HYMNE ANTIQUE

A mon ami MAURICE MAGRE.

Aphrodite, déesse immortelle aux beaux rires,

Qui te plais aux chansons lugubres des ramiers,

Pour toi les cœurs mortels chantent comme des lyres

Et le printemps gonfle de sève les pommiers.

Salut, Dispensatrice auguste de la Vie,

Qui courbes à ton joug les monstres furieux,

Qui fais voler la lèvre à la lèvre ravie,

Cypris! O volupté des hommes et des dieux!

C'est par toi que le soir, à l'ombre des allées,

Imbus d'ivresse et de langueur appesantis,

Les éphèbes, sous les ramures emperlées

Chantent l'hymne vermeil de leurs Oarystis;

C'est par toi, qu'effeuillant la pourpre renaissante,

La rose dit au vent son désir embaumé

Et que la vierge apporte, heureuse et rougissante,

Sa couronne et son cœur au bras du bien-aimé.

Et c'est toi qui rythmant les divines Étoiles

Fais tressaillir d'amour le cœur de l'univers

Afin que l'harmonie en qui tu te dévoiles

Apprenne aux hommes purs à composer des vers.

Je t'implore, ô déesse immense et vénérable,

Soit que glorifiant les rosiers rajeunis

Sous les myrtes en fleurs et les bosquets d'érable,

Tu couvres de baisers les songes d'Adonis;

Soit que le dur Arès t'enchaîne à sa victoire,

Soit que domptant les flots, Maîtresse des amours,

Les cyclades en fleurs proclament ton histoire,

Mon encens à tes pieds s'exhalera toujours!

Garde-moi de l'Ennui, de la Vieillesse immonde,

Et, poète vêtu d'orgueilleuse splendeur,

O reine, qui formas et gouvernes le monde,

Avant tout garde-moi de l'infâme laideur.

Fais que je tombe dans ma force et ma jeunesse,

Que mon dernier soupir ait un puissant écho;

Et, pour qu'un jour mon âme en plein soleil renaisse,

Que je meure d'amour comme Ovide et Sapho.

Le Roman Comique du Chat Noir · 第 51 / 69 题