Pendant que l'aubergiste, le pharmacien et le pasteur continuent
l'entretien à table, la mère cherche Herman dans les cours et dans l'écurie
de ses chers chevaux favoris; elle le découvre enfin au fond d'un jardin
reculé qui touche d'un côté aux basses-cours, de l'autre aux murs ruinés de
la ville. Il était assis, le dos tourné à la maison, le visage dans ses
mains, sous un débris de treille dont les grappes et les feuilles jaunies
penchaient de la charpente vermoulue de la treille sur son front.
L'entretien de la mère et du fils est aussi familier et aussi pathétique
que celui d'Ulysse dans les cours de son palais d'Ithaque. Herman,
désespéré, veut s'engager comme soldat dans l'armée de l'Allemagne; sa
mère l'en détourne avec des paroles emmiellées d'amour de femme et de
tendresse de mère.
«Mon fils, si tu désires tant conduire dans ta demeure une fiancée afin que
la nuit soit aussi pour toi une douce moitié de la vie, et que le jour tu
trouves le travail plus agréable et plus récompensé, tu ne peux pas le
désirer plus vivement que ton père et que ta mère!--Mais je crois
maintenant que tu as fait un choix! C'est cette jeune fille fugitive,
n'est-ce pas, que tu as choisie?»
Herman avoue son amour.--«Laisse-moi faire, lui dit sa mère attendrie; les
hommes se posent en face l'un de l'autre comme des rochers; ton père est
prompt, mais il est bon et tendre. Une fois le soir venu, quand le feu de
ses paroles avec ses amis est évaporé, il devient doux et maniable, et il
sent ses torts envers les autres. Allons ensemble lui parler; nous mettrons
dans nos intérêts nos deux voisins qui sont à table avec lui, et le digne
pasteur nous secondera.» Elle dit, et ils rentrent en silence à la maison.