M. de Lamberthon hochait la tête.

«Il est allé un peu vite, murmura-t-il. On aurait pu attendre encore.

Rien ne pressait.

--Si, si, je vous assure, il fallait faire quelque chose, dit vivement

le jeune député. C'est justement là le génie...»

Il baissa la voix, il expliqua la situation politique avec des coups

d'oeil profonds. Les mandements des évêques, au sujet du pouvoir

temporel, menacé par le gouvernement de Turin, inquiétaient beaucoup

l'empereur. D'autre part, l'opposition se réveillait, le pays traversait

une heure de malaise. Le moment était venu de tenter la réconciliation

des partis, d'attirer à soi les hommes politiques boudeurs en leur

faisant de sages concessions. Maintenant, il trouvait l'empire

autoritaire très défectueux, il transformait l'empire libéral en une

apothéose dont l'Europe entière allait être éclairée.

«N'importe, il a agi trop vite, répétait M. de Lamberthon, qui hochait

toujours la tête. J'entends bien, l'empire libéral; mais c'est

l'inconnu, cher monsieur, l'inconnu, l'inconnu...» Et il dit ce mot sur

trois tons différents, en promenant sa main devant lui, dans le vide. M.

La Rouquette n'ajouta rien; il finissait son grog. Les deux députés

restèrent là, les yeux perdus, regardant le ciel par la baie ouverte,

comme s'ils avaient cherché l'inconnu au-delà du quai, du côté des

Tuileries, où flottaient de grandes vapeurs grises. Derrière eux, au

fond des couloirs, l'ouragan des voix grondait de nouveau, avec le

vacarme sourd d'un orage qui s'approche.

Son Excellence Eugène Rougon · 第 23 / 26 题