à la recherche des mollusques
marins, car quelques débris de coquilles, entre autres des _Patella
Lamarckii_ et _P. Oculus_, de très grande taille, ainsi que des
_Purpura Hæmastoma_ et _P. Bezoar_, nous font présumer qu’il y
aurait beaucoup à trouver en explorant le rivage et les roches qui
entourent l’îlot. Quant aux mollusques terrestres, l’extrême
sécheresse en a rendu la recherche infructueuse.
La saison était également trop avancée pour les chasses
entomologiques, et notre court séjour ne nous a procuré qu’un
coléoptère intéressant, mais en grande abondance, le _Philax
Tuniseus_ Leurat, que nous n’avions pas rencontré sur le continent.
Notre excursion à l’îlot de Djamour termine, ainsi que nous
l’avons dit déjà, la série des recherches dévolues à notre
groupe d’explorateurs. Du reste, la saison avancée et les chaleurs
ne nous eussent plus permis d’obtenir des résultats sérieux.
Le samedi 5 juillet, nous quittons la terre d’Afrique, et le 7 au
matin nous débarquons dans le port de Marseille, après un voyage
de 106 jours, dont plus de 90 ont été exclusivement consacrés
aux explorations. Enfin, les membres du groupe dont j’avais eu
l’honneur de diriger les recherches se séparent à Marseille,
après avoir adressé au Ministère de l’instruction publique, pour
être remis aux mains du Président de la Commission scientifique,
les résultats de leurs récoltes.
Je crois pouvoir dire, en terminant cet historique de notre voyage,
que nous avons conscience, mes collègues et moi, d’avoir apporté
dans l’accomplissement de la mission qui nous avait été confiée
le dévouement le plus absolu à la science. Rien n’a été
négligé par nous pour obtenir les résultats les plus fructueux,
eu égard à la grande étendue de pays que nous avions à parcourir
et aux ressources trop limitées mises à notre disposition. Trop
souvent, nous avons eu à regretter le manque de temps ou de moyens
d’action. C’est ainsi que l’exploration des montagnes de Ceket
et de Sened, et en général de toute la région du Tahla, ainsi
que celle du Djebel Berd, aurait exigé au moins le double du temps
que nous avons pu y consacrer. Le fond de la mer, entre l’île de
Djerba et la côte, dans le canal des Kerkenna, et surtout autour de
la petite île de Djamour, aurait pu donner lieu à de fructueux
dragages, que nous n’avions pas le moyen d’exécuter. Ces
dragages auraient certainement fait connaître des crustacés, des
mollusques et des zoophytes qui eussent offert de l’intérêt. De
même, la capture des mammifères et celle des oiseaux ont dû être
forcément négligées, leur préparation exigeant beaucoup de temps
et ne pouvant être exécutée que par une personne spécialement
chargée de cette opération. Nous avons pu, toutefois, rapporter de
nombreux reptiles, ainsi qu’un certain nombre d’échantillons
de roches et de fossiles qui pourront fournir des indications sur
les terrains du pays que nous avons exploré. Ces derniers ont été
soumis à l’examen de M. Rolland, et les mollusques terrestres ont
été communiqués à M. Bourguignat, l’un des savants auteurs du
_Prodrome de la malacologie de la Tunisie_.
* * * * *
NOTES :
[Note 1 : Voir _Archives des missions scientifiques et littéraires_,
3e série, IV.]
[Note 2 : Dans cette liste les noms des plantes qui n’ont pas été
observées en Algérie sont précédés du signe * et sont suivis de
l’indication de leur distribution géographique générale. —
Consulter, pour la distribution géographique des autres espèces,
observées en Algérie, les diverses publications de M. E. Cosson
et spécialement la _Liste des plantes observées dans la région
saharienne des environs et au sud de Biskra_ (_Ann. sc. nat._, sér. 4,
IV, 281-288).]