Au bon poète GABRIEL MONTOYA.
Air, _du banquet des Maires de Mac Nab_.
M'sieur Pell'tan déclarait hier
Qu'not' marine était surannée,
Et qu'nous n'pourrions pas t'nir la mer,
Si la guerre était déclarée:
Car nos vaisseaux, de bois ou d'fer,
Sont, disait-il, dans la purée!
J'vous avou' qu'ça m'a renversé,
Car une flotte, il faut qu'ça flotte;
C' n'est pas la pein' d'êt' cuirassé,
Si l'on chavire à propos d'bottes!
Aussitôt j'suis allé trouver
Notre doux Président Félisque
Et m'suis empressé d'lui d'mander
Si c'était vrai qu'nous courions l'risque
De voir tous nos navir's flotter
A quéq' chos' près comm' l'obélisque?
Félisq' m'a d'abord déclaré
Que, bien qu' parfois on le débine,
Il n'a point la marin' dans l'nez,
Puisqu'il mit l'nez dans la marine!
Ensuite il s'est mis à m'donner
Force détails sur nos navires;
Il m'a dit qu' nous devions compter,
Même en mettant les chos's au pire,
Quat' vaisseaux qui pourraient marcher
Sans qu'un seul des quatre chavire!
Alors il m'a serré la main,
S'excusant de n' pas me r'conduire,
Et moi j'ai repris mon chemin
Afin d'continuer à m'instruire.
J'suis allé voir ce bon Lockroy,
Lui f'sant part de mon inquiétude
Il m'a vit' répondu: «J' te crois
Qu' not' flotte est en décrépitude!
Il n'y a guèr' qu'un navire en bois
Qui march', parc' qu'il a l'habitude!
Enfin, m'a-t-il dit en m'quittant,
Pour rendre not' marine prospère,
Il nous faudra plus de cent ans,
Si j' ne r'viens pas au Ministère!
Après ça, j'suis parti rêveur,
Roulant ce projet dans ma tête
Que, sur not' plus mauvais croiseur,
On embarque, un jour de tempête,
Tous nos députés, sénateurs,
Et qu'on leur fass' piquer un' tête!
Alors j'suis sûr que tout d'un coup
Not' flott' deviendrait magnifique,
Car ces blagueurs nous mont' le coup:
C'est c' qu'on appell' la politique!