XL

La scène est transportée dans la rue, la nuit, sous la fenêtre de

Marguerite. Un soldat, à demi ivre de douleur plus que de vin, revient de

l'armée; il a appris en approchant de la ville la honte de sa soeur chérie,

qu'il célébrait partout comme la gloire et la beauté de la famille. Il a

noyé son humiliation et sa douleur dans quelques verres de vin; il vient à

tâtons chercher le seuil de son enfance et s'assurer si sa soeur n'a pas

été calomniée par la malignité des voisins.

En s'approchant de la maison il chante en s'accompagnant d'une mandoline

quelques couplets grivois sur les filles qui se laissent séduire. Faust et

Méphistophélès se rencontrent au même instant dans la rue, rapportant un

écrin plein de bijoux des montagnes à Marguerite. Une querelle s'engage

entre le soldat et le séducteur. Le soldat tombe frappé à mort sur le

seuil de la maison par l'épée de Faust. Méphistophélès et Faust s'évadent;

le peuple s'attroupe. Marguerite descend cependant pour recevoir le dernier

soupir de son frère adoré; il la reconnaît avec horreur, l'appelle des noms

les plus infâmes en présence de toute la ville, et meurt intrépide en la

maudissant.

Arrêtons-nous là pour aujourd'hui, là où le pathétique commence, et

réservons pour le prochain entretien les développements d'un drame qui se

joue dans l'âme plus encore que sur la scène, et dont on ne peut omettre un

détail, parce que chaque détail est un coup de sympathie mille fois plus

acéré qu'un coup de poignard.

Il y a assez à réfléchir et à admirer sur cette première moitié de l'oeuvre

du poëte, qui, en créant Faust et Marguerite, a créé non plus la tragédie

des cours, des dieux ou des rois, mais la véritable tragédie du coeur

humain!

Cours familier de Littérature - Volume 07 · 第 169 / 326 题