en 1801.
_Loyauté, Commerce, et Usure._
Durant le fameux hiver de 1784 une femme, chargée d'un poêlon de
cuivre, se présenta chez le sieur Crugeon, chaudronnier sur le pont
Marie, à Paris. «Il y a sept mois, lui dit-elle, que vous m'avez vendu
cet ustensile; je le payai huit livres dix sous, et vous me promîtes
de le reprendre à sept livres dix sous, si je voulais m'en défaire
dans l'année. Mais ne pouvant prévoir que nous eussions un hiver si
rigoureux, je suis obligée de m'en défaire; reprenez votre poêlon et
donnez-moi ce qu'il vous plaira. Je loge maintenant à l'autre bout de
la ville. Je l'ai offert à cinq ou six personnes, aucun n'a passé le
prix de trois livres dix sols. Je vous reconnais et je reconnais le
poêlon, répondit l'artisan. Vous avez eu tort de l'offrir à cinq ou
six personnes, il fallait venir droit à moi: je suis homme de parole
en hiver comme en été; voilà vos sept livres dix sous.»
_Beau modèle de franchise et de probité de l'artisan: voilà la vraie
justice. Voici l'usure._
Durant le même hiver, un homme de lettres malade entra chez un riche
bijoutier dont on rougit de dire le nom, et lui dit: «Vous m'avez
vendu il y a six mois, avec garantie, une pendule que je vous payai
cinq cents livres. Je suis forcé de m'en défaire; voyez pour quelle
somme vous voulez la reprendre. Mon cher monsieur, répondit le
trafiquant, il faut aller suivant la saison: l'hiver est très rude: je
vous donne deux louis et demi de votre pendule. Le marché se conclut à
quatre-vingts livres....»