XVIII

Dans la galerie, le baron Trigault retenait toujours Mme de

Fondège...

Que lui disait-il, pour justifier l’expédient grossier qu’il avait

improvisé?... Si grand était son trouble qu’il ne le savait guère, et

peu importait, car elle ne l’écoutait pas...

Sans être précisément fine, la bonne dame flairait quelque gros mystère,

un bon scandale peut-être, et ses yeux ne quittaient pas la porte du

petit salon...

Dès qu’elle s’ouvrit, cette porte, et que Mlle Marguerite parut:

--Ciel, s’écria-t-elle, qu’arrive-t-il à ma pauvre enfant!

C’est qu’elle s’avançait, la malheureuse, d’un pas raide, l’œil fixe,

les bras étendus en avant... Il lui semblait que le parquet oscillait

sous ses pieds, que les murs tremblaient, que les plafonds allaient

s’effondrer.

Mme de Fondège se jeta sur elle.

--Qu’avez-vous, ma chérie?

Hélas! la pauvre fille était anéantie, brisée...

--Ce ne sera rien... balbutia-t-elle.

Et ses yeux se fermèrent; ses mains, cherchant un point d’appui se

crispèrent dans le vide, et elle fût tombée, sans le baron qui la retint

et la porta sur un canapé.

--Au secours! criait Mme de Fondège; à l’aide! elle se meurt; un

médecin!...

Il n’était pas besoin de médecin... Une des femmes de chambre de la

baronne arriva avec de l’eau fraîche et des sels, et Mlle Marguerite

se redressa, promenant autour d’elle un regard égaré, passant et

repassant, d’un mouvement machinal, sa main sur son front moite...

--Vous sentez-vous mieux, chère mignonne? interrogea Mme de Fondège.

--Oui.

--Ah!... vous m’avez fait une belle peur! Voyez comme je tremble.

Mais la frayeur de la digne «générale» n’était rien comparée à la

curiosité qui la peignait... Même ce sentiment fut si fort que, n’y

tenant plus:

--Enfin, que s’est-il passé? demanda-t-elle.

--Rien, madame, rien...

--Cependant...

--Je suis sujette à ces indispositions... J’avais eu froid, la chaleur

du salon m’a saisie...

A l’accent de la jeune fille, encore qu’elle s’exprimât péniblement, le

baron comprit qu’elle ne parlerait pas, et sa reconnaissance fut grande.

--Ne fatiguez donc pas cette pauvre enfant, dit-il à Mme de

Fondège... Vous feriez mieux de la reconduire chez vous et de la

coucher...

--J’y pensais, mais j’ai renvoyé mon coupé, en disant à mon cocher de

venir me prendre à une heure chez Van Klopen...

--N’est-ce que cela? On va vous atteler une voiture, chère madame.

Il fit un signe, un domestique s’élança dehors.

Furieuse, Mme de Fondège se tut.

--Le voici qu’il me met à la porte, maintenant, pensait-elle, c’est un

peu fort!... Et la baronne qui ne paraît pas!... Elle a dû m’entendre

crier, cependant!... Qu’est-ce que cela signifie?... Bast! il faudra

bien que Marguerite me l’apprenne, quand nous serons seules.

Erreur! c’est en vain que durant le trajet de la rue de la

Ville-l’Évêque à la rue Pigalle, elle martyrisa la jeune fille de ses

questions, elle n’en obtint que cette réponse invariable et obstinée:

--Il n’y a rien eu... Que voulez-vous qu’il y ait eu?

De sa vie la «générale» n’avait été plus irritée.

--Pécore!... pensait-elle. Qui a jamais vu un entêtement pareil!...

Mademoiselle pose pour la discrétion! Une fille de rien... Je la

battrais!

Elle ne la battit pas, mais lorsqu’elles arrivèrent:

--Vous sentez-vous la force de remonter l’escalier seule?

demanda-t-elle.

--Oui, madame.

--Alors, je vous quitte... Vous savez que Klopen m’attend à une heure

précise, et je n’ai pas déjeuné... Et surtout rappelez-vous que mes gens

sont à vos ordres; commandez, vous êtes chez vous...

Non sans peine, non sans être contrainte de s’arrêter plusieurs fois,

Mlle Marguerite parvint à l’appartement de la «générale.»

--Où est madame? lui demanda la femme de chambre qui lui ouvrit.

--Elle fait des courses...

--Rentrera-t-elle dîner?

--Je ne sais pas.

--C’est que voilà trois fois que M. Gustave vient, il dit que c’est

dégoûtant de ne jamais trouver personne, et il fait une vie, une vie!...

Et avec cela, les ouvriers nous mettent dans le gâchis jusqu’au cou!...

Baraque, va!...

Déjà Mlle Marguerite avait gagné sa chambre et s’était jetée sur son

lit...

Elle souffrait horriblement... L’âme vaillante tenait bon, mais le corps

succombait..... Ses artères battaient avec une violence inouïe, elle

sentait un froid glacial lui monter des pieds jusqu’au cœur, sa tête

brûlait comme si elle y eût eu un brasier...

--Mon Dieu!... pensait-elle, est-ce que je vais tomber malade au dernier

moment, et quand j’ai le plus besoin de toutes mes forces...

Elle essaya de dormir.... mais le pouvait-elle? Comment se délivrer de

l’odieuse obsession!... Sa mère!... Penser qu’une telle femme était sa

mère!... N’était-ce pas à mourir de douleur et de honte! et il fallait

la sauver, anéantir avec ses lettres la preuve de son crime... Le

pouvoir du vieux juge de paix irait-il jusque-là?...

Et cependant elle se demandait si elle n’avait pas été trop cruelle,

trop dure... Criminelle ou non, la baronne était sa mère... De quel

droit s’était-elle montrée impitoyable, quand tendre la main à cette

misérable femme, c’eût été peut-être l’arracher à son affreuse

existence.

Ainsi elle songeait, oubliée dans sa petite chambre... Les heures

passaient; et le jour commençait à baisser quand, dans la rue, sous ses

fenêtres, un cri strident retentit:

--Pi... ouit!...

Ce fut comme une commotion électrique. D’un bond elle fut sur pied.

Ce cri, c’était le signal dont elle était convenue avec ce jeune garçon

qui chez M. Fortunat s’était si soudainement déclaré son auxiliaire.

Pourtant, ne s’abusait-elle pas?... Non... Elle écouta: le cri se fit

entendre une seconde fois, plus aigu et plus prolongé.

Il n’y avait pas à hésiter, elle descendit... L’espoir versait comme un

sang nouveau dans ses veines et réveillait en elle une toute-puissante

énergie...

Arrivée au seuil de la porte de la rue, elle s’arrêta, regardant...

Tout près, à droite, un jeune garçon en blouse semblait examiner

attentivement un magasin... Il se rapprocha encore, et vivement:

--Suivez-moi à dix pas, dit-il, jusqu’à ce que je m’arrête.

--C’est bien lui!... pensa Mlle Marguerite.

Et palpitante, elle le suivit...

C’était Victor Chupin, en effet, passablement meurtri de sa lutte du

matin, un œil quelque peu poché, mais heureux jusqu’au délire.

Heureux, et cependant inquiet. Et tout en précédant la jeune fille, il

murmurait:

--Comment lui annoncer que j’ai réussi? Pas de bêtises?... Si je lui dis

la chose tout d’un coup, elle est capable de s’en faire une émotion à en

être malade... Il faudrait amener ça insensiblement, en douceur.

Arrivé à la rue Boursault, ayant tourné le coin, il s’arrêta, et Mlle

Marguerite le rejoignit, demandant d’une voix troublée:

--Eh bien?...

--Ça marche, répondit-il, petitement, mais néanmoins assez bien...

--Vous savez quelque chose, monsieur!... Parlez!... Ne voyez-vous pas

mon angoisse!...

Il ne la voyait que trop, au contraire, son hésitation en redoublait, et

furieusement il se grattait la tête...

Enfin prenant son parti:

--Pour lors, mademoiselle, reprit-il, appuyez-vous contre le mur, là,

encore un peu... Et maintenant, tenez-vous bien... oui, comme ça... Y

êtes-vous?... Eh bien!... j’ai retrouvé M. Férailleur...

Sage avait été la précaution de Chupin, car Mlle Marguerite

chancela... Un tel succès, si prompt, c’était inouï!...

--Est-ce bien possible, mon Dieu!... murmura-t-elle...

--Tellement possible, que j’ai là dans ma poche une lettre de M.

Férailleur pour vous, mademoiselle... La voici, et il y a une réponse.

Elle la prit, cette lettre, elle brisa le cachet d’une main tremblante

et lut:

«Je touche au but, mon amie. Un pas encore, et nous triomphons...

Mais il faut que je vous parle aujourd’hui même, à tout prix...

«Ce soir, donc, à partir de huit heures, ma mère vous attendra dans

un fiacre rue Boursault, au coin de la rue Pigalle.

«Venez, et que la crainte des soupçons des Fondège ne vous arrête

pas... Ils sont désormais hors d’état de vous nuire...

«PASCAL.»

--J’irai! répondit Marguerite.

Mille obstacles pouvaient entraver le dessein de Mlle Marguerite...

Il était à craindre que Mme Léon, invisible depuis le matin, ne

reparût tout à coup, ou que le «général» et sa femme ne rentrassent

diner.

Que répondrait-elle si on lui demandait où elle voulait aller, seule, à

pareille heure?...

Et si on s’avisait de s’opposer à ce qu’elle sortît, quel parti prendre?

N’importe, elle ne délibéra ni ne disputa... Pascal avait parlé, cela

suffisait pour qu’elle fût déterminée à obéir aveuglément, coûte que

coûte... S’il lui conseillait une démarche, c’est qu’il la jugeait bonne

et utile, et elle s’estimait heureuse de s’abandonner à la volonté de

celui en qui elle avait une confiance sans bornes.

Mais aucune de ses appréhensions fâcheuses ne devait se réaliser.

L’heure du dîner vint, passa, et la maison resta déserte... Les ouvriers

s’étaient retirés et on n’entendait plus rien qu’un grand bruit de

ripaille à l’office.

Même, se sentant faible, car elle n’avait rien pris de la journée, elle

eut de la peine à obtenir des domestiques quelque chose à manger, un

potage et une tranche de viande froide, qu’on lui servit en rechignant,

sur un coin de table, sans nappe.

La demie de sept heures sonnait, comme elle finissait ce dîner

sommaire... Elle laissa s’écouler un moment encore, puis, craignant de

faire attendre Mme Férailleur, elle descendit.

Rue Boursault, à la place indiquée, un fiacre stationnait. Les glaces en

étaient baissées, et, dans l’ombre, vaguement, on distinguait le visage

et les cheveux blancs d’une femme âgée.

Rapidement, après un regard autour d’elle, pour s’assurer qu’on ne

l’avait pas suivie, Mlle Marguerite s’approcha.

--Montez vite, mademoiselle, lui dit une voix bienveillante.

Elle monta, et la portière n’était pas refermée, que le cocher,

enveloppant ses chevaux d’un vigoureux coup de fouet, les lança au

galop.

Évidemment, avec ses instructions, il avait reçu d’avance les arrhes

d’un magnifique pourboire.

Assises l’une près de l’autre sur la banquette du fond, la vieille femme

et la jeune fille gardaient le silence, s’observant à la dérobée,

cherchant à se dévisager toutes les fois que la voiture passait devant

quelque magasin fortement éclairé.

Elles ne s’étaient jamais vues, et leur anxiété de se connaître était

immense, chacune sentant bien que l’autre aurait sur sa vie une

influence décisive...

Qui eût été admis à l’intimité de Mme Férailleur eût sans doute

trouvé bien surprenante, bien extraordinaire, inouïe, la démarche

qu’elle hasardait en ce moment... Elle était cependant tout à fait dans

la logique de son caractère.

Tant qu’elle avait espéré détourner Pascal d’épouser Mlle Marguerite,

elle avait témoigné hautement et même exagéré ses préventions et ses

répugnances... Mais du moment où, vaincue par la passion de son fils,

elle se laissa arracher son consentement, le point de vue changea. La

jeune fille qui allait être sa bru lui devint sacrée, et veiller sur

elle, sur sa conduite, sur sa réputation lui parut le plus strict

devoir.

Or, elle avait jugé et décidé qu’il n’était pas convenable que la

fiancée de son fils courût seule les rues, le soir. Ne serait-ce pas

compromettre son honneur, et plus tard, la venimeuse Mme de Fondège

ne calomnierait-elle pas cette sortie? Et elle était venue, la rigide

bourgeoise, afin de pouvoir répondre:

--J’étais là!...

Quant à Mlle Marguerite, après les horribles agitations de la

journée, elle s’abandonnait sans réserve à la douceur des émotions qui

la pénétraient...

Bien des fois Pascal lui avait dit les préjugés de Mme Férailleur, et

l’inflexibilité de ses principes... Mais il lui avait dit aussi son

énergie, l’élévation de son esprit et de son cœur, et qu’elle était

bonne entre les meilleures et les plus dévouées...

Mais pour la jeune fille, une considération qu’elle ne s’avouait

peut-être pas, effaçait toutes les autres... Mme Férailleur était la

mère de Pascal... Pour cela seul, elle l’eût adorée...

Comment n’eût-elle pas béni cette femme qui, veuve, ruinée par un

misérable, s’était vaillamment remise au travail pour élever son fils,

et en avait fait un homme... l’homme que, librement, Mlle Marguerite

avait choisi entre tous...

Elle se fût agenouillée devant cette bourgeoise si simple et si grande,

si elle l’eût osé... elle lui eût baisé les mains!...

Et si son cœur se serra, pendant qu’elle franchissait la distance qui

séparait ses espérances de la réalité, c’est que pendant qu’elle

admirait cette mère incomparable, le souvenir de sa mère, à elle, de la

baronne Trigault, lui revint...

Le fiacre, cependant, avait dépassé les boulevards extérieurs, et il

cahotait sur la route d’Asnières, au grand galop des chevaux

incessamment fouaillés.

--Nous approchons, dit Mme Férailleur.

Ce que répondit Mlle Marguerite, on ne l’entendit pas; elle

étouffait.

Le cocher venait de tourner court la route de la Révolte; il ne tarda

pas à ralentir l’allure de ses bêtes.

--Regardez, mademoiselle, dit encore Mme Férailleur, voici notre

maison là-bas.

Sur le seuil, la tête nue, les cheveux au vent, haletant d’impatience et

d’espoir, un homme était debout, qui comptait les secondes aux

battements furieux de ses tempes... Pascal.

Il n’attendit pas que la voiture s’arrêtât...

Bondissant jusqu’à la portière, il l’ouvrit, et Mlle Marguerite se

trouvant de son côté, il l’attira à lui, l’enleva entre ses bras, et

l’emporta dans la maison en poussant un grand cri de joie...

Elle n’eut pas le temps de se reconnaître. Il la déposa sur un méchant

fauteuil, et se laissant tomber à genoux devant elle:

--Enfin je vous revois, ô ma Marguerite bien-aimée!... s’écria-t-il...

Vous êtes à moi, rien ne nous séparera plus!...

Ils sanglotaient... Forts contre l’adversité, ils succombaient sous

l’excès de leur bonheur... Et ils demeuraient là, penchés l’un vers

l’autre, si près que leur souffle se mêlait, les mains enlacées, les

yeux dans leurs yeux, troublés jusqu’au plus profond d’eux-mêmes, le

visage inondé de larmes, palpitants à croire que leur cœur se

brisait... Debout, appuyée à l’huisserie de la porte, Mme Férailleur

pleurait.

--Comment vous dire tout ce que j’ai souffert... poursuivait Pascal

d’une voix saccadée. Les journaux vous ont tout appris, n’est-ce pas?...

qu’on m’a accusé de tricher au jeu; qu’on m’a appelé voleur en face;

qu’on a levé la main sur moi pour me fouiller; que mes amis les plus

intimes m’ont renié; que j’ai été chassé du Palais... Tout cela est

horrible, n’est-ce pas?... Eh bien! non, ce n’est rien, comparé à la

douleur atroce, insoutenable que j’ai ressentie en pensant que vous

ajoutiez foi à l’abominable calomnie qui me déshonorait.

Mlle Marguerite se dressa.

--Vous avez pensé cela, s’écria-t-elle, vous avez cru que je doutais de

vous, moi!... Comme vous, je suis accusée d’un vol ignoble... Me

soupçonnez-vous donc?...

--Dieu puissant! moi, vous soupçonner!...

--Alors pourquoi...

--Je n’avais plus ma raison, Marguerite, mon unique amie, j’étais

fou!... Qui ne l’eût été à ma place!... C’était le lendemain du

guet-apens infâme... J’avais fait demander Mme Léon, et je l’avais

chargée pour vous d’une lettre où je vous conjurais de m’accorder cinq

minutes...

--Hélas! je ne l’ai pas reçue, cette lettre.

--Je le sais maintenant, mais alors!... Alors, je suis allé vous

attendre à la petite porte du jardin... mais c’est Mme Léon qui est

venue... Elle m’apportait un billet au crayon, signé de votre nom, et

qui était un éternel adieu... Et moi, insensé, je n’ai pas reconnu que

ce billet était un faux...

Mlle Marguerite était confondue. Le voile se déchirait, la vérité lui

apparaissait plus claire que le jour...

Elle se rappelait la confusion de l’indigne femme de charge, quand le

lendemain de la mort du comte de Chalusse, elle l’avait surprise

rentrant du jardin tout en désordre...

--Eh bien! reprit-elle, savez-vous ce que je faisais, moi, Pascal,

presque au même moment?... Épouvantée de ne pas recevoir de vos

nouvelles, je courais rue d’Ulm, et là j’apprenais que vous veniez de

vendre votre mobilier et de partir pour l’Amérique... Une autre femme

peut-être se serait crue abandonnée... moi, non... J’étais sûre que

vous n’aviez pas fui lâchement, et que si vous vous cachiez, c’était

pour frapper plus sûrement vos ennemis.

--Ne m’accablez pas, Marguerite... C’est vrai, de nous deux j’ai été le

plus faible...

Ils déliraient, ils divaguaient... Perdus dans le ravissement de l’heure

présente, ils oubliaient le passé et l’avenir, les angoisses de la

veille et les menaces du lendemain; tout, jusqu’à leurs ennemis encore

debout.

Mais Mme Férailleur veillait... Elle étendit les bras vers la

pendule, et d’une voix vibrante:

--Le temps marche, mon fils, prononça-t-elle, regarde... Chaque minute

qui s’écoule, compromet le succès... Qu’un soupçon amène ici la

Vantrasson, tout peut être perdu...

--Elle ne nous surprendrait pas, chère mère... Chupin m’a promis de ne

pas la perdre de vue... Si elle bougeait de sa boutique, il arriverait

vite ici, et en lançant une pierre contre les volets nous préviendrait.

Ce n’était pas assez pour satisfaire Mme Férailleur.

--Tu oublies, Pascal, insista-t-elle, que Mlle Marguerite doit être

rentrée à dix heures si elle se résigne au sacrifice que tu attends de

son courage...

C’était la voix même du devoir, qui rappelait Pascal au sentiment amer

de la réalité. Il se releva lentement, et après s’être recueilli une

minute, maîtrisant son émotion:

--Avant tout, Marguerite, ma bien-aimée, commença-t-il, je vous dois la

vérité et l’exposé exact de notre situation... Pressé par les

événements, j’ai dû agir sans vous consulter et disposer en quelque

sorte de votre personne... Ai-je eu tort ou raison?... Soyez juge...

Et, sans s’arrêter aux protestations de la jeune fille, rapidement il

lui expliqua comment et par quel concours de circonstances favorables il

avait réussi à se glisser dans l’intimité de M. de Valorsay, à pénétrer

ses desseins les plus secrets et à devenir en apparence son complice.

--Le but de ce misérable, poursuivait-il, est bien simple... Il prétend

vous épouser. Pourquoi?... Parce que, sans vous en douter, vous êtes

riche, mon amie, riche de toute la fortune du comte de Chalusse, votre

père...

Cela vous surprend, n’est-ce pas? Eh bien! écoutez-moi.

Trompé par le marquis de Valorsay, le comte de Chalusse lui avait promis

votre main... Ah! les choses étaient terriblement avancées sans qu’on

vous eût prévenue, et tout était réglé et convenu...

Dès le principe, cependant, une grave difficulté s’était présentée. Le

marquis voulait que votre père vous reconnût avant le mariage, et lui,

résistait. «Cela m’exposerait aux plus sérieux dangers, disait-il... Je

reconnaîtrai Marguerite par mon testament, en même temps que je

l’instituerai ma seule héritière...» Mais le marquis n’entendait pas de

cette oreille: «Je ne doute pas de vos dispositions actuelles, mon cher

comte, objectait-il, seulement rien ne m’assure et vous n’êtes pas

certain vous-même qu’elles ne changeront pas... Supposez une brouille,

votre héritage nous échappe...»

Cette difficulté les arrêtait depuis longtemps, l’un exigeant des

garanties, l’autre s’obstinant à n’en point donner, quand enfin M. de

Chalusse s’avisa d’un expédient qui conciliait tout.

Il remit à M. de Valorsay un testament par lequel il vous reconnaissait

et vous léguait toute sa fortune...

Cet acte inattaquable, le marquis l’a conservé précieusement. Il s’est

bien gardé d’en parler et le brûlerait plutôt que de vous le rendre.

Mais du jour où vous seriez sa femme, il le produirait et recueillerait

ainsi les millions du comte de Chalusse...

--Ah! le vieux juge de paix avait deviné juste... murmura Mlle

Marguerite.

Pascal ne l’entendit pas.

Toutes ses facultés étaient absorbées par la nécessité d’être clair,

d’être bref surtout, car il avait bien des choses à dire encore et

l’heure avançait...

--Pour ce qui est de la somme énorme qu’on vous accuse d’avoir

détournée, continuait-il, je sais ce qu’elle est devenue... Elle est

entre les mains de M. de Fondège...

--Je le sais, Pascal, j’en suis sûre, mais la preuve, la preuve!

--Elle existe, et c’est le marquis de Valorsay qui l’a.

--Est-ce possible, grand Dieu!... Ne vous abusez-vous pas?

--Je l’ai vue, mon amie, cette preuve accablante, irrécusable, je l’ai

touchée, je l’ai tenue... Et elle explique tout ce qui nous avait paru

inexplicable, incompréhensible, inouï...

La lettre reçue par M. de Chalusse le jour de sa mort lui était adressée

par sa sœur... Elle lui demandait sa part de la succession

paternelle, le menaçant d’un scandale terrible, s’il refusait de faire

droit à sa juste réclamation...

Le comte était-il décidé à tout braver plutôt que de s’exécuter? Il y a

lieu de le croire.

Ce qui est sûr, c’est qu’il haïssait d’une implacable haine non sa

sœur, peut-être, mais l’homme qui l’avait séduite et qui, plus tard,

inspiré par la cupidité, l’avait épousée. Mille et mille fois il avait

juré que jamais le mari ni la femme n’auraient un centime des sommes

immenses qu’il leur devait véritablement.

Dans de telles conditions, se croyant à la veille d’un procès, décidé à

dissimuler sa fortune, les fonds qu’il venait de réaliser

l’embarrassaient... Qu’en faire?

Il résolut de les confier à M. de Fondège, qui passait pour un

excentrique, mais dont la probité semblait au-dessus du soupçon...

Lors donc qu’il sortit, le soir vers six heures, il emportait les titres

au porteur et les paquets de billets de banque que vous aviez vus le

matin dans son secrétaire...

Que se passa-t-il entre votre père et le dépositaire choisi par lui?...

On ne peut que le soupçonner...

Ce qui est prouvé pour moi et que je prouverai, c’est que M. de Fondège

accepta le fidéicommis et qu’il en donna un reçu en forme de lettre.

Il était ainsi conçu:

«_Je reconnais, mon cher comte de Chalusse, avoir reçu de vous,

aujourd’hui jeudi, 15 octobre 186..., la somme de_ DEUX MILLIONS

DEUX CENT CINQUANTE MILLE FRANCS, _que je déposerai en mon nom à la

Banque de France, pour les remettre à Mlle Marguerite, votre

fille, le jour où elle me représentera cette lettre._

«_Et croyez, mon cher comte, à l’absolu dévouement de votre vieux

camarade._

«Gal DE FONDÈGE.»

Mlle Marguerite était confondue.

--Qui donc a pu vous révéler ces détails si précis?...

interrogea-t-elle.

--Le marquis de Valorsay, mon amie, et vous allez comprendre comment.

Cette lettre pliée--sans enveloppe--M. de Fondège y écrivit l’adresse de

son «vieux camarade.» M. de Chalusse se proposait de la mettre à la

poste, afin que le timbre lui donnât une date certaine.

Mais une fois dehors, réfléchissant, il eut peur. Il se dit que c’était

chose bien fragile que cette feuille de papier, seule preuve qui existât

du dépôt qu’il venait de remettre à l’honneur de M. de Fondège. Elle

pouvait s’égarer, cette feuille, se perdre, être brûlée ou volée, que

sait-on?... Alors qu’adviendrait-il? Combien de fois n’a-t-on pas vu des

fidéicommissaires trahir la confiance dont ils avaient paru dignes!...

Avec de telles idées, M. de Chalusse devait s’inquiéter d’un moyen de se

garantir d’un malheur non probable, mais possible. Il le chercha et le

trouva.

Passant devant le magasin d’un papetier, il y entra, acheta une de ces

presses dont les négociants se servent pour leur correspondance, et,

sous prétexte de l’essayer, donna à copier la lettre de M. de Fondège.

L’opération terminée, il prit la feuille où se trouvait reproduit le

reçu et la mit sous une enveloppe à l’adresse du marquis de Valorsay.

Et, tranquille désormais, il jeta à la poste et la lettre et la

reproduction.

Quelques instants plus tard, il montait en voiture et était frappé d’une

attaque d’apoplexie...

Si extraordinaires que dussent paraître les explications de Pascal,

Mlle Marguerite ne doutait certes pas de leur exactitude.

--Alors, demanda-t-elle, c’est la reproduction, que vous avez vue entre

les mains du marquis de Valorsay?

--Oui.

--Et l’original?

--M. de Fondège seul pourrait dire ce qu’il est devenu. Ce qui est

évident, c’est qu’il a réussi à s’en emparer. Se livrerait-il à des

dépenses insensées, s’il n’était pas persuadé que toute preuve du

fidéicommis est anéantie!... Peut-être, en apprenant la mort si soudaine

de M. de Chalusse, a-t-il séduit le concierge, qui a guetté sa lettre et

la lui a rendue?... A ce sujet, j’en suis réduit aux conjectures. S’il

désire que vous épousiez son fils, c’est que probablement il lui paraît

trop affreux de vous laisser dans la misère pendant qu’il jouit de la

fortune qu’il vous a volée. Les pires coquins ont de ces scrupules. D’un

autre côté, vous marier à son fils serait s’assurer contre toutes les

chances de l’avenir...

Il se tut un moment, cherchant s’il n’oubliait rien, et plus lentement:

--Vous le voyez, Marguerite, les preuves de votre innocence existent,

palpables, plus claires que le jour, indiscutables... Malheureusement,

j’ai été pour moi moins heureux que pour vous... Vainement j’ai essayé

de rassembler des preuves matérielles du guet-apens dont j’ai été

victime... Je n’ai à fournir que des témoignages, toujours discutables,

et c’est seulement en démontrant l’infamie du marquis de Valorsay et du

vicomte de Coralth que je puis me réhabiliter...

Une joie immense, sans mélange, illuminait le visage de Mlle

Marguerite...

--Enfin, je puis donc vous servir à mon tour, ô mon unique ami!

s’écria-t-elle. Ah! que béni soit Dieu qui m’a si bien inspirée, et qui

me récompense ainsi d’une heure de courage!... L’idée de mon pauvre

père, je l’ai eue, Pascal, oui, la même absolument, n’est-ce pas

étrange!... Cette preuve matérielle de votre innocence, que vous avez

inutilement cherchée, je l’ai, écrite et signée du marquis de

Valorsay... De même que M. de Fondège, il croit anéantie la lettre qui

l’accuse et l’accable, il l’a brûlée, et cependant elle existe.

Et tirant de son corsage une des épreuves qui lui avaient été remises

par la photographie Carjat, elle la tendit à Pascal, en disant:

--Lisez!...

D’un coup d’œil, Pascal embrassa cette épreuve, fac-simile

merveilleux de la lettre adressée par le marquis de Valorsay à Mme

Léon.

--Ah!... c’est le coup de grâce du misérable!... s’écria-t-il.

Et s’approchant de Mme Férailleur, toujours immobile et roide, contre

la porte:

--Regarde, mère, ajouta-t-il, regarde!...

Et du doigt il lui fit suivre mot à mot, cette phrase accablante, si

explicite que le jury le plus scrupuleux n’eût pas demandé plus:

«...J’ai combiné une mesure qui effacera complétement et à tout jamais

le souvenir de ce maudit P. F., si tant est qu’on daigne se souvenir de

lui, après le petit désagrément que nous lui avons ménagé chez la

d’Argelès...»

--Encore, n’est-ce pas tout, continua Mlle Marguerite. D’autres

lettres existent, qui complètent celle-ci, et qui, rapprochées, prouvent

la froide préméditation, et nomment l’abject complice, Coralth... Et ces

foudroyants témoignages sont au pouvoir d’un ancien complice du marquis,

un homme d’une honnêteté suspecte, devenu son ennemi... Il s’appelle

Isidore Fortunat, et demeure place de la Bourse...

Elle sentait arrêté sur elle, tenace et pénétrant, le regard de Mme

Férailleur... Elle eut l’intuition de ce qui se passait dans l’âme de la

rigide bourgeoise et comprit que son avenir et le bonheur de son mariage

se décidaient en ce moment.

Aussi, vivement, comme si elle eût espéré se dévoiler tout entière:

--Ma conduite n’a peut-être pas été celle d’une jeune fille, Pascal,

prononça-t-elle. Timide, inexpérimentée, saintement ignorante de la vie

et du mal, une jeune fille pieusement gardée par sa mère se fût abîmée

sous la honte et n’eût trouvé que des larmes et des prières... J’ai

pleuré aussi, moi, j’ai prié, mais je me suis débattue, j’ai agi... A

l’heure du danger, il m’est venu quelque chose de la vaillance et de

l’énergie des pauvres femmes du peuple parmi lesquelles j’ai autrefois

gagné mon pain... Les misères du passé n’ont pas été perdues...

Et simplement, sans emphase, comme si elle eût conté la chose la plus

naturelle du monde, elle dit quelle lutte elle avait acceptée et

soutenue, seule contre tous, forte de sa foi en Pascal et de son

amour...

--Ah!... tu es une bonne et courageuse fille, toi!... s’écria Mme

Férailleur. Tu es digne de mon fils, et tu porteras fièrement notre nom

d’honnêtes gens!...

Déjà, depuis un moment, l’obstinée bourgeoise luttait en vain contre

l’attendrissement qui la gagnait, et de grosses larmes silencieuses

roulaient le long de ses joues ridées...

N’y tenant plus, elle jeta ses deux bras autour du cou de Mlle

Marguerite, et l’attirant contre sa poitrine, elle la tint longtemps

embrassée, en murmurant:

--Marguerite! ma fille!... Ah! combien elles étaient injustes, mes

préventions!

Pascal eût dû être transporté de joie. Non, cependant. Son front de plus

en plus se plissait, et c’est d’une voix sourde qu’il dit:

--Voilà donc le bonheur qui est là, là!... Pourquoi faut-il qu’une

dernière épreuve, qu’une dernière humiliation nous en sépare!

Mais Mlle Marguerite se sentait des forces à affronter en souriant le

martyre...

--Parlez, Pascal, dit-elle, ne voyez-vous pas qu’il va être dix

heures!...

Lui hésitait, ses yeux se troublaient, sa respiration haletait, et c’est

avec l’empressement du désespoir qu’il reprit:

--Il fallait vaincre, n’est-ce pas, pour vous, pour moi, à tout prix!...

Voilà l’excuse de l’horrible expédient que j’ai adopté... M. de

Valorsay, vous l’avez vu, se vante à Mme Léon d’avoir un moyen de

briser vos résistances... et il croit en effet l’avoir... Comment je ne

l’ai pas tué de mes mains, quand il me l’a exposé... c’est que je veux

une vengeance bruyante comme l’outrage, plus sûre, plus terrible, plus

lente surtout... Ce moyen, un scélérat tel que lui pouvait le concevoir.

Par son âme damnée, Coralth, il a attiré chez lui le fils de la sœur

du comte de Chalusse, son unique héritier en ce moment... C’est un

malheureux, sans cœur, sans intelligence, sans esprit, tout vanité

stupide et ridicules prétentions, ni meilleur ni pire que bien d’autres

qui font figure... il a nom Wilkie Gordon. Sans peine le marquis s’est

emparé de ce pauvre idiot, et lui a persuadé qu’il était de son devoir

de vous dénoncer au procureur impérial comme ayant détourné de la

succession de M. de Chalusse une somme de deux millions, et comme ayant

aussi vous, vous, Marguerite, empoisonné le comte.

La jeune fille haussa les épaules.

--Pour ce qui est du vol, fit-elle, nous avons une réponse... Quant à

l’empoisonnement... en vérité l’accusation est trop stupide!...

Mais Pascal restait sombre.

--Pas si stupide... fit-il. Un médecin s’est rencontré, un indigne, un

lâche et vil gredin, qui pour de l’argent consent à appuyer la

dénonciation...

--Le docteur Jodon, n’est-ce, pas?...

--Oui... Et ce n’est pas tout. Sous les scellés, dans le secrétaire du

comte, est le flacon dont il a bu deux gorgées le jour de sa mort... Eh

bien!... dans la nuit de demain, Mme Léon doit ouvrir la porte du

jardin de l’hôtel de Chalusse à un immonde scélérat qui, sans que les

scellés en gardent trace, se charge de faire disparaître le flacon...

La jeune fille frissonna; elle comprenait l’infernale combinaison.

--Je pouvais être perdue!... murmura-t-elle.

Affirmativement, Pascal hocha la tête.

--M. de Valorsay voulait que vous vous vissiez perdue, prononça-t-il,

avant de vous proposer de l’épouser s’il vous sauvait... Je dois dire

que M. Wilkie ignore quels atroces projets il sert... Il n’y a dans le

secret entier du marquis que M. de Coralth, et c’est moi qui, sous le

nom de Mauméjan, suis leur conseiller... C’est donc à moi que, sur

l’avis de M. de Valorsay, M. Wilkie est venu demander un projet de

dénonciation... Je le lui ai rédigé, Marguerite, tel que le souhaitait

notre ennemi, terrible, accablant en apparence, groupant avec un art

perfide les rapports des valets et les soupçons du médecin, établissant

la connexité du meurtre et du vol, demandant une enquête... Et ce projet

de dénonciation, M. Wilkie l’a recopié de sa main, signé, mis sous

enveloppe... et il a dû le porter lui-même au parquet...

Mlle Marguerite s’affaissa sur un fauteuil.

--Vous avez fait cela! balbutia-t-elle.

--Il le fallait, ma fille! déclara Mme Férailleur.

--Oui, il le fallait, reprit Pascal, indispensablement et vous allez le

comprendre... Institution humaine, bornée en ses moyens, la Justice ne

saurait sonder les âmes, scruter les pensées, ni poursuivre des projets,

si abominables qu’ils soient et si près qu’on les suppose de la

réalisation... Pour qu’elle intervienne, la Justice, il lui faut un fait

matériel, tangible, tombant sous le sens, ce qu’on appelle un

commencement d’exécution... Vous arrêtée, les crimes de M. de Valorsay

et des misérables qu’il emploie tombent sous le coup de la loi... Vous

arrêtée, je cours prendre votre vieil ami le juge de paix, et ensemble

nous nous rendons chez le juge d’instruction à qui nous expliquerons

tout... Votre innocence démontrée, et l’infamie des autres, que

pensez-vous que fasse la justice?... Prudemment elle attendra que nos

ennemis se déclarent, afin de les prendre tous d’un seul coup de filet,

et que pas un n’échappe... Dans la nuit de demain des agents habiles

surveilleront l’hôtel de Chalusse... et, au moment où Mme Léon et le

misérable qu’elle doit guider se croiront sûrs du succès, ils seront

pris sur le fait et arrêtés... Interrogés par un magistrat instruit de

tout, pourront-ils nier?... Non, évidemment... Leurs aveux détermineront

l’action de la justice, et pénétrant à l’improviste chez M. de Valorsay,

elle y saisira le testament de votre père, le reçu de M. de Fondège, en

un mot toutes les preuves du crime... Et à l’heure de cette

perquisition, tous nos ennemis, rassurés par votre arrestation, se

trouveront à une grande soirée de jeu que donne le baron Trigault... J’y

serai aussi!...

La défaillance de Mlle Marguerite avait peu duré.

Elle se leva, et d’une voix ferme:

--Vous avez agi comme vous deviez, prononça-t-elle.

--Ah!... c’est qu’il n’était pas d’autre expédient... Et encore, si

celui-là vous répugnait trop... C’est pour cela que j’ai voulu vous

voir...

Du geste elle l’interrompit.

--Quand dois-je être arrêtée? demanda-t-elle.

--Ce soir ou demain...

--Bien... Je n’ai plus qu’une prière à vous adresser... Les Fondège ont

un fils qui n’est pas coupable, lui, et qui cependant sera plus

cruellement puni qu’eux si nous ne les épargnons. Ne pourriez-vous

pas...

--Je ne puis plus rien, Marguerite...

Tout était décidé. Mlle Marguerite tendit son front à Pascal, et

sortit suivie de Mme Férailleur qui voulut absolument la reconduire

au coin de la rue Boursault.

Le «général» et sa femme étaient enfin rentrés quand rentra Mlle

Marguerite. Elle les trouva dans le salon, le visage décomposé et si

tremblants que leurs dents claquaient.

Avec eux était un homme à moustache qui, dès qu’elle parut, dit:

--Vous êtes Mlle Marguerite, n’est-ce pas?... Au nom de la loi, je

vous arrête... Voici le mandat.....

Et il l’emmena.

La vie infernale 1. Pascale et Marguerite; 2. Lia d'Argelès · 第 134 / 138 题