Ce Mémoire, que nous avons sous les yeux, est en tout une aberration de
zèle. Qu'on en juge par quelques citations.
«Je n'ai point la prétention de déployer à Paris un caractère public; le
roi mon maître ignore même (je l'assure sur mon honneur) la résolution que
j'ai prise. La grâce que je demande est donc absolument sans conséquence.
Arrivé en France, je n'ai plus de titre; le droit publie cesse de me
protéger, et je ne suis plus qu'un simple particulier comme un autre sous
la main du gouvernement. Il semble donc que dans cette circonstance la
politique ne gêne aucunement la bienfaisance. Sa Majesté Impériale
appréciera d'ailleurs mieux que personne le mouvement qui m'entraîne.
«Au reste, quoique je connaisse les formes et que je sois très-résolu à m'y
soumettre, quoique j'aie la plus grande idée des ministres français et que
la confiance qu'ils ont méritée les recommande suffisamment à celle de tout
le monde, néanmoins je dois répéter ici à M. le général Savary ce que j'ai
eu l'honneur de lui dire de vive voix: c'est que mon ambition principale,
en me rendant à Paris, serait, après avoir rempli toutes les formes
d'usage, d'avoir l'honneur d'entretenir en particulier Sa Majesté
l'Empereur des Français. Pour obtenir cette faveur, rien ne me coûterait;
mais, si je ne puis y compter, le courage m'abandonne. Si l'on peut voir au
premier coup d'oeil quelque chose de trop hardi dans cette ambition, la
réflexion prouvera bientôt que le sentiment qui m'anime ne peut s'appeler
audace ni légèreté, et que l'homme qui prend une telle détermination y a
suffisamment pensé. Je sens d'ailleurs et je proteste que c'est une grâce,
et que je n'y ai pas le moindre droit; mais, pour la rendre moins
difficile, ou pour rendre au moins la demande moins défavorable, je ne fais
aucune difficulté de faire à M. le général Savary les trois déclarations
suivantes:
«1º Si l'Empereur des Français avait l'extrême bonté de m'entendre,
j'aurais sans doute l'honneur de lui parler de la maison de Savoie;
«2º Je ne prononcerais pas le mot de _restitution_;
«3º Je ne ferais aucune demande qui ne serait pas provoquée.
«J'ose croire que ces trois déclarations excluent jusqu'à l'apparence de
l'inconsidération, et, quand même mon désir serait repoussé, j'ose croire
encore que Sa Majesté l'Empereur des Français n'y verrait rien qui choque
les convenances, rien qui ne s'accorde parfaitement avec la juste idée
qu'il doit avoir de lui-même.»