Le docteur Griffus (d’Éphèse)
Au docteur Alcibiade, Agamemnon Kastorinopoulo.
Bonjour, messieurs, que les destins vous soient propices, que les dieux
vous comblent de leurs faveurs. A ceux qui ne connaissent pas encore
l’auteur de ces souhaits bienveillants, je dirai:
Je suis le docteur Griffus (d’Éphèse), un Grec de la décadence, qui
vient allumer sa lanterne à votre flambeau. Si Éphèse était situé sur
les bords fleuris de la Garonne, je vous affirmerais effrontément que je
suis le descendant en ligne directe d’un certain Rufus qui fit du bruit
chez nous dans le premier siècle. Je pourrais vous dire que son nom, en
traversant les âges, a subi une de ces réparations maladroites qu’on
inflige aux vieux édifices dégradés par la pioche des siècles, et que de
Rufus, il s’est changé en Griffus. Mais je suis incapable d’illustrer
mon origine aux dépens de la vérité; je crois n’avoir aucun rapport
généalogique avec l’auteur _des Maladies des reins_, aussi bien que
d’une foule d’autres ouvrages cités par Suidas; et, si le sang des Rufus
coule dans mes veines, ce qui à la rigueur n’est point impossible,
j’avoue que c’est tout à fait à mon insu.
Je viens faire ici un pieux pèlerinage à travers la science des anciens
barbares, et, pour me délasser des fatigues de mon voyage, je m’assieds
sur le bord du chemin, d’où je regarde passer les ridicules et les
travers; d’où j’observe le côté plaisant des hommes et des choses; d’où
je salue enfin d’un joyeux éclat de rire les hommes grotesques et les
choses risibles.
Voilà le docteur Griffus, chers lecteurs, un peu médisant, un peu
taquin, un peu frondeur, mais au demeurant, le meilleur fils du monde.
Cette petite présentation terminée, permettez-moi de faire une
correspondance.