Les demandes de la main de Mireille à son père par ses prétendants
remplissent le quatrième chant. C'est la situation de Pénélope transportée
du palais au village, c'est Ithaque au mas des Micocoules. Mais, si la
situation est analogue, les détails sont tous originaux; la nature forme
des ressemblances, jamais de copies.
«Quand vient la saison, dit le poëte, où les violettes éclosent par touffes
dans les vertes pelouses, les couples amoureux ne manquent pas pour aller
les cueillir à l'ombre; quand vient le temps où la mer agitée apaise sa
fière poitrine et respire lentement de toutes ses mamelles, les prames et
les barques ne manquent pas pour aller sur l'aile des rames s'éparpiller
sur la mer tranquille; quand vient le temps où l'essaim des jeunes vierges
fleurit parmi les femmes, les poursuivants ne manquent ni dans la Crau, ni
dans les manoirs des châtelains, ni au mas des Micocoules. Il en vint
trois: un gardien de cavales, un pasteur de génisses, un berger de brebis,
tous les trois jeunes et beaux.»
Le cortége d'ânes, de boucs, de béliers, de chèvres, de chevrettes et de
petits chevreaux, descendant des montagnes du Dauphiné dans la Crau aux
sons des clochettes appendues au cou des béliers conducteurs et suivi du
pâtre enveloppé de son lourd manteau, est une de ces scènes calquées sur
les flancs des montagnes, aux rayons d'un soleil d'automne. Le pasteur,
environné de ses chiens blancs et énormes, passe avec orgueil cette revue
de ses richesses au défilé des monts dans la plaine.
Alari, ce riche possesseur des troupeaux ambulants, aborde Mireille sur le
seuil du _mas_, sous prétexte de lui demander le chemin, mais, en réalité,
pour sonder son coeur. Il lui fait présent d'une coupe taillée dans le
buis, ciselée de ses mains pendant les longs loisirs solitaires du
pâturage. Le bouclier d'Achille, dans l'_Iliade_, n'est pas mieux décrit
que cette coupe avec ses bas-reliefs sculptés au couteau. Mireille admire,
raille, refuse, et s'enfuit.