Les temps nouveaux.--Le bon vieux temps.
Laissons Sheffield et Charles aller leur chemin, et suivons White et
Willis. C’était un jour de fête, et ils n’avaient pas eu de cours; ils
se promenaient bras dessus bras dessous dans _Broad street_, avec
beaucoup d’intimité. Willis sortit de son mutisme: «Je ne puis, dit-il,
supporter ce Freeborn; il est si fat! et je l’aime d’autant moins que je
suis obligé de le voir.--Vous l’avez connu ailleurs, je suppose? reprit
White.--Grâce à cette connaissance, il m’a mené quelquefois prendre le
thé dans ses réunions spirituelles, et il m’a présenté au vieux M.
Grimes, bon _fogie_[39], au cœur excellent, mais un évangélique
terrible, moins méchant toutefois que sa femme. Grimes est proprement le
créateur des Pieux Buveurs de thé, et Freeborn en fait son modèle. Ils
réunissent autant de personnes qu’ils peuvent, une vingtaine peut-être,
étudiants de première année, bacheliers et maîtres, qui s’asseyent en
cercle, la tasse et la soucoupe en main, et l’agenouilloir aux pieds. Un
ennuyeux personnage de Capel Hall[40] ou de Saint-Marc, qui parle à
peine anglais, sous prétexte de faire une question théologique à M.
Grimes, pérore sur le péché originel, sur la justification, sur
l’assurance du salut, et monopolise la conversation. Cependant le
cabaret est enlevé, et une lecture de la Bible le remplace. Le vieux
Grimes commente; pour un laïque, ce qu’il dit est excellent sans doute.
C’est une bonne vieille âme; mais nul dans le salon ne peut y résister.
Madame Grimes elle-même s’endort sur son tricot, et quelques-uns des
bien-aimés frères ronflent très-distinctement. Le commentateur,
toutefois, n’entend rien que lui-même. Enfin il s’arrête; ses auditeurs
se réveillent, et l’on use des agenouilloirs. Après quoi l’on se retire;
et M. Grimes et l’homme de Saint-Marc appellent cela une soirée
profitable. Je ne puis comprendre qu’on assiste deux fois à pareille
réunion. Il en est pourtant qui n’y manquent jamais.--Ils y vont sur la
foi, dit White; sur la foi en M. Grimes.--La foi dans le vieux Grimes!
répliqua Willis, un vieux lieutenant à demi-solde!--Voici une église
ouverte, reprit White, c’est étonnant; entrons-y.»
[39] Dans l’argot des étudiants d’Oxford, ce mot désigne un caractère
complexe: le _fogie_ est un homme ennemi des nouveautés, aimant le
comfortable, et prêtant en outre au ridicule.
[40] Voy. la note D.
Ils entrèrent. Une vieille femme nettoyait les bancs, comme si le
service allait avoir lieu. «Tout sera mis en ordre, dit Willis. Nous
n’aurons pas de femmes, mais des sacristains et des servants.--Puis,
tous ces bancs s’en iront où ils voudront. Avez-vous jamais vu une
église plus belle pour le service?--Où voudriez-vous placer la
sacristie? demanda Willis; ce cabinet doit servir de vestiaire, mais il
ne sera jamais assez grand.--Tout dépend du nombre d’autels que l’église
peut admettre. Chaque autel doit avoir sa table et son armoire dans la
sacristie.--Un d’abord, dit Willis se mettant à compter, là où se trouve
la chaire; ce sera le maître-autel; un second, derrière, pour
Notre-Dame; deux ensuite: un de chaque côté du sanctuaire. En somme,
déjà quatre. A qui les dédierez-vous?--L’église n’est pas assez large
pour ces deux derniers, objecta White.--Oh! elle l’est suffisamment;
j’ai vu, à l’étranger, des autels avec une seule marche, et ils
n’exigeaient pas beaucoup d’espace. Je pense aussi que cette muraille
admettrait une arche. Voyez la profondeur de la fenêtre; on pourrait
gagner du terrain.--Non, répliqua White; le sanctuaire est trop étroit.»
Et il se mit à mesurer le pavé avec son mouchoir. «Quelle est, à votre
avis, la largeur d’un autel en dehors du mur?» ajouta-t-il.
En levant les yeux, il aperçut dans l’église des dames de leurs
connaissances, les jolies misses Bolton, demoiselles très-catholiques,
vraiment bonnes et charitables, en outre. Nous ne pouvons pas ajouter
qu’à cette époque elles fussent beaucoup plus prudentes que les deux
jeunes gens qu’elles rencontraient en ce moment; et si quelque belle
lectrice prend notre rapport sur leur compte pour une appréciation
générale des dames favorables au catholicisme, nous demandons de dire
ouvertement que nous ne les proposons, d’aucune manière, comme des types
d’une classe. Dans de telles personnes on devait retrouver, comme nous
le savons bien, de l’amabilité et des cœurs très-tendres; mais nous ne
saurions, sans manquer à la vérité historique, parer les misses Bolton
de cette prudence ni de ce bon sens qui brillaient chez tant d’autres
dames de leur part. Toutefois, elles n’avaient pas une forte tête, ces
deux sœurs avaient les mains toujours ouvertes, et leur but, en entrant
dans l’église (qui n’était pas celle de leur paroisse), était de voir la
vieille femme, l’objet et l’instrument, à la fois, de leur bienfaisance.
Elles avaient à lui dire un mot sur ses petits enfants, auxquels elles
portaient de l’intérêt. Comme on peut le supposer, elles n’en savaient
pas long sur les matières ecclésiastiques: elles en savaient encore
moins sur leur propre compte. Ce dernier défaut, White ne pouvait le
corriger, quoi qu’il eût fait et quoi qu’il fît; le mieux, pour lui,
c’était de remédier au premier, et il y travaillait un peu à chaque
rencontre.
Les deux sociétés quittèrent l’église en même temps, et nos _gentlemen_
reconduisirent ces dames chez elles. «Nous nous figurions, miss Bolton,
dit White se tenant à une distance respectueuse; nous nous figurions
l’église Saint-Jacques déjà catholique, et nous tachions d’arranger les
choses comme elles devraient l’être.--Quelle était votre première
réforme? demanda miss Bolton.--Je crains qu’elle ne fût très-dure pour
votre protégée, la vieille femme qui nettoie les bancs.--Sans doute,
parce qu’il n’y aurait plus de bancs à nettoyer?--Ce ne serait pas
seulement à cause de son office, mais de sa personne, ou plutôt de son
sexe, qu’elle devrait quitter l’église.--Impossible! les femmes devront
donc rester protestantes?--Oh! non, la bonne vieille femme reparaîtra,
mais sous un autre caractère, ce sera une veuve.--Et qui remplira son
emploi actuel?--Un sacristain: un sacristain en _cotta_[41]. Aimez-vous
la _cotta_ longue ou la courte? continua White en se tournant vers la
plus jeune demoiselle.--Moi? répondit miss Charlotte; je l’oublie
toujours; mais je crois que vous nous avez dit que celle de Rome était
la courte; je suis pour celle-là.--Vous savez, Charlotte, reprit la sœur
aînée, qu’à cette heure il se poursuit en Angleterre une grande réforme
dans les vêtements ecclésiastiques.--Je déteste toutes les réformes,
répliqua Charlotte, depuis celle de Luther jusqu’à celles d’aujourd’hui.
Au reste, nous avons déjà avancé un peu notre chape; vous l’avez vue,
monsieur White? c’est un si joli modèle!--Avez-vous déterminé ce que
vous en ferez? demanda Willis.--Nous avons du temps pour y penser,
répondit la plus jeune sœur; elle nous prendra quatre années pour la
finir.--Quatre années! s’écria White; d’ici là nous serons tous de vrais
catholiques, l’Angleterre sera convertie.--Elle sera faite à temps pour
l’évêque, dit Charlotte.--Oh ce n’est pas assez bon pour lui, reprit
miss Bolton; mais cela peut servir dans l’église pour l’_Asperges me_.
Que les choses seront changées! continua-t-elle; cependant l’idée d’un
cardinal à Oxford ne me sourit guère. Faut-il que nous soyons Romains
jusque là? Je ne vois pas ce qui nous empêcherait d’être de vrais
catholiques sans le Pape.--Il n’est pas nécessaire de s’effrayer,
répondit White avec sagesse; les choses ne vont pas si rapidement. Les
cardinaux ne sont pas à si bon marché.--Les cardinaux ont une tenue si
splendide, et tant d’apparat! dit miss Bolton; j’ai ouï dire qu’ils ne
marchent jamais sans avoir deux domestiques derrière eux, et qu’ils
quittent toujours le salon avant que la danse commence.--Eh bien, je
crois qu’Oxford est précisément fait pour des cardinaux, dit miss
Charlotte; peut-il y avoir quelque chose de plus triste que les soirées
du Président? Je m’imagine voir le docteur Bone cardinal, quand il se
promène au parc.--C’est là le génie de l’Église Catholique, reprit
White; vous comprendrez mieux cela en son temps. Nul n’est son propre
maître. Le Pape lui-même ne peut faire ce qu’il veut; il dîne tout seul,
et, s’il parle, c’est d’après ses prédécesseurs.--Naturellement, dit
Charlotte, car il est infaillible.--Bien plus, s’il commet des fautes
dans l’exercice de ses fonctions, continua White, il est obligé de les
coucher par écrit et de s’en confesser, de peur qu’elles ne servent de
précédents.--Et il est obligé, pendant les solennités, d’obéir au maître
des cérémonies, contre son propre jugement, ajouta Willis.--Ne
disiez-vous pas que le Pape se confesse, monsieur White? demanda miss
Bolton; cela m’a toujours intriguée de savoir si le Pape est soumis à la
confession comme un autre homme.--Oh! certainement, répondit White, il
n’y a d’exception pour personne.--Eh bien, dit Charlotte, je ne puis me
représenter au pied d’un confessionnal M. Hurst de Saint-Pierre, qui
vient nous chanter des romances, ni aucun des chefs si graves de nos
établissements, eux qui saluent avec tant de hauteur.--Ils auront tous à
se confesser, reprit White.--Tous? demanda miss Bolton; mais non pas les
convertis? Je croyais que c’était seulement les anciens catholiques.» Il
y eut un moment de silence.
[41] Mot italien pour désigner le surplis.
«Que deviendront les chefs de nos établissements? demanda miss
Charlotte.--Des abbés ou des supérieurs, répondit White. Ils porteront
des crosses; et quand ils diront la messe, il y aura, par surcroît, un
cierge allumé.--Quel majestueux et excellent abbé va faire le
Vice-Chancelier! s’écria miss Bolton.--Oh! non; il est trop petit pour
un abbé, reprit sa sœur. Mais vous avez oublié le Chancelier lui-même;
vous avez pourvu tous les autres, ce me semble: qu’allez-vous faire de
lui?--Le Chancelier est tout mon embarras, répondit White avec
gravité.--Faites-en un chevalier du Temple, dit Willis.--Le duc[42] est
un personnage gênant, reprit White, toujours sérieusement; je ne sais ce
qu’il deviendra. Un chevalier du Temple... oui; Malte est aujourd’hui
une possession anglaise; il pourrait ressusciter l’ordre.» Les deux
demoiselles se mirent à rire. «Mais vous n’avez pas complété votre plan,
monsieur White, dit miss Bolton. Les chefs des établissements sont des
femmes: comment peuvent-ils se faire moines?--Oh! leurs femmes iront au
couvent, dit White; Willis et moi, nous avons déjà fait des recherches
dans High street, et les résultats sont on ne peut plus satisfaisants.
Certaines maisons de cette rue étaient autrefois des établissements de
l’Université, et il sera facile de les convertir en couvents. La seule
chose qui manquera, c’est de mettre des grilles aux fenêtres.--Avez-vous
déjà une idée de l’ordre auquel elles s’uniront? demanda miss
Charlotte.--Cela dépend d’elles-mêmes, répondit White; aucune contrainte
ne leur sera faite. A elles de faire leur choix. Mais il sera utile
d’avoir deux couvents: l’un d’un ordre actif, et l’autre contemplatif;
les Ursulines, par exemple, et les Carmélites de la réforme de sainte
Thérèse.»
[42] le duc de Wellington qui, à cette époque, était chancelier de
l’université d’Oxford.
Jusqu’alors la conversation s’était tenue sur la limite de la
plaisanterie et du sérieux; à ce moment, elle prit un ton plus réfléchi
et plus doux: «Les nonnes de sainte Thérèse ont une règle très-rigide,
ce me semble, monsieur White? dit miss Bolton.--Oui, répondit celui-ci,
j’aurais des craintes pour mesdames les Présidentes et mesdames les
Principales qui feraient ce sacrifice.--Peut-être de plus jeunes
personnes, dit-elle timidement, pourraient mener l’affaire avec plus
d’assurance.» On était arrivé à la maison, et White agita poliment la
sonnette. «Des personnes plus jeunes, reprit-il, sont trop délicates
pour un tel sacrifice.» Miss Bolton se tut. «Et que deviendrez-vous,
monsieur White? dit-elle ensuite.--Je n’en sais rien. J’ai songé aux
Cisterciens: ils ne parlent jamais.--Oh! les chers Cisterciens!
s’écria-t-elle: Saint Bernard n’en était-il pas un? le délicieux homme,
le céleste, et si jeune! J’ai vu son portrait: quels yeux!» White était
un _gentleman_ de bonne mine. La nonne et le moine échangèrent un coup
d’œil très-respectueux, et se saluèrent; l’autre couple exécuta la même
cérémonie; puis le salut se donna en diagonale. Les deux demoiselles
étant rentrées chez elles, nos jeunes gens se retirèrent.
Suivons les misses Bolton à l’étage supérieur. En entrant dans le salon,
elles trouvèrent leur mère assise près de la fenêtre, en chapeau et en
châle; elle feuilletait un livre de cet air vague qui annonce qu’une
personne est occupée, si toutefois cette expression est permise, à
attendre plutôt qu’à faire toute autre chose. «Mes chères enfants,
dit-elle à leur apparition, où avez-vous été? Les cloches ont cessé
depuis un bon quart d’heure; je crains qu’il ne vous faille renoncer à
l’église ce matin.--Impossible, chère maman, répondit la sœur aînée;
nous sommes sorties à neuf heures et demie précises; nous n’avons pas
dépensé deux minutes chez le mercier, et nous voici de retour.--La seule
chose que nous ayons faite, en outre, ajouta Charlotte, a été de jeter
un regard dans Saint-Jacques, dont la porte était ouverte, pour dire un
mot ou deux à la pauvre vieille Wiggins. M. White était là, ainsi que M.
Willis; et ces messieurs nous ont ramenées.--Oh! je comprends, reprit
madame Bolton; c’est l’habitude, lorsque des jeunes gens et des
demoiselles se rencontrent. Mais, dans tous les cas, il est trop tard
pour aller à l’église.--Non, dit Charlotte, partons immédiatement; nous
arriverons pour la première leçon.--Ma chère enfant, comment pouvez-vous
me proposer une pareille chose? je ne voudrais pas le faire pour tout au
monde; c’est si honteux! Mieux vaut ne pas y aller du tout.--Oh!
très-chère maman, repartit la sœur aînée, cela est très-certainement un
préjugé. Pourquoi aller à l’église toujours au même moment? C’est une
règle si gênante que de s’y rendre tous à la fois et de s’attendre les
uns les autres! Évidemment, il est plus raisonnable d’y aller quand on
le peut: tant de choses peuvent vous retarder!--Eh bien, ma chère
Louisa, reprit la mère, j’aime la vieille méthode. On nous disait
toujours: Soyez à vos places avant les paroles «_Lorsque le méchant_»,
et au plus tard avant celles-ci: «_Bien-aimés frères_». Voilà la bonne
vieille méthode. M. Jones et M. Pearson avaient d’ailleurs l’habitude de
s’asseoir, au moins cinq minutes, dans la chaire pour nous donner le
temps d’arriver; et puis, avant de commencer, ils jetaient un regard
autour d’eux. M. Jones avait même la coutume de prêcher contre les
retardataires. Je ne puis discuter, mais il me paraît raisonnable que
les bons chrétiens entendent l’office en entier. Sans cela, ils
pourraient aussi bien déserter l’église avant qu’il soit fini.--Mais,
maman, dit Charlotte, c’est l’usage des pays étrangers: on va à l’église
et l’on en sort à volonté. C’est si bien selon la dévotion!--Ma chère
fille, reprit madame Bolton, je suis trop vieille pour comprendre tout
cela; c’est au-dessus de mon esprit. Je suppose que M. White vous a
débité cette doctrine, C’est un excellent jeune homme, fort aimable et
très-poli; je n’ai rien à dire contre sa personne, sinon qu’il est
jeune, et qu’en vieillissant il modifiera ses idées.--Tandis que nous
parlons, le temps marche, dit Louisa; il est absolument impossible
maintenant d’aller à l’église.--Ma chère Louisa, je ne voudrais pas
remonter le bas-côté pour tout au monde; positivement, je m’enfoncerais
sous terre; quel mauvais exemple! Comment avez-vous pu y penser?--Dès
lors, je crois qu’il n’y a rien à faire, reprit Louisa en ôtant son
chapeau; mais, en vérité, c’est bien triste de rendre le culte si froid
et si gênant. L’assistance serait double, si l’on pouvait y aller
tard.--Eh bien, ma chère, toutes choses sont changées à présent: dans ma
jeunesse, les catholiques étaient les gens à règles strictes, et nous,
nous étions les personnes de dévotion; aujourd’hui, c’est
l’inverse.--Mais n’est-il pas vrai, chère maman? dit Charlotte; ce
concours continuel, ce flux et ce reflux, ce changement, et pourtant
cette affluence, n’est-ce pas quelque chose de plus beau que cette
manière de prier aussi sèche que le pupitre? Il y a tant de liberté et
de naturel!--Liberté et aisance, je crois, repartit la mère; fi donc,
Charlotte! comment pouvez-vous parler contre le magnifique service de
l’église! Vous m’affligez.--Je ne blâme pas, maman; je critique
seulement cette coutume puritaine qui ne fait pas plus partie de notre
église que les bancs eux-mêmes.--La prière commune est offerte pour ceux
qui peuvent venir, ajouta Louisa; aller à l’église serait dès lors un
privilége et non un simple devoir.--Eh bien, ma chère enfant, de pareils
principes je ne saurais les comprendre. Il y avait un jeune homme du nom
de Georges Ashton qui sortait toujours de l’église avant le discours; et
lorsqu’on le reprenait là-dessus, il répondait qu’il ne pouvait
supporter un prédicateur hérétique. Un enfant de dix-huit ans!--Mais,
maman, que doit-on faire lorsque le prédicateur est hérétique? Quel
autre moyen employer? C’est si affligeant pour un esprit
catholique!--Catholique, catholique! s’écria madame Bolton avec humeur;
donnez-moi le bon vieux George II et la religion protestante. C’était le
bon temps. Tout alors marchait en règle. Pas de disputes, pas de
divisions, pas de différends dans les familles. Mais aujourd’hui, tout
va autrement. Ma tête est bouleversée, je le déclare; tant de choses
étranges, extravagantes, arrivent à mes oreilles!»
Les deux sœurs ne répondirent pas; l’une jeta un coup d’œil par la
fenêtre, l’autre se disposa à sortir du salon. «Eh bien, c’est un
contre-temps réciproque, reprit la mère; vous m’avez les premières
empêchée d’aller à l’église, et moi ensuite je vous ai retenues. Mais je
soupçonne, chère Louisa, que mon désappointement est plus grand que le
vôtre.» Louisa s’éloigna de la fenêtre. «J’estime le Prayer-Book plus
que vous ne pouvez le faire, ma chère enfant, continua-t-elle; car j’ai
expérimenté ce qu’il vaut dans une affliction profonde. Puisse-t-il
s’écouler de longs jours, chères filles, avant que vous le connaissiez
dans de pareilles circonstances! mais si l’affliction vient vous
visiter, sachez-le, toutes ces nouvelles fantaisies et ces modes
s’évanouiront à vos yeux, comme le vent, et le bon vieux Prayer-Book
sera seul votre refuge.» Ces paroles émurent nos deux demoiselles.
«Approchez, mes enfants; je vous ai parlé trop sérieusement,
ajouta-t-elle. Allez, emportez vos effets, revenez ensuite, et
occupons-nous à un ouvrage paisible avant le _lunch_.»