XVII

Bettina revient ici à la pensée de son amie Gunderode.

«Lorsque je revins visiter sa tombe, j'y trouvai de pauvres gens qui

cherchaient leurs vaches; je les suivis; ils devinèrent que je venais du

tombeau de la dame; ils me dirent que Gunderode leur avait souvent parlé et

fait l'aumône, et que chaque fois qu'ils passaient près de l'endroit fatal

ils récitaient un _Pater_. Moi aussi j'ai prié son âme et pour son âme; je

me suis fait purifier par la lumière de la lune, et je lui ai dit tout haut

que je la désirais, que je regrettais ces heures où nous échangions ici-bas

nos pensées, nos sentiments.

«Un jour elle vint joyeusement à ma rencontre, et elle me dit: «Hier j'ai

causé avec un médecin, et il m'a appris qu'il était très-facile de se

tuer.» Elle entr'ouvrit sa robe et me montra une place sur son beau sein;

ses yeux resplendissaient de joie. Je la regardai fixement; pour la

première fois je me sentis mal à l'aise; je lui demandai: «Eh bien! que

ferai-je quand tu seras morte?--Oh! répondit-elle, alors je te serai

devenue indifférente; nous ne serons plus aussi liées; je me brouillerai

d'abord avec toi!» Je me dirigeai vers la fenêtre pour cacher mes larmes et

contenir les battements de mon coeur irrité; elle s'était mise à l'autre

fenêtre et ne disait mot. Je la regardais de côté; ses yeux étaient levés

vers le ciel, mais le regard en était brisé comme si tout leur feu s'était

concentré à l'intérieur. Après l'avoir considérée pendant quelque temps, je

ne pus me contenir: j'éclatai en sanglots, je me jetai à son cou, je la

forçai à s'asseoir, je m'assis sur ses genoux, je répandis bien des

larmes, je l'embrassai pour la première fois, j'ouvris sa robe et je baisai

la place où elle avait appris à atteindre le coeur. Je la suppliai en

pleurant amèrement d'avoir pitié de moi; je me jetai de nouveau à son cou,

et je baisai ses mains froides et frissonnantes. Ses lèvres tremblaient;

elle était roide et pâle comme la mort, et ne pouvait élever la voix; elle

me dit tout bas: «Bettina, ne me brise pas le coeur!» Afin de ne pas lui

faire de mal, je cherchai à surmonter ma douleur. Je me mis à sourire, à

pleurer, à sangloter tout à la fois; mais sa frayeur augmenta; elle se

coucha sur le canapé. Je m'efforçai alors de lui prouver que j'avais pris

tout cela pour une plaisanterie.»

Cours familier de Littérature - Volume 07 · 第 292 / 326 题