LIQUIDATIONS.--RÈGLEMENTS DE FAILLITES.

L’effet prestigieux de ce titre: «homme d’affaires,» on ne saurait

l’imaginer.

Il évoque aussitôt l’idée d’un personnage équivoque et louche, dangereux

interprète des subtilités de la loi, précurseur des huissiers et des

recors, redoutable et par conséquent bon à ménager.

--Ah!... Monsieur est homme d’affaires, dit le domestique, c’est une

autre histoire... que Monsieur prenne la peine de me suivre...

M. Fortunat prit cette peine, et on le conduisit dans le grand salon du

premier étage, où on le pria de s’asseoir pendant qu’on irait prévenir

Madame.

--Allons!... pensa-t-il, cela commence bien.

Et resté seul, il se mit à inventorier le salon, comme un général étudie

le terrain où il livrera bataille.

Nulle trace ne restait à cette heure des scènes lamentables de la nuit,

qu’un candélabre à demi brisé sur la cheminée. C’était celui dont

s’était armé Pascal Férailleur quand on avait parlé de le fouiller, et

qu’il avait jeté dans la cour en se retirant.

Mais ce détail ne frappa pas M. Isidore Fortunat. Ce qui l’intriguait,

c’était le vaste abat-jour disposé au-dessus du lustre, et dont il fut

un moment à comprendre l’usage et l’utilité.

Sans l’intimider précisément, le luxe de l’hôtel le surprenait.

--C’est princier ici.... grommelait-il. Voilà qui prouve bien que tous

les fous ne sont pas à Charenton!... Si Mme d’Argelès a manqué de

pain autrefois, il n’y paraît plus guère!...

Tout naturellement cette réflexion l’amenait à se demander comment une

femme si opulente avait pu devenir la complice du marquis de Valorsay,

et prêter les mains à une action si lâche et si ignoble qu’elle le

révoltait, lui, Fortunat.

--Ne serait-elle donc pas complice?... pensait-il.

Et, philosophiquement, il s’émerveillait des caprices du hasard, plaçant

le malheureux qui avait été sacrifié entre la fille non avouée et la

sœur inavouable du comte de Chalusse.

Ce rapprochement le fit tressaillir.

Un vague pressentiment, voix mystérieuse de l’instinct personnel, lui

disait que là était pour lui le nœud de la situation, et que de

l’antagonisme et de l’alliance de Mlle Marguerite et de Mme

d’Argelès, résulteraient des complications ou un dénoûment qui lui

profiterait s’il était habile.

Mais ses méditations furent soudainement troublées par le bruit d’une

discussion qui partait d’une pièce voisine.

Vivement il s’avança, espérant saisir quelque chose, et, en effet, il

entendit une grosse voix d’homme qui criait:

--Quoi!... je campe là une bouillotte corsée, je gaspille un temps

précieux à venir vous offrir mes services, et vous me recevez ainsi...

Parbleu!... cela m’apprendre à me mêler de ce qui ne me regarde pas...

Jusqu’au revoir, chère dame, vous saurez quelque jour, à vos dépens, ce

que vaut ce sire de Coralth que vous défendez si chaudement.

Ce nom de Coralth était de ceux qui se gravent d’eux-mêmes dans la

mémoire, et cependant M. Fortunat ne le remarqua pas sur le moment.

Toute son attention était absorbée par ce qu’il venait d’entendre, et il

s’efforçait de le rattacher au sujet de ses préoccupations.

Et pour l’arracher à ses conjectures, il ne fallut rien moins que le

frôlement d’une robe contre l’huisserie d’une porte.

Mme Lia d’Argelès entrait.

Elle était vêtue d’un très-élégant peignoir de cachemir gris à revers de

satin bleu, coiffée avec beaucoup de goût, elle n’avait oublié aucun des

artifices ordinaires de sa toilette, et cependant on lui eût donné plus

de quarante ans.

Son morne visage offrait l’expression d’une résignation désespérée, et

ses yeux rougis, entourés d’un cercle bleuâtre, trahissaient des larmes

récentes.

Elle toisa le guetteur d’héritages, et d’un ton bref aussi peu

encourageant que possible:

--Vous avez à me parler? interrogea-t-elle.

La vie infernale 1. Pascale et Marguerite; 2. Lia d'Argelès · 第 59 / 138 题