LE JEUNE HOMME VIEILLARD.

Souffrez, amis, que je vous dise

Le triste état de mes amours;

Je vais le faire avec franchise,

Ne vous y fiez pas toujours:

Déplorez tous mon sort funeste,

L'hiver succède à mon printemps.

Ah! quand on y va de son reste,

Hélas! c'est bien le pauvre temps!

Quand j'aperçois cette bergère

Auprès de son heureux berger;

Quand je songe à ce qu'il doit faire,

Oui, je suis prêt d'en enrager:

Auprès d'un objet qu'il adore,

Ses feux sont toujours renaissants....

Vainement je l'appelle encore

La vigueur de mon ancien temps!

A cinquante ans, nos joyeux pères

Brûlaient jadis de nouveaux feux!

Aujourd'hui, quels effets contraires!

A trente ans je suis déjà vieux.

Comme à Titan, l'Aurore aimable

Devrait ressusciter mes sens;

Mais, hélas! ce n'est qu'une fable

Des annales du bon vieux temps.

Pour m'en consoler, reprit le chanteur, buvons du vin de Palme jusqu'à

ce que l'air de France me rajeunisse, et disons en dépit du sort:

Amis, jusqu'en notre vieillesse

Ménageons-nous d'heureux moments;

C'est un songe que la vieillesse

Après la saison des amants.

Vivent les plaisirs de la table;

L'automne vaut bien le printemps:

Savourons ce jus délectable,

Croyez-moi, c'est-là le bon temps.

Le chanteur parisien Recueil des chansons de L.A. Pitou · 第 56 / 102 题