XIII

Le livre, à partir de là, devient foudroyant contre les révolutionnaires

quels qu'ils soient, savants, lettrés, modérés, régicides, justement

enveloppés, s'écrie-t-il, dans le nuage de la vengeance céleste contre ceux

qui attentent à la souveraineté. C'est un dithyrambe à la _Némésis_

révolutionnaire, la hache excusée de tout pourvu qu'elle frappe! «Il y a

eu, dit-il, des nations condamnées à mort, comme des individus coupables,

et _nous savons pourquoi_.»

Tout à coup il se tourne inopinément contre les royalistes qui demandent la

contre-révolution, la conquête de la France, sa division, son

anéantissement politique. Il fulmine contre cette idée à son tour. «Si la

Providence efface, c'est pour écrire,» dit-il. Il veut que la réaction de

la France contre la France vienne d'elle-même, de la France; et en cela il

se montre à la hauteur des pensées d'en haut. Il finit par une prophétie

qui n'était que de la logique en comptant sur la versatilité des peuples et

surtout des Gaulois, en annonçant la restauration des Bourbons sur le

trône. Seulement, s'il était prophète pour l'événement, il n'était pas

prophète pour le temps; car ce qu'il annonçait pour demain est arrivé à

vingt-cinq ans de distance, et, avant de restaurer les Bourbons, la France

a relevé un trône militaire et absolu pour un des généraux qui l'aidèrent à

vaincre l'Europe.

Tel est le livre, nul comme prophétie, violent comme philosophie,

désordonné comme politique (relisez le chapitre sur la glorieuse fatalité

et sur la vertu divine de la guerre; cela est pensé par un esprit

exterminateur et écrit avec du sang). Mais ce livre est un éclair de foudre

parti des montagnes des Alpes pour illuminer d'un jour nouveau et sinistre

tout l'horizon contre-révolutionnaire de l'Europe encore dans la stupeur.

Ni Vergniaud, ni Mirabeau lui-même n'avaient eu de pareils éclairs dans la

parole ni de pareilles vigueurs dans l'esprit. M. de Maistre regardait le

premier face à face l'écroulement du monde religieux et politique avec le

sang-froid d'un esprit partial, sans doute, mais surhumain. Le style,

nouveau aussi par sa sculpture lapidaire, était à la hauteur de l'esprit.

Ce style bref, nerveux, lucide, nu de phrases, robuste de membres, ne se

ressentait en rien de la mollesse du dix-huitième siècle, ni de la

déclamation des derniers livres français; il était né et trempé au souffle

des Alpes; il était vierge, il était jeune, il était âpre et sauvage; il

n'avait point de respect humain, il sentait la solitude, il improvisait le

fond et la forme du même jet; il était, pour tout dire en un mot, _une

nouveauté_. La nouveauté, c'est le symptôme des gloires futures. Cet homme

était _nouveau_ parmi les enfants du siècle.

Cours familier de Littérature - Volume 07 · 第 310 / 326 题