M. de Valorsay réfléchit une minute; puis d’un air solennel:

--Je croirais, dit-il, mon honneur intéressé à éclaircir jusqu’en ses

moindres détails cette ténébreuse affaire... Avant de recueillir la

succession d’un homme, c’est bien le moins qu’on sache de quoi il est

mort, et qu’on la venge s’il a été lâchement assassiné...

Pour M. Wilkie, l’oracle avait parlé:

--Tel est exactement mon avis, déclara-t-il... Mais pour éclaircir le

mystère, cher marquis, comment vous y prendriez-vous?...

--Je m’adresserais à la justice.

--Ah!...

--Et dès aujourd’hui, sur l’heure, sans perdre une seconde,

j’adresserais une plainte au procureur impérial... affirmative quant au

vol qui est patent, dubitative pour ce qui est de l’empoisonnement...

--En effet, oui, c’est une idée, cela... Mais il y a un petit

inconvénient... Je ne saurais jamais formuler une plainte...

--Je ne le saurais pas plus que vous, mais le premier homme d’affaires

venu vous rédigera cela... En avez-vous un?... Voulez-vous que je vous

donne l’adresse du mien?... C’est un avocat très-habile et très-entendu,

qui a pour clients presque tous les membres de mon cercle...

Cette dernière raison, à elle seule, eût suffi pour fixer le choix de M.

Wilkie.

--Où trouver cet homme de bon conseil? interrogea-t-il.

--Chez lui... il y est toujours à cette heure... Tenez, voici un morceau

de papier et un crayon, pour prendre son adresse; écrivez: Mauméjan,

route de la Révolte... En lui disant que vous venez de ma part, il vous

traitera comme moi-même... La course est longue, mais mon coupé est dans

la cour, tout attelé, prenez-le, et la consultation terminée, revenez

ici me demander à dîner...

--Ah!... c’est trop de bonté, s’écria M. Wilkie... Vous me comblez, cher

marquis, parole sacrée... Je vole et je reviens!...

Et il s’éloigna radieux, et presque aussitôt on entendit le roulement de

la voiture qui l’emportait chez M. Mauméjan.

Le docteur, lui, avait déjà pris sa canne et son chapeau.

--Vous m’excuserez, M. le marquis, dit-il, de vous quitter si

brusquement, mais on m’attend, pour discuter un marché...

--Diable!...

--Tel que vous me voyez, je suis en pourparlers pour acheter un cabinet

de dentiste.

--Comment, vous!...

--Moi-même!... Tous me direz: «C’est déchoir...» Je vous répondrai: «Ce

sera vivre.» La médecine, de plus en plus, devient un métier maudit... A

courir la visite, on ne gagne pas l’eau qu’on dépense à se laver les

mains... Je trouve à acheter dans des conditions exceptionnelles un

cabinet tout agencé, bien achalandé, dans un bon quartier, pourquoi ne

le prendrais-je pas?... Une seule chose peut m’arrêter... le manque de

fonds...

Il n’y avait pas à en douter, ayant rendu le service qu’on attendait de

lui, le docteur en réclamait le prix... Avant de s’engager davantage, il

voulait savoir à quoi s’en tenir.

La vie infernale 1. Pascale et Marguerite; 2. Lia d'Argelès · 第 128 / 138 题