I
Les angoisses de l'étudiant.
La bonne ville de Leyde renferme, dans l'enceinte de ses murailles,
en partie encore debout et en partie transformées en promenades,
deux, beautés territoriales qu'on ne peut assez vanter, savoir: la
_Brêestraat_ qui, d'après d'antiques documents et d'après les adresses
des lettres de tous les temps a dû s'appeler jadis Breedestraat[1], et
le _Rapenburg_, si célèbre par la catastrophe de l'an vu[2] et lequel
offre, selon Orlers, «le long d'une large rue un large et beau canal
planté sur les deux rives et comme encadré de beaux grands tilleuls
sous lesquels il est très-agréable de se promener pendant l'été.» Le
Rapenburg est parfaitement bâti des deux côtés et l'on y trouve de
belles maisons qui font honneur à la fortune de nos aïeux et à leur
goût pour les constructions colossales. Cette circonstance n'empêche
pas toutefois qu'on n'y remarque quelques édifices très-vilains
et tout difformes; parmi ceux-ci se distinguent surtout le Muséum
royal d'histoire naturelle, la Bibliothèque de l'université et
l'Université elle-même, carie conseil communal et l'Etat semblent
avoir généreusement résolu d'abandonner désormais le soin d'embellir
et d'orner la ville au goût des habitants, tout comme le gouvernement
laisse la charge de récompenser ceux qui sauvent la vie à leurs
semblables, à la société _tot Nut van t'Algemeen_ [3]. Le dernier
édifice que nous avons nommé, situé au coin de la _ruelle des Nonnes_,
offre l'aspect qui n'est pas sans charme d'un vieux convent avec des
fenêtres modernes, fermé par une grille de nouveau modèle, et sur le
toit duquel apparaît un assemblage non moins gracieux de pigeonniers et
de poivrières qui portent le nom pompeux de tours et d'observatoire.
Dans le fait, la partie supérieure du bâtiment éveille l'orgueilleuse
pensée de la marche progressive des arts et des sciences et du
développement indéfini de l'esprit humain, tandis que les murailles
et les voûtes épaisses du rez-de-chaussée gardent religieusement le
chaste souvenir des nonnes blanches. Quelle frappante révolution le
cours des temps a amenée en ces lieux! A cette même place où de timides
novices, encore indécises sur la grande résolution à prendre, venaient
prier devant l'autel au pied duquel elles devaient un jour dire, le
cœur joyeux et calme, adieu au monde et à ses pompes; à cette même
place devaient s'asseoir plus tard d'infortunés _verts_ [4] désespérant
d'atteindre jamais aux grandeurs de la terre. Là où le vénérable chœur
des religieuses couvertes de leur long voile et précédées de leur
abbesse, élevait jadis vers Dieu un chant solennel, devait s'asseoir
plus tard une réunion de savants en robe noire, tandis qu'un futur
docteur y soutiendrait, de par l'autorité du recteur magnifique et
contre le monde entier, cette audacieuse thèse que l'article cent et
autant du code n'est pas absolument en contradiction avec l'article
cent et autant;--ou bien que c'est à tort qu'on attribuerait sans
distinction toutes les maladies des enfants aux dangers de la
dentition; ou encore qu'un témoin oculaire est plus capable d'écrire
l'histoire que celui qui ne connaît les faits que par ouï-dire;--et
parfois aussi qu'il faut connaître l'hébreu pour savoir découvrir
et juger les hébraïsmes du Nouveau Testament. Je pourrais continuer
longtemps à signaler des contrastes entre le temps passé et l'époque
présente, si je ne craignais de commettre des inexactitudes que nombre
d'antiquaires de Leyde ne me pardonneraient jamais. Disons en un mot
que tout ce qu'on voyait et entendait autrefois en ces lieux est changé
et renouvelé, à l'exception du latin qui a plutôt vieilli et qui,
ramené au vrai ton de Cicéron, continue et continuera jusqu'au dernier
des jours, de prêter, avec une étonnante souplesse, ses formes les
plus classiques à toute science quelconque, soit que les Romains en
aient eu ou non quelque notion.
Lorsqu'on a franchi la grille de fer et la cour qui occupe un espace
d'une dizaine de pas devant le vénérable édifice, on entre, par une
grande porte dont les panneaux sont placardés de nombreux avis, dans
une large allée où l'on ne rencontre personne à l'heure de silence où
commence cette histoire, c'est-à-dire à deux heures après midi. Si, au
bout de cette allée, on gravit un grand escalier tournant en pierre,
et si, parvenu à l'étage, on prend à gauche, puis droit devant soi,
on arrive à une élévation de deux marches: si l'on franchit aussi ces
marches et si l'on ouvre la porte qui est en face, on se trouve dans
une petite chambre aux murs blanchis à la chaux et planchéiée, chambre
où l'on voit une table, une couple de chaises et un poêle rouillé.
Cette place peu avenante porte le prosaïque nom de _Cabinet des
sueurs_, et à coup sûr, ce n'est pas à tort. C'est là en effet une
sorte de purgatoire où quiconque aspire à savourer les douceurs d'un
examen ou d'une promotion, doit attendre pendant quelque temps avant
d'être admis à la jouissance de cette céleste joie. Solennel réduit!
Dans cette petite chambre, ô mes lecteurs, tons les grands hommes
qui, grâce à un zèle infatigable et à une application ininterrompue,
ont jamais conquis le bonnet de docteur à l'université de Leyde, pour
étonner et charmer ensuite le monde par leur supériorité scientifique,
tous, dis-je, _incredibile dictu_, se sont, pendant quelques instants,
trouvés _petits_ dans cette humble chambrette. Oui, là l'habile
défenseur de vos droits qui aujourd'hui, sans pâlir ni rougir, terrasse
votre adversaire en accumulant énergiquement phrases sur phrases, là,
il a senti un instant le cœur lui battre violemment à l'idée que tel
ou tel professeur ne lui avait pas pardonné d'avoir si mal fréquenté
son cours et s'en vengerait en lui posant des questions captieuses. Là,
le médecin, qui aujourd'hui sonde, si intrépidement votre poitrine et
vos entrailles, a sué bien des gouttes en songeant que ses professeurs
en savaient tant plus que lui. Là, ce gros recteur auquel voire fils
ainé ne présente qu'en tremblant son thème rempli de fautes et de
demi-fautes, ce recteur lui-même a frémi un jour dans la crainte que
l'examinateur n'ouvrît un autre dialogue de Platon que celui qu'il
savait le mieux. Là enfin Hildebrand aussi, votre humble serviteur,
a senti un frisson glacial lui parcourir les reins, alors que son
imagination s'égarait dans le dédale des questions _pouvaient_ lui être
adressées.
Le propre de ce cabinet c'est que le patient y entre avec une cravate
blanche, une figure blanche, tout vêtu de noir et suivi par quelques
amis en négligé, avec des paletots, des cannes, des casquettes et
des chiens. Le patient s'assied sur la table et les amis vont et
viennent. Le patient chuchote, ses amis ont le verbe haut. Le patient
assure qu'il est mal à l'aise et ses amis assurent qu'il est fou. Le
patient désire être introduit sur-le-champ dans le sanctuaire, mais il
soutient qu'il espère rester longtemps encore dehors. Les amis parient
qu'il obtiendra le plus haut grade, et lui parie qu'il n'aura que le
second. Le patient éprouve en ce moment un respect sans bornes pour
quiconque porte le titre de professeur, et il considère la faculté
comme un conseil de dieux; les amis assurent que ce sont des hommes
ordinaires. Le patient tient pour certain qu'ils partent du principe
fatal de ne pas profaner les grades académiques on les conférant à des
indignes, et les amis soutiennent qu'ils sont au monde uniquement
pour _embêter_ les jeunes gens. Le patient se rappelle à part lui
mille histoires effrayantes d'infortunés qui ont été victimes de leur
trouble ou de la rancune, des examinateurs, et ses amis répètent toutes
les anecdotes possibles sur les fins renards[5] qui ont jeté de la
poudre aux yeux de leurs examinateurs ou dit une drôlerie en recevant
leur diplôme _simpliciter_[6]. Bref, le patient acquiert toutes les
connaissances possibles qui lui viendront à propos quand, le lendemain,
le surlendemain ou un mois plus tard, il lui faudra assister quelque
nouveau patient dans les heures d'angoisse, et ses amis débitent une
foule de choses qu'ils auront complètement oubliées, quand, à leur
tour, ils seront appelés à passer dans le cabinet des sueurs les
instants les plus perplexes de leur vie.
Toutefois le personnage que je veux présenter à mes lecteurs ne
remplissait pas toutes les formalités habituelles en ce lieu de
torture, où il entra accompagné d'un unique confident. Il avait eu la
singulière force d'âme de ne révéler le secret du son examen à personne
autre qu'à ce confident; il avait prié l'appariteur de ne pas placarder
_ad valvas academicas_[7] l'affiche dénonciatrice; enfin il avait
trompé sur l'heure de l'examen ceux qui étaient parvenus à savoir qu'il
avait fait la veille sa démonstration pratique; il étudiait la médecine.
C'était un jeune homme d'un extérieur assez agréable bien qu'on ne
pût dire absolument qu'il fût beau garçon, et l'on ne pouvait dire
davantage que la cravate blanche et la triste disposition d'esprit où
l'avait mis la circonstance présente, fussent de nature à le flatter.
Il était de taille ordinaire, mais l'ami qui l'accompagnait pouvait
être estimé petit, désavantage naturel qui ne l'empêchait pas en ce
moment d'avoir beaucoup meilleur air que le récipiendaire. Ses yeux
bruns lançaient un regard plein de malice, et l'expression joyeuse de
sa physionomie, comme aussi la vivacité de ses mouvements, contrastait
singulièrement avec le sérieux mélancolique de celui qui était venu
attendre l'appel, si agaçant pour les nerfs, de la sonnette de l'examen.
Selon l'antique et légale coutume, le récipiendaire s'assit sur la
table et consulta sa montre. La porte était toute large ouverte et il
put jouir pleinement de la vue de la salle où allait s'assembler la
faculté de médecine.
--Deux heures et quatre minutes. Il est encore trop tôt, dit-il, d'un
ton abattu.
--Il est assurément trop tôt, dit le petit, mais aussi tu n'as pas
suivi mon conseil.
--Quel était donc ton conseil? demanda l'autre avec distraction et en
regardant vers l'escalier; car il y entendait du bruit et était curieux
de voir si ce serait le professeur S...., ou le professeur M...., qui
apparaîtrait le premier.
--Mon conseil, bon Dieu? C'est que tu aurais dû rester au lit jusqu'à
nue heure et ne plus ouvrir un seul bouquin.
--Non, c'eût été une folie! dit l'autre qui paraissait avoir sur ce
point une opinion décidée, résultat sans doute de l'expérience qu'il
avait faite en ce jour solennel; avec l'angoisse du désespoir, il avait
passé la matinée à feuilleter telle leçon, puis telle autre, à relire
l'introduction d'un livre, à parcourir une fois encore la table d'un
autre.
--Après quoi tu aurais dû déjeuner, mais tout à ton aise, sais-tu?
poursuivit l'autre.
--Et boire un verre de madère?
--Non, je n'en sais trop rien; cela aurait pu te faire déraisonner ...
--Déraisonner peut quelquefois être bon.
--Oui, cela peut arriver... Il ne faut pas oublier qu'il s'agit de
latin[8].
--Heureusement! reprit l'étudiant à la cravate blanche; je ne voudrais
pas que la chose se fît en hollandais; une stupidité dite en hollandais
est doublement stupide.
--C'est vrai, répliqua le confident, mais alors il faut d'abord savoir
le latin, et, quant à moi, je me suis occupé davantage de ma langue
maternelle, sais-tu. Pour toi, tu possèdes un petit latin qui n'est pas
mal cicéronien, cela est certain! Mais ce que je voulais dire, c'est
que tu n'aurais pas dû t'habiller avant deux heures.
--Voilà déjà Macquelin! dit le patient.
--Tu voudrais bien que Broers eût une opération à faire, n'est-ce pas?
dit le consolateur.
--Monsieur Broers est entré depuis longtemps, dit l'appariteur, et le
brave homme exhiba une quittance des cours.
--Gerrit, mon cher Gerrit, comme te voilà dedans! poursuivit
l'officieux ami.
--Un peu! un peu! répondit l'intéressé.
--Non pas un peu, continua le persécuteur, mais énormément, mon brave!
Et si tu me demandes s'il t'est possible d'avoir assez peur, je dois
te répondre: Non, mon gaillard! car tu as bien mal suivi les cours,
sais-tu; et puis tu as dit un jour que l'ostéologie est une science
très-sèche! Ne penses-tu pas que cela ait été rapporté aux professeurs?
La victime s'efforça de sourire, mais de mauvaise grâce.
--Ensuite, poursuivit Jean qui rit, et c'est là le pire, il est
suffisamment connu que tu es un imbécile.
--Tu te moques de moi! dit Jean qui pleure, mais, à parler vrai, j'en
sais moins que tu ne penses ... mais j'entends la sonnette!
Au même instant, la victime sauta au bas de la table, suivit
l'appariteur qui lui ouvrit la porte de la faculté de médecine, entra
d'un pas modeste et fit une salutation à ses bourreaux; son camarade,
au contraire, le suivit d'un pas délibéré et se plaça sur le banc
si dur réservé aux auditeurs, où il se trouva néanmoins beaucoup
plus à l'aise que la victime sur le fauteuil de cuir luisant des
récipiendaires.
Trois quarts d'heure après, on sonna de nouveau, et le patient dut se
retirer. Il sortit de la salle avec son satellite, d'un pas calme et
posé, mais aussitôt que l'appariteur eut refermé la porte derrière lui,
il fit un bond d'un pied de haut et serra la main de son ami avec une
expansion effrénée. C'était un autre homme: ses yeux rayonnaient, la
joie étincelait sur son visage.
--Comment cela a-t-il été? demanda-t-il à son confident.
--Tout doucement! dit l'autre.
--Vilain plaisant! s'écria l'examiné en lui pinçant le bras.
--J'ai perdu ma fine bouteille! reprit l'auditeur; si tu as le second
grade ce sera très-joli.
--Je voudrais déjà l'avoir! s'écria le récipiendaire, et ses traits
s'obscurcirent de nouveau.
La sonnette retentit derechef. L'appariteur entra gravement dans la
salle et en sortit aussi gravement. Le patient alla écouter sa sentence.
--Ne te fais pas d'illusion! lui chuchota l'autre à l'oreille.
L'examiné attendit le prononcé de l'arrêt avec une physionomie
très-calme en apparence. Le doyen débita plusieurs phrases latines,
mais lui les entendit sans les comprendre; il n'attendait qu'un mot et
ce mot vint: _Summâ cum laude._
--Ne te l'avais-je pas dit? dit l'ami qui lui avait conseillé de ne
pas se faire d'illusions, tandis qu'ils descendaient l'escalier comme
un ouragan et avec un tout autre élan qu'ils ne l'avaient gravi peu
auparavant.
--J'espérais à part moi, dit celui qui avait parié une fine bouteille,
qu'il aurait le second grade.
--Je vois bien que cela s'est bien passé! dit l'hôtesse lorsque le
candidat rentra chez lui et franchit en courant l'escalier, pour
s'aller déshabiller et écrire à son père. Je vois bien que cela s'est
bien passé! dit-elle à l'ami qui l'attendait en bas pour le conduire
ensuite triomphalement à la société des étudiants; j'ai pensé pendant
toute la semaine que monsieur avait certainement un examen à faire...
Et Monsieur a sans doute _simma cum laudis?_
--Oui, Madame, vous en étiez sure sans doute, bien que Monsieur n'ait
jamais été bien rassuré sur ce point.
--N'est-ce pas, dit la dame. C'est un excellent Monsieur et très-bien
aussi de toute manière; mais savez-vous ce que c'est? Il n'a pas
de confiance en lui-même, et quand un examen approche il devient
si mélancolique! C'est justement comme monsieur Possel, que vous
avez sans doute connu, ce petit, vous savez! C'était tout à fait la
même chose. Quand il devait faire un examen, mon mari et moi nous
nous disions souvent qu'on le mettrait dans un trou de souris; il
savait bien son affaire, ce n'était pas l'embarras; mais il avait des
scrupules, voyez-vous. C'est égal, je suis toujours contente quand vous
venez voir Monsieur, car, en autre temps, il est toujours gai, juste
comme vous; mais quand il a un examen il perd la tête.
Le candidat descendit et fut amplement félicité par l'hôtesse. Après
quoi les deux amis se rendirent à la société, où ce fut aussi une pluie
de félicitations, car le candidat était très-aimé de ses condisciples;
seulement son bonheur fut troublé par deux étudiants qui étaient aussi
sous le coup d'un examen et qui le fatiguèrent de questions sur la
façon d'interroger de tel et tel, et en s'informant si les examinateurs
voulaient qu'on sût telle chose et insistaient sur telle autre, à tout
quoi le candidat se borna à répondre qu'ils réussiraient comme lui.
Puis, le candidat régala de vin les convives de sa table; après le
dîner un drowski parut et le candidat se rendit avec son confident et
un autre ami au Deyl[9], où ils prirent du thé, c'était en février. Le
soir, le candidat réunit dans sa chambre, outre ses deux compagnons
déjà nommés, deux autres amis; on s'attabla autour d'une douzaine de
bouteilles de Cantemerle, et, les fenêtres ouvertes au large (c'était
bien en février), on fuma une quantité de cigares et l'on causa sur une
multitude de sujets. A une heure du matin, les bouchons de champagne
sautèrent. Deux des amis raisonnaient gravement sur la meilleure forme
de gouvernement; deux autres étaient engagés dans une comparaison
entre la philosophie de Kant et celle de Hegel, dont aucun d'eux ne
connaissait rien, et le cinquième portait un toast à l'union des
facultés.
A deux heures, les amis étaient partis, sauf l'ami du _cabinet des
sueurs_, qui écoutait, avec de petits yeux, un récit que lui faisait
le candidat avec beaucoup de mystère et tout confidentiellement. Il
racontait comment il était passionnément amoureux d'une jeune fille
qu'il avait vue, l'année précédente, dans un voyage pédestre en
Gueldre, sur la terrasse d'une petite maison de campagne et avec un
pigeon blanc sur la tête: il expliquait ensuite comme quoi il avait vu
par hasard chez madame Schrender[10] un portrait de femme qui _lui_
ressemblait comme deux gouttes d'eau; il avait acheté ce portrait
sur-le-champ et il demanda à son ami comment il le trouvait. Sur quoi
l'ami lui jura qu'il ne parlerait de cette affaire à personne, de
crainte de compromettre toutes les jeunes filles de la Gueldre, qui
avaient de petites maisons de campagne et élevaient des pigeons blancs.
Mais il prit ensuite la chose sur un ton sérieux, et porta un toast à
la bien aimée, toast que le candidat but, les larmes aux yeux.
L'ami raconta à son tour que lui aussi était amoureux fou, mais qu'il
était malheureux en amour et que c'était sa troisième passion. La
première avait pour objet une jeune pensionnaire qu'il voyait tous
les dimanches à l'église française; la seconde, une jeune fille déjà
fiancée en secret à un autre, et la troisième, la fille d'un colonel
pensionné, lequel était furieux contre lui et ne pouvait le souffrir ni
le voir.
A trois heures, l'ami ferma derrière lui la porte de l'hôtel du
candidat, et le lendemain à huit heures, le susdit candidat s'éveilla
avec la bienheureuse idée qu'il n'avait plus d'examen à subir ce
jour-là.
[1] Rue large.
[2] Dans la soirée du 12 janvier 1807, un bateau chargé de soixante-dix
barils de poudre fit explosion dans l'intérieur de Leyde; plusieurs
centaines de personnes furent ensevelies sous les ruines de rues
entières; huit cents maisons s'écroulèrent ou durent être abattues.
Aujourd'hui on voit à droite et à gauche du Rapenburg, dans le
voisinage de l'université, deux vastes places plantées d'arbres,
qui servent de champ d'exercice et occupent l'emplacement des rues
détruites; elles portent le nom de _Ruines._ (_Note du traducteur._)
[3] _Société pour le bien être général_, célèbre association
philanthropique de la Hollande.
[4] On désigne, en Hollande, parle nom de _verts_ les étudiants
récemment entrés à l'université.
[5] Les renards sont les étudiants émérites.
[6] Le diplôme est conféré, en Hollande, avec quatre formules
différentes, selon le mérite du récipiendaire, savoir: _Summâ cum
laude; magnâ cum laude; cum laude; simpliciter._
[7] Lieux où s'affichent les décisions et les avis émanant de
l'autorité académique ou des professeurs.
[8] Tous les examens se subissent en latin dans les universités
hollandaises.
[9] Guinguette aux environs de Leyde.
[10] Marchande de gravures à Leyde.