modestement, mais c'est une œuvre si blonde de ton, si mignarde dans
son déshabillé, si étonnante de facture, si parfaite d'ensemble et
enfin si grivoise de composition, que je la tiens pour une merveille
véritable.
Le sujet, quel est le sujet? me demanda le Chevalier hors de lui,
possédé d'une furieuse curiosité à l'idée de grivoiserie du
tableau.--Quel en est le sujet, je vous prie?
Le sujet, mon Dieu, cela est très délicat, répondis-je lentement; vous
avez lu Brantôme, n'est-il pas vrai?
Les _Dames Galantes_ sont pour moi un bréviaire.
Alors, repris-je, après ce cynisme d'impiété, vous y avez vu décrit le
sujet de mon Fragonnard, dans le _Discours premier_; vous l'avez lu
dans la cent dix-neuvième épigramme de Martial, livre I, qui se
termine par ce vers:
_Hic ubi vir non est, ut sit adulterium._
Vous l'avez lu dans Lucien, dans Juvénal; enfin mon tableau représente
des _fricatrices_; _Donna con Donna_.
La figure du Chevalier Kerhany était bouleversée; ses yeux morts
avaient repris un éclat surprenant; ses lèvres s'agitaient
d'étonnement, et la sueur ravinait son visage.
--Vous avez un tel tableau de Fragonnard! exclamait-il avec
admiration; un sujet si bien traité par un tel maître,--que ce doit
être beau!
Il s'approchait plus près, me demandant des détails; il insistait sur
les moindres choses, et dans l'ivresse de savoir et peut-être le désir
de posséder plus tard, il m'accablait de prévenances.
Ayant voulu prendre par la curiosité cet érotomane effréné, j'avais
touché juste; il avait bondi à la description d'un sujet érotique et
déjà il s'apprêtait à me réclamer de nouveaux renseignements sur
l'origine de cette œuvre d'art, lorsque la foule inonda le petit
salon dans lequel nous nous trouvions retirés; la valse venait de
finir, le Chevalier fut enjuponné par quelques jolies femmes qui
vinrent prendre place à ses côtés.--L'intimité était rompue.
--Sur la fin de la soirée je le rencontrai, et après un échange mutuel
de politesses, il me remit sa carte en m'assurant du plaisir qu'il
éprouverait à me faire les honneurs de sa Bibliothèque.
III
Quelques jours après, je sonnais à l'huis du Chevalier de Kerhany,
dont l'hôtel était situé sur le boulevard Haussman;--un grand diable
de laquais vêtu de panne écarlate vint m'ouvrir.--Je traversai d'abord
une vaste pièce, sorte d'atrium décoré en style Pompéïen, où se
trouvaient rangés des meubles romains de tous les genres; j'aperçus
l'_accubitum_, le _biclinium_, le _triclinium_, orné de ses _plagula_;
le _lectulus_, et même le _subselium_, le _seliquastrum_, le
_scabellum_ et autres siéges fidèlement copiés d'après l'antique.--Le
Chevalier était visible; il se tenait dans un petit fumoir tendu de
soie havane capitonnée de satin bleu. Il me reçut avec la plus grande
cordialité, me félicitant de n'avoir pas craint de le déranger. Nous
parlâmes art et littérature, ou plutôt femmes, car toute l'esthétique
de mon Erotomane semblait se réunir et se résumer dans l'éternel
féminin; il ne voyait la musique, la poésie, la peinture que dans un
sens de corrélation voluptueuse qu'il se plaisait à établir malgré lui
entre tous les chefs-d'œuvre et l'amour des filles d'Ève;--prenant
chaque génie en particulier, il me montrait avec une verve passionnée
que, dans les grandes manifestations de l'art, on pouvait répéter le
mot d'un policier célèbre: _Cherchez la femme_. Il me parla du sexe
charmant comme un habile général le ferait d'une forteresse dont il
connaît les coins et recoins; exprimant avec grâce les différentes
manières d'attaquer la citadelle, émettant des théories si
audacieuses, que je ne pourrais, même en voilant mes phrases comme des
femmes turques, les raconter ici.--Je fus entièrement séduit par ce
vieil Anacréon; je croyais avoir en face de moi le célèbre Duc de
Lauzun donnant des conseils à son petit-neveu, le Chevalier de Riom,
tant il annonçait de connaissances approfondies et de crânerie
passionnée dans les sujets délicats qu'il avait à traiter.
Cependant, si attrayante que fut la conversation, je ne tardai pas à
réclamer du Chevalier Kerhany la faveur de visiter son musée. Il
accéda avec la meilleure grâce à ma demande:--«C'est juste, c'est
juste, me dit-il en souriant, je vous retiens ici avec mes
billevesées. Passons, si vous le voulez bien, dans la galerie des
maîtres.»
Je fus introduit dans une superbe salle éclairée par une vaste baie
exposée au nord;--étourdi un instant par la splendeur des cadres et
l'orgie magistrale des couleurs, je ne tardai pas à me remettre, et je
pus considérer à mon aise la plus remarquable collection particulière
qu'il m'ait été donné de voir.--Il y avait là des Velazquez et des
Murillo, des Titien et des André del Sarte, des paysages éclatants de
Ruysdaël, de Hobbema et du Poussin, des petites toiles adorables de
Terburg, de Metzu, de Van Ostade, de Wouwermans, de Jan Steen, de Van
der Meer; puis, dans un style plus large, des Rembrandt, des Rubens,
des Jordaens, des Frans Hals, des Ribera, des Gérard Dow, ainsi que
des Antonello de Messine, des Guerchy, des Léonard de Vinci et des
Paul Veronèse.--Il m'eut fallu des journées entières pour rassasier
mon admiration; il me faudrait des volumes pour exprimer les
sensations que j'éprouvai.--Je m'arrachai cependant à cette féerie
sublime pour faire remarquer à l'heureux propriétaire de tant de
merveilles que l'art plus affadi des maîtres du dix-huitième siècle ne
tenait aucune place dans sa galerie.
«Un moment, un moment, répondit-il,--ceci tuerait cela,--suivez-moi,
vous ne perdrez rien pour attendre, suivez-moi, je vais vous
satisfaire.»
Le Chevalier souleva une portière; nous nous trouvions alors dans une
chambre octogone dont les boiseries blanches étaient sculptées de
festons, de guirlandes et de couronnes relevées d'or mat; une glace
immense remplaçait le plafond et tout à l'entour de la pièce jusques à
la cimaise étaient suspendus des tableaux du dix-huitième
siècle.--C'était, en premier lieu, des portraits de Reynolds, de
Gainsborough, et des pastels de Latour; ensuite venaient Vanloo,
Pater, Boucher, Lancret, Fragonnard, Largillière, Nattier, Dietrich,
Le Barbier, L'Epicié et Boilly.--Ce qui donnait un caractère
particulier à cette réunion de chefs-d'œuvre, c'était la nature même
du choix des sujets: on ne voyait qu'un éblouissement de chairs roses,
qu'un rut de peaux mates, de fossettes gracieuses; qu'une débauche de
postures alanguies et enivrantes, qu'une nuée d'amours polissons et
rieurs dont les lèvres s'entrebaisaient.--La dépravation de tout un
siècle s'étalait dans la lubricité de ces peintures, souriantes de
luxure et aimablement vicieuses; les torses cambrés, lascifs,
endiablés émergeaient des cadres, se reflétant dans la grande glace du
plafond, tandis que les jambes velues des faunes et des sylvains
nerveusement gonflées d'un priapisme intense, semblaient secouer dans
l'air une odeur √¢cre de bouc qui montait au cerveau.
Il y avait près d'une heure que je me trouvais là, ivre de tant de
beautés entrevues, brisé, anéanti, dans un état de prostration
impossible à décrire. Le Chevalier de Kerhany jouissait de ma surprise
et de mon admiration passive, à force d'être surexcitée: «Eh bien!
jeune homme, me disait-il, eh bien! que dites-vous de mon dix-huitième
siècle? Ne croyez-vous pas que votre Fragonnard Lesbien serait en fort
belle compagnie dans mon modeste petit musée?--Ce n'est pas tout,
ajoutait-il, nous allons visiter ma Bibliothèque qui compte certaines
curiosités qui seront de votre goût.--Mais... qu'avez-vous?--on dirait
que vous vous sentez mal?
Je répondis furtivement, m'excusant de ne pouvoir visiter ce jour-là
les livres de mon hôte, j'invoquai un rendez-vous pressant, et
remerciant le Chevalier, je sortis après avoir pris rendez-vous pour
le lendemain à la même heure.
Le fait est que j'éprouvais un violent mal de tête et un malaise
général; ce que j'avais vu m'avait transporté dans un monde idéal,
loin du Paris moderne et de sa civilisation, loin du banal et du
convenu odieux. Mon imagination s'était fatiguée dans une course
échevelée à travers l'Eden de mes rêves, et ma cervelle dansait encore
à soulever mon haute-forme lorsque je me trouvai sur le boulevard.
Le Chevalier de Kerhany me paraissait, à cette heure, un magicien
sinistre, une sorte de Méphistophélès régence qui s'était amusé à
plaisir de mon enthousiasme juvénile.--Je lui en voulais presque de
m'avoir promené un instant dans le verger des fruits défendus, car je
ne voyais plus devant moi que les petites pommes d'api, c'est-à-dire
des petites parisiennes trop vêtues selon la mode, qui trottinaient
allègrement, suivies par les faunes d'aujourd'hui, de gros boursiers
enflés de bourse et de ventre, jouisseurs hâtifs, prêts à pénétrer
dans le boudoir des Danaés sous la forme d'une pluie d'or.
IV
Le lendemain, à l'heure fixée, l'esprit plus calme et de sens plus
rassis, je me trouvais chez le chevalier qui m'attendait dans sa
Bibliothèque. Cette librairie était disposée dans un salon ovale; une
fenêtre aux vitraux multicolores y distribuait le jour dans un prisme
joyeux et le soleil tamisé par des losanges roses, jaunes ou bleus,
semblait éclabousser les tapis d'orient de reflets contrariés. Les
parois de la pièce étaient entièrement rayonnées de planchettes de
bois de rose, recouvertes de cuir de Russie, et ornées sur les rebords
de coquets lambrequins de moire vert myrte, dentelés et effrangés,
dont l'élégance se joignait à l'avantage de préserver les livres de la
poussière. Tout en haut, près de la corniche, sur le dernier rayon,
dans un désordre charmant et fait pour le plaisir des yeux, des
petites statuettes se montraient dans toute l'impudence de
l'impudicité; c'étaient de sveltes Vénus n'ayant rien du rigide
classique, des groupes de baigneuses affolées, des Sapho... avant
l'amour de Phaon, des Narcisses pâles et blêmes, des Hercules
puissants et aussi des suites de Phallus en bronze ayant l'esprit et
le caractère singulier de ceux que l'on voit dans _Le Musée Secret du
Roi de Naples_. Je me croyais chez un juge d'instruction après la
saisie de figurines portant atteinte à la morale publique, tant était
chaude et déréglée la composition de cette statuaire unique.--La pièce
n'avait pour tous meubles qu'un divan circulaire, large, profond,
rebondi, habillé d'une épaisse étoffe des Indes ravissante de tons,
sur laquelle étaient jetés des coussins nombreux et variés. Çà et là
quelques X de Cèdre supportaient des cartons à estampes et une table
liseuse, aux pieds torses, à sabots d'or, occupait le centre de la
salle. Au plafond, d'une rosace ayant la bizarrerie obscène de
certaines gargouilles moyen-√¢ge, tombait un lustre de bronze d'une si
effrayante lubricité qu'on l'eut dit ciselé par quelque Benvenuto
Cellini atteint de satyriasis.
Cette Bibliothèque me parut renfermer près de deux mille volumes dont
je m'approchais déjà curieusement afin d'en parcourir les titres
lorsque le Chevalier de Kerhany m'arrêta:
«Mon jeune ami, me dit-il doucement, cette bibliothèque est un enfer
bibliographique dont je suis le Pluton égoïste; ici, j'ai donné
rendez-vous à tous les affamés du vice, à tous les grotesques de
libertinage, à tous les condamnés de l'indignation bourgeoise, aux
conceptions maladives et honteuses des cerveaux surmenés de plaisirs.
Peu de visiteurs ont franchi cette enceinte; quelques jolies
pécheresses seules y ont traîné l'élégance de leurs pantoufles; et si
une sympathie particulière me permet aujourd'hui de faire en votre
faveur ce que je n'ai fait jusqu'alors pour aucun autre Bibliophile,
votre érudition sage vous placera, je l'espère, au-dessus de vos sens;
cependant, je crois devoir vous prévenir: réfléchissez comme si vous
alliez prendre de l'opium pour la première fois de votre vie.--Mon
coupé est en bas, venez-vous faire un tour de lac?
Faites dételer, lui répondis-je en riant; je vais rendre visite à vos
pestiférés.
--Dans ce cas, commencez par la droite, ajouta le Chevalier en
m'indiquant les rayons les plus proches; ma Bibliothèque est
graduée,--les incurables sont à gauche à l'extrémité du lieu où vous
vous trouvez;--je vous laisse seul ici, dans une heure je reviens vous
prendre.
La première rangée des livres que j'ouvris formait ce qu'on pourrait
appeler la série des anodins: c'étaient pour la plupart des romans ou
contes piquants, écrits dans cette période voluptueuse comprise entre
la Régence et la Révolution, des fantaisies Turques, Persanes ou
Chinoises, de bonnes et inoffensives polissonneries imprimées à
Cythère avec l'approbation de Vénus, à Érotopolis, à Cucuxopolis, ou
au Palais Royal chez une petite Lolo, marchande de galanterie. Je vis
_Grigri_; _Thémidore_; _Le Noviciat du Marquis de *** ou l'apprenti
devenu maître_; _Les Œuvres galantes de Bordes_; _Le Grelot_; _Le
Roman du Jour_; _Le Sopha_; _Le Tant pis pour lui ou les spectacles
nocturnes_; les différents _Codes_: _Code de la Toilette_; _Code des
Boudoirs_; _Code du Divorce_; _Code des mœurs ou la prostitution
régénérée_; _Code de Cythère ou lit de justice d'Amour_; puis la
_Bibliothèque des petits maîtres_, la Bibliothèque des _Bijoux_: _Les
Bijoux indiscrets_; _Le Bijou des Demoiselles_, _Les Bijoux des neuf
Sœurs_; _Le Bijou de Société ou L'Amusement des Grâces_; les _Bijoux
des petits neveux d'Arétin_ et autres; les _Caleçons des Coquettes du
jour_, les _Calendriers de Cythère_, _L'Almanach cul à tête, ou
étrennes à deux faces pour contenter tous les goûts_ ainsi qu'une
foule d'œuvres scatologiques et d'_ana_ orduriers.
Les volumes étaient reliés admirablement en maroquin plein, en veau
uni ou agrémenté; chacun d'eux était orné de petits fers spéciaux,
d'une composition fine et originale, quelquefois brutalement grossiers
par esprit de couleur locale; ils étaient placés sur le dos, entre
les nervures, en forme de culs-de-lampes ou frappés en plein maroquin
sur le plat des volumes en guise d'armoiries.--Des gravures
licencieuses étaient ajoutées aux passages les plus colorés des
ouvrages auxquels elles convenaient; les gardes même, subissaient
quelquefois l'effronterie d'un dessin graveleux et je ne pouvais
m'empêcher de songer que le livre de la plus chaste gauloiserie se fut
trouvé impitoyablement transformé par l'érotomanie invétérée du
Chevalier de Kerhany.
Au fur et à mesure que j'inclinais vers la gauche, la graduation
libertine s'accentuait; déjà j'avais franchi les poésies gaillardes:
_La Muse folâtre_; _L'élite des poésies héroïques et gaillardes de ce
temps_ (1670); _Le Parnasse satyrique du sieur Théophile_; _Le Cabinet
satyrique_; _Les Œuvres de Corneille Blessebois_; _Dulaurens_; _Les
Muses en belle humeur ou Elite des poésies libres_; _le Pucelage
nageur_; _L'Anti-Moine_; _Le Parnasse du XIXe siècle_ et tous les
ouvrages imprimés en Belgique, à Neufchâtel, à Freetown, avec
eaux-fortes de Rops, auxquelles s'ajoutaient de nouvelles gravures.
Déjà j'avais parcouru la majeure partie de la Bibliothèque et mes
mains commençaient à trembler en ouvrant chaque livre qui s'offrait à
moi; les petits fers prenaient des allures cyniques et effrayantes;
j'eus peur de ne pas arriver au but et j'abandonnai quelques centaines
de volumes pour atteindre l'extrême gauche.
Je me trouvais bien en effet parmi les incurables, comme me l'avait
dit le Chevalier, c'était à l'extrême gauche, le suprême du genre, le
_nec plus ultra_ de la dépravation et à la fois du luxe artistique des
livres et des gravures; _Les Œuvres badines d'Alexis Piron_
touchaient _L'Amour en Vingt Leçons_ et le _Meursius François_;
_L'Arétin_ y était représenté par le _Recueil de postures érotiques
d'après les gravures à l'eau-forte d'Annibal Carrache_; par
l'_Alcibiade Fanciullo à Scola_; par l'_Arétin français_ et par le
livre dit: _Bibliothèque d'Arétin_; près du _Divus Arétinus_ je
remarquai _Félicia ou Mes Fredaines_; _Monrose ou le Libertin par
fatalité_; _les Monuments de la vie privée des Douze Cæsars_ et les
_Monuments du Culte secret des Dames Romaines_; plus loin je vis
_Justine ou Les Malheurs de la vertu_; _Cléontine ou La Fille
malheureuse_; _Juliette ou la suite de Justine_; _Le Portier des
Chartreux_; _La France fout..._; _La Philosophie dans le Boudoir_;
_Les crimes de l'amour ou le délire des Passions_; en un mot toutes
les œuvres sadiques du Marquis de Sade, en éditions originales, avec
reliures à petits fers de torture.--J'allais me livrer au plaisir de
regarder les manuscrits et les dessins originaux; je mettais la main
sur l'un des trois exemplaires connus du _Recueil de La Popelinière_:
_Tableaux des Mœurs du Temps dans les différents âges de la vie_, 1
vol. grand in-quarto, j'admirais les vingt gouaches mignardement
impudiques de Carême, lorsque le possesseur de cette étonnante rareté
se présenta:
--«Ah! ah! s'écria-t-il, vous n'y allez pas à la légère, mon cher
enfant, non-seulement vous avez vu la droite, le centre droit, la
gauche de mon cabinet, mais encore vous contemplez en vrai gourmet, en
délicat amoureux de la chose, la merveille des merveilles, le plus
rare de mes livres rares après l'_Anti-Justine_ de Restif de la
Bretonne; savez-vous que la possession de mon _La Popelinière_,
imprimé sous les yeux et par ordre du fermier général, m'a coûté dix
ans de recherches, dix longues années de fatigues et de luttes et deux
mille écus sonnants.»
--C'est à peu près le prix de mon Fragonnard Lesbien, sans omettre les
luttes et les fatigues, soupirai-je avec intention.
Vous n'allez pas, je suppose, me proposer un échange?
Qui sait?
* * * * *
Aujourd'hui le Chevalier de Kerhany est possesseur de mon
Fragonnard;... mais, outre mes grandes et petites entrées dans son
cabinet, je suis, _de par son testament_, héritier présomptif de
l'_Anti-Justine_ et du fameux _La Popelinière_.
FIN
[Décoration]
RONDEAU
AU LECTEUR
_Dans mes_ Caprices _rédigés,
Imprimés, revus, corrigés,
Je m'aperçois avec grand peine
Que j'ai fait plus d'une fredaine
Dont mes Lecteurs sont affligés._
_Des_ Errata _mal fustigés,
En maint endroit se sont logés;
Je les puis compter par vingtaine
Dans mes_ Caprices,
_Car ces écrits très-négligés,
Ont été conçus, colligés,
Et bâclés dans une quinzaine;
S'ils courent trop la pretentaine,
C'est que je les ai propagés
Dans mes caprices._
[Décoration]
ERRATA[9]
Page 22, ligne 5, au lieu de: _si l'un de ses Bibliophobes_, lire: _si
l'un de ces Bibliophiles_.
Page 35, _sous-titre_, au lieu de: _Gauchemar à la manière de Goya_,
lire: _Cauchemar à la manière de Goya_.
Page 37, ligne 24, au lieu de: _Les lettres sont..._, lire: _Ses
lettres sont..._
Page 46, ligne 1, au lieu de: _Germe lui_, lire: _Germe en lui_.
[Décoration]
[9] _Nous n'indiquons ici que les principaux_ Errata. _Sans aucun
doute, il s'en trouve quelques autres, mais leur importance est
moindre et nous ne voulons pas les souligner._
(Note de l'Éditeur.)
[Décoration]
TABLE DES MATIÈRES
PRÉFACE AU LECTEUR 1
UNE VENTE DE LIVRES A L'HÔTEL DROUOT 1
LA GENT BOUQUINIÈRE 19
LES GALANTERIES DU SIEUR SCARRON 25
LE QUÉMANDEUR DE LIVRES 35
LE VIEUX BOUQUIN 43
LE LIBRAIRE DU PALAIS 47
UN EX-LIBRIS MAL PLACÉ 55
LES QUAIS EN AOUT 63
LES CATALOGUEURS 65
SIMPLE COUP-D'ŒIL SUR LE ROMAN MODERNE 81
LE BIBLIOPHILE AUX CHAMPS 91
LES PROJETS D'HONORÉ DE BALZAC 99
VARIATIONS SUR LA RELIURE DE FANTAISIE 107
RESTIF DE LA BRETONNE ET SES BIBLIOGRAPHES 119
LE CABINET D'UN EROTO-BIBLIOMANE 127
RONDEAU 147
[Décoration]
ACHEVÉ D'IMPRIMER
Sur les presses de BLUZET-GUINIER
Typographe
A DOLE-DU-JURA
le 10 février 1878
[Décoration]
Pour ÉDOUARD ROUVEYRE, éditeur
A PARIS
EXTRAIT
DU
CATALOGUE
DES LIVRES
DE FOND ET EN NOMBRE
DE LA LIBRAIRIE
ÉDOUARD ROUVEYRE
PARIS
LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE
ÉDOUARD ROUVEYRE
1, RUE DES SAINTS-PÈRES, 1
PUBLICATIONS LITTÉRAIRES
DE M. OCTAVE UZANNE
POËTES DE RUELLES AU XVIIe SIÈCLE
_Publiés par Octave Uzanne, tirés à 500 sur papier vergé._
Le volume in-18 jésus, 10 fr.--Sur papier de Chine, 20 fr.
BENSERADE, _Poésies_, avec un portrait et 2 vignettes à
l'eau-forte. 1 vol. Les derniers exemplaires à 12 fr.
GUIRLANDE DE JULIE (La), avec un portrait inédit de Julie
d'Angennes et deux compositions à l'eau-forte. _Épuisé._
F. SARASIN, _Poésies_, avec un portrait et deux compositions à
l'eau-forte 10 fr.
_Du Mariage, par un philosophe du_ XVIIIe _siècle_, avec préface.
1 charmant volume in-18 écu 3 fr.
50 Ex. sur Whatman, numérotés 6 fr.
En préparation, _Poésies de Mlle de Scudéry, Montreuil_, etc.
SOUS PRESSE
_Bibliographie anecdotique de Alfred de Musset._
Ce petit volume formera le tome XII de la jolie édition de
Musset, éditée par A. LEMERRE.
_Contes de Voisenon._
EN PRÉPARATION
DELVAU, _Projets et notes_ | _Le Bric-à-Brac de l'Amour_
VIENT DE PARAITRE
CATALOGUE
DES
OUVRAGES, ÉCRITS ET DESSINS
DE TOUTE NATURE
POURSUIVIS, SUPPRIMÉS
OU
CONDAMNÉS
DEPUIS LE 21 OCTOBRE 1814 JUSQU'AU 31 JUILLET 1877
_Édition entièrement nouvelle, considérablement augmentée_
SUIVIE DE LA TABLE DES NOMS D'AUTEURS ET D'ÉDITEURS
Et accompagnée de Notes bibliographiques et analytiques
PAR
FERNAND DRUJON
Cet ouvrage forme un beau et fort volume grand in-8º de plus de 450
pages, et est publié en cinq livraisons.
La 5e et dernière livraison contient la couverture et le titre
imprimés en rouge et en noir, la préface et la table de noms d'auteurs
et d'éditeurs.
Le prix de chaque livraison est fixé ainsi qu'il suit:
Exemplaire sur papier vélin 2 »
50 { Exemplaires sur grand papier vélin anglais } 3 »
{ (Numérotés de 1 à 50.) }
10 { Exemplaires sur papier de Chine. } 5 »
{ (Numérotés de I à X.) }
EN COURS DE PUBLICATION
_Abonnement_: Un an, 6 fr.
MISCELLANÉES BIBLIOGRAPHIQUES
Chaque année formera un beau volume in-8º imprimée avec luxe sur
papier vergé teinté, et sera terminée par une table
alphabétique des noms d'auteurs et des matières, qui, en même
temps que la couverture et le titre (imprimés en rouge et en
noir) sera adressée gratuitement à tous nos abonnés.
AUX BIBLIOPHILES
Le but de ces _Miscellanées bibliographiques_, modeste dans son
principe peut, par la suite, devenir plus manifeste, plus vaste, plus
étendu, atteindre à l'autorité, à l'_Utile dulci_ d'une petite
Encyclopédie Bibliographique, telle que l'avait conçue et longuement
rêvée le doctissime et regretté Quérard.--Sous ce titre, nous
entendons grouper, à bon escient, tous les documents rares ou curieux
qui se trouvent épars de ci de là, et dont la recherche fatigue
quelquefois l'esprit patient des bibliophiles; nous choisirons avec
soin les questions qui se trouvent le mieux en rapport à la
Technologie du Livre, à la Bibliognosie et aussi à la Bibliatrique.
Sans nous écarter du domaine Bibliographique, nous espérons traiter
_ex professo_, pour ainsi dire, _de omni re scibili et quibusdam
aliis_. Nous serons en tous points net et concis et réduirons à l'art
difficile de faire court, des sujets trop souvent noyés dans la
diffusion et la prolixité d'un excès de savoir.