--Ah! remettez vos simagrées à un autre jour, dit-il brutalement. Qu’y
a-t-il? Parlez.
La digne femme de charge leva les bras au ciel, et d’un accent plaintif:
--Des tas d’histoires!... gémit-elle. D’abord, Mlle Marguerite a
écrit deux lettres... A qui? impossible de le savoir. Secondement, elle
est restée hier plus d’une heure dans le salon, avec le fils du
«général,» le lieutenant Gustave, et en se quittant, ils se sont donné
une poignée de main, comme une paire d’amis, en disant: «C’est convenu.»
--Si ce n’est que cela!
--Minute, vous allez voir... Ce matin, Mademoiselle est allée avec
Mme de Fondège chez la baronne Trigault. Que s’est-il passé? Il faut
que ce soit terrible, car on a ramené Mademoiselle comme morte, dans une
voiture du baron...
--Vous entendez, vicomte, fit M. de Valorsay.
--Très-bien! j’aurai l’explication demain.
--Enfin, reprit Mme Léon, voilà le bouquet: Ce soir, sur les cinq
heures, je revenais de faire une commission, quand il me semble voir
mademoiselle sortir et remonter la rue Pigalle... Moi qui la croyais
couchée, je me dis: «C’est drôle.» Je hâte le pas... C’était bien elle.
Naturellement je la suis... Et qu’est-ce que je vois? Mademoiselle qui
s’arrête à causer avec une espèce de vaurien en blouse. Ils ont échangé
un billet, et dare dare Mademoiselle est rentrée. Et me voilà... Sûr,
elle trame quelque chose... Que faire?...
Si M. de Valorsay fut effrayé, il n’en parut rien sur son visage.
--Merci de votre empressement, chère dame, prononça-t-il; mais tout cela
n’est rien... Rentrez bien vite, vous recevrez demain mes
instructions...