Pierre Noël Le Cauchois avait servi long-temps dans un régiment de
dragons où il avait mérité et obtenu des distinctions et des grades;
mais son bon coeur l'ayant porté à défendre les opprimés, il embrassa
la profession d'avocat. Cet homme généreux et infatigable, qui s'était
ruiné pour faire éclater dans tout son jour l'innocence de la fille
Salmon, est mort à Paris, le 16 février 1788, dans l'indigence la plus
déplorable. Ses amis seuls suivirent son convoi en fondant en larmes,
et ce fut monsieur Cosson qui, ne voulant point qu'un homme si
estimable fût enterré par charité, paya les frais de son enterrement à
Saint-Sulpice. Voici ce que le propriétaire de la maison qu'occupait
le vertueux Le Cauchois écrivit le jour de sa mort à monsieur Cosson.
«Monsieur, je vous donne avis que le pauvre monsieur Le Cauchois vient
de mourir dans la plus affreuse misère, n'ayant pas laissé un sou pour
se faire enterrer; vous étiez son ami, monsieur, voyez à régler la
manière dont nous lui ferons rendre les derniers devoirs.»
Voilà la fin d'un citoyen qui venait d'arracher un être innocent du
bûcher. Il ne faisait que du bien. Il est mort indigent, sans
ostentation; donnez à ses mânes des larmes de repentir et de
reconnaissance pour le siècle qui a ressuscité un Aristide au milieu
de tant d'Alcibiades.